ESSENCE TRES PRISEE: Le parfum de la menthe envahit l’air du Ramadan à Dakar
À peine l’après-midi entamé, les marchés de Dakar commencent déjà à exhaler la fraîcheur verte de la menthe. Sur des étals improvisés, dans des bassines bleues ou des paniers en osier, les vendeuses empilent de petits bouquets serrés. Les fameuses « nanas menthes », devenues incontournables pour préparer l’attaya, le thé ou encore le jus de bissap partagé à la rupture du jeûne.
Dans les marchés de quartier comme Sandaga, Tilène, Grand-Yoff ou Keur Mbaye Fall, mais aussi dans les rues, aux arrêts de bus et même le long de l’autoroute, la menthe se vend presque au même rythme que les dattes. Pendant le Ramadan, la demande explose.
« Durant ce mois, tout le monde veut de la menthe pour le thé du soir ou le jus de bissap. C’est devenu un rituel incontournable », confie Awa, vendeuse depuis plus de dix ans. Devant elle, une bassine déborde de bouquets verts soigneusement attachés. Elle déclare : « Le matin, je m’approvisionne chez le grossiste, et avant la tombée de la nuit, il ne reste presque rien ».
Les bouquets, appelés localement « nanas menthes », se vendent généralement entre 100 et 200 francs CFA, selon leur fraîcheur et l’abondance du jour. Certains clients en achètent plusieurs à la fois pour tenir toute la semaine.
Le attaya, au cœur du rituel
Derrière cette ruée vers la menthe se cache une tradition solidement ancrée : le attaya (thé à la menthe). Après la rupture du jeûne, familles et voisins se retrouvent autour du petit réchaud pour préparer le thé.
Le rituel prend son temps : on fait bouillir le thé, on ajoute le sucre, puis les feuilles de menthe fraîche qui libèrent leur parfum. Les verres circulent de main en main, tandis que les discussions s’étirent jusque tard dans la nuit.
« Sans menthe, ce n’est pas vraiment le attaya, sourit Moussa, venu acheter deux bouquets avant de rentrer chez lui. C’est elle qui donne tout le goût et le parfum ».
Une économie saisonnière en pleine effervescence
Pour de nombreuses vendeuses, le Ramadan représente aussi une période économique cruciale. Les ventes peuvent doubler, voire tripler par rapport aux autres mois.
Certaines se lèvent à l’aube pour s’approvisionner auprès des maraîchers ou des grossistes. D’autres reçoivent directement leur marchandise des zones de culture situées autour de Dakar ou dans la vallée du fleuve Sénégal.
« Quand la menthe est bien verte et bien fraîche, elle part très vite, explique Fatou, en disposant soigneusement ses bouquets sur une natte. Les clients font très attention à la couleur et à l’odeur ».
À l’approche du coucher du soleil, les allées des marchés se remplissent. Les clients pressés s’emparent des derniers bouquets avant de rentrer préparer le « ndogou ». Dans l’air chaud du soir, le parfum de la menthe se mêle à celui des beignets et du café Touba, créant une ambiance typique du Ramadan dakarois.
Un symbole discret du partage
Dans ce ballet quotidien du Ramadan, les « nanas menthes » ne sont pas qu’une simple herbe d’essence aromatique. Elles incarnent un moment de partage, celui où, après une journée de jeûne, le thé fumant rassemble familles et amis autour d’un même verre.
Dans les marchés de Dakar, chaque bouquet vendu raconte ainsi une histoire : celle d’une tradition vivante, transmise de génération en génération.
Adama AIDARA

