SANTÉ MONDIALE: Des progrès fragiles menacés de régression
Le rapport Statistiques sanitaires mondiales 2026 est sans équivoque. Publié mercredi par Organisation mondiale de la santé (OMS), il révèle que, malgré des avancées notables dans plusieurs domaines, les progrès en matière de santé mondiale demeurent fragiles, inégaux et insuffisants. L’organisation appelle ainsi à une accélération urgente des actions, au renforcement des systèmes de santé et à une amélioration de la qualité des données afin de remettre le monde sur la trajectoire des objectifs de santé fixés pour 2030.
Le monde reste loin d’atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) liés à la santé. Selon le rapport Statistiques sanitaires mondiales 2026 publié, mercredi, par Organisation mondiale de la santé (OMS), les avancées enregistrées au cours de la dernière décennie ralentissent, et certains indicateurs sont même en régression. Pourtant, des millions de personnes ont bénéficié d’une meilleure prévention, d’un accès accru aux soins et de traitements plus efficaces. Mais les défis persistants et émergents compromettent sérieusement ces acquis.
Le document souligne notamment que l’incidence du paludisme a augmenté de 8,5% depuis 2015, éloignant davantage la communauté internationale des objectifs fixés. Les progrès restent également très inégaux selon les régions du monde. Par ailleurs, plusieurs risques évitables continuent d’aggraver la situation sanitaire mondiale. L’anémie touche encore 30,7% des femmes en âge de procréer, un chiffre pratiquement inchangé depuis dix ans. La prévalence du surpoids chez les enfants de moins de cinq ans a atteint 5,5% en 2024. Les violences faites aux femmes demeurent aussi alarmantes, avec une femme sur quatre victimes de violences conjugales dans le monde.
Pour le Directeur général de l’OMS, ces données traduisent à la fois des avancées et des inégalités persistantes. « De nombreuses personnes, notamment les femmes, les enfants et les populations défavorisées, restent privées des conditions essentielles à une vie saine », a déclaré le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus. Il estime qu’« investir dans des systèmes de santé plus robustes et plus équitables, notamment dans des systèmes de données sanitaires résilients, est indispensable pour cibler les actions, combler les lacunes et garantir la responsabilisation ».
Une décennie de progrès en matière d’espérance de vie anéantie
Le rapport relève également un net ralentissement des progrès vers la couverture sanitaire universelle (CSU). L’indice mondial de couverture des services de santé n’est passé que de 68 à 71 entre 2015 et 2023. Dans le même temps, un quart de la population mondiale fait face à des difficultés financières liées aux dépenses de santé. En 2022, environ 1,6 milliard de personnes vivaient dans la pauvreté – ou y ont basculé – à cause des coûts des soins.
La couverture vaccinale infantile reste inférieure aux objectifs fixés, favorisant la résurgence de certaines épidémies. Malgré une baisse de 40% de la mortalité maternelle depuis 2000, le niveau actuel demeure près de trois fois supérieur à la cible de 2030. La mortalité des enfants de moins de cinq ans a, elle, reculé de 51%, mais de nombreux pays restent loin des objectifs attendus. Les progrès dans la lutte contre les maladies non transmissibles connaissent également un ralentissement depuis 2015.
Plusieurs facteurs de mauvaise santé – nutritionnels, comportementaux et environnementaux – continuent de peser lourdement. La pollution atmosphérique aurait provoqué environ 6,6 millions de décès dans le monde en 2021, tandis que l’insuffisance d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène a contribué à 1,4 million de décès en 2019.
La Sous-Directrice générale de l’OMS chargée des systèmes de santé, Dr Yukiko Nakatani, estime que ces tendances montrent qu’« un trop grand nombre de décès auraient pu être évités ». Elle appelle à renforcer les soins de santé primaires, investir davantage dans la prévention et garantir un financement durable afin de bâtir des systèmes de santé plus résilients.
Elle rappelle également que la pandémie de COVID-19 a révélé les profondes vulnérabilités des systèmes de santé dans le monde. Entre 2020 et 2023, la pandémie aurait été associée à environ 22,1 millions de décès supplémentaires, soit plus de trois fois le nombre officiellement recensé. « La pandémie a anéanti une décennie de progrès en matière d’espérance de vie », regrette-t-elle.
D’importantes lacunes dans les données sanitaires
Le rapport met aussi en évidence d’importantes insuffisances dans les systèmes de collecte des données sanitaires. Fin 2025, seuls 18% des pays transmettaient à l’OMS des données de mortalité dans un délai d’un an. Près d’un tiers des États n’avaient jamais communiqué de données sur les causes de décès. Seul un tiers des pays respectent les normes de l’OMS en matière de données de mortalité de haute qualité. À l’inverse, près de la moitié disposent de données faibles, très faibles ou inexistantes.
Sur les 61 millions de décès estimés dans le monde en 2023, seul un tiers environ a été enregistré avec des informations précises sur les causes du décès, et à peine un cinquième disposait de données exploitables codées selon la Classification internationale des maladies (CIM). Pour le Dr Alain Labrique, cette faiblesse des données limite fortement la capacité des États à suivre l’évolution des tendances sanitaires et à élaborer des politiques efficaces. Il estime toutefois encourageants les efforts engagés par certains pays pour renforcer leurs systèmes numériques et améliorer les mécanismes de notification.
Des avancées encourageantes
Malgré ces nombreuses difficultés, le rapport souligne plusieurs progrès importants. Les nouvelles infections au VIH ont diminué de 40% entre 2010 et 2024. La consommation de tabac et d’alcool est également en baisse depuis 2010. Le nombre de personnes nécessitant des interventions contre les maladies tropicales négligées a reculé de 36% sur la même période.
Entre 2015 et 2024, l’accès aux services essentiels s’est fortement amélioré : 961 millions de personnes ont obtenu un accès à une eau potable gérée en toute sécurité, 1,2 milliard ont bénéficié de services d’assainissement, 1,6 milliard ont accédé à des services d’hygiène de base et 1,4 milliard disposent désormais de solutions de cuisson propres.
Enfin, la Région africaine de l’OMS a enregistré des progrès supérieurs à la moyenne mondiale dans la lutte contre le VIH (-70%) et la tuberculose (-28%), tandis que la Région de l’Asie du Sud-Est semble en bonne voie pour atteindre ses objectifs de réduction du paludisme d’ici 2025.
Viviane DIATTA

