PARADE DES LIONS CHAMPIONS D’AFRIQUE: Dakar en fusion pour ses Lions, une marée humaine jusqu’au Palais
Dakar a vibré hier au rythme d’une ferveur rare. Les champions d’Afrique ont été célébrés par une foule immense, déchaînée de joie, venue de tous les horizons pour communier avec les Lions de la Téranga. Sous un soleil ardent, dans la poussière, la fatigue et l’enthousiasme, la capitale s’est transformée en une mer humaine pour fêter le sacre continental. Reportage.
Partout, une marée humaine. À perte de vue, des têtes serrées les unes contre les autres. Se déplacer relève de la croix et de la bannière. Sous les pieds, sur les toits des voitures, juchés sur les motos, des jeunes surgissent à chaque étape du parcours. Ils semblent pousser à mesure que le cortège avance. Venus de partout, ils bravent la chaleur et l’épuisement pour célébrer leurs héros.
Adolescents, jeunes, adultes, personnes du troisième âge : tout le monde est là. Certains marchent pieds nus, d’autres avec des chaussures usées, parfois coupées. Beaucoup abandonnent leurs sandales en route, les tenant à la main pour continuer l’aventure. On chante, on danse, on court. L’essentiel est d’être dans les rangs. Les drapeaux et les tee-shirts aux couleurs nationales illuminent ruelles et artères.
Les véhicules avancent au pas, redoutant de heurter des piétons omniprésents.C’est toute la région de Dakar qui s’est levée pour ses Lions. Des citoyens jaillissent des quartiers, de chaque coin de rue, pour rejoindre le cortège, comme des soldats du feu jalonnant les ruelles empruntées par le bus des champions. Les uns courent derrière le bus impérial des Lions, d’autres suivent en scooter ou en voiture.
Les piétons envahissent tout : devant le bus, sur les côtés, au cœur même de l’espace réservé aux véhicules. La sécurité passe au second plan. Tous les moyens sont bons pour communier avec les joueurs.Vuvuzelas et sifflets déchirent l’air. La musique jaillit à plein volume des voitures. Des supporters dansent debout sur les toits, transformant la parade en carnaval géant.
Le show spectaculaire des scooters
Les scooters, eux aussi, entrent en scène. En cortège synchronisé, ils célèbrent à leur manière : roues avant dressées, moteurs rugissants, ronronnements puissants et envoûtants. Certains pilotes soulèvent leurs engins comme s’ils allaient s’envoler, d’autres laissent échapper des fumées grises teintées de rouge, entre décor et signal de détresse.
Un ballet mécanique qui ajoute une touche spectaculaire à l’ambiance déjà électrique.De Diamniadio au Palais présidentiel, en passant par Pikine, Patte-d’Oie, Castors, avenue Bourguiba et la Corniche, les Lions, debout sur leur bus impérial, partagent leur joie avec le peuple. À chaque arrêt, la fête s’intensifie : danses improvisées, cris, chants, explosions de bonheur.
Les joueurs répondent par des saluts, des remerciements, des gestes de reconnaissance, esquissant parfois quelques pas de danse pour se fondre dans l’euphorie.Les noms fusent : Sadio Mané, Édouard Mendy, Gana Guèye, Yehvann Diouf, Krépin Diatta, Pape Matar Sarr, Kalidou Koulibaly, le sélectionneur Pape Thiaw… Chacun scande le nom de son idole.
Le bus avance péniblement, retenu par l’amour du public. Des heures s’écoulent avant d’atteindre le Palais. Les forces de défense et de sécurité, dépassées par l’ampleur de la mobilisation, font preuve de compréhension.« Nous voulons qu’ils passent la nuit avec nous. Ils ont accompli quelque chose de grandiose. Nous sommes plus que fiers d’eux », confie Mamadou Diop, qui suit le cortège depuis Pikine et compte aller jusqu’au bout.
« J’ai suivi les Lions depuis Diamniadio à pied »À ses côtés, Dembo Samoura vit son marathon personnel. La sueur perle sur son visage, ses vêtements brunis par la poussière. « Depuis ce matin, je marche. J’ai suivi les Lions depuis Diamniadio à pied. J’ai des ampoules, mais je gère la douleur. Elle n’est rien comparée à ce que les joueurs nous ont offert. On ne peut pas les payer. Seul le football peut réunir des dynasties. Je n’ai pas les mots », lâche-t-il, presque en larmes.
Originaire de Saraya (région de Kédougou), il a quitté son village pour ne rien manquer. Son rêve : voir Krépin Diatta. « Nous avons une équipe jeune. Nous pouvons gagner plusieurs CAN », espère-t-il.Plus loin, Mamita Niane, la cinquantaine, avance difficilement sous l’effet de la fatigue. Mais elle refuse de rentrer.
« Même si on me transporte sur un brancard, je ne rentre pas. Amenez-moi d’abord au Palais. Il faut que je salue Sadio Mané », insiste-t-elle, essoufflée.Ses pieds meurtris finissent par céder. Les sapeurs-pompiers, impuissants à la raisonner, la prennent en charge dans une ambulance pour soigner de légers saignements.
Entre ferveur et alertes sanitaires
Dans cette ambiance grandiose, des malaises surviennent. Des femmes tombent en syncope, des cris de détresse se mêlent au tumulte. Difficile de se frayer un chemin pour porter secours. « Quand on a des problèmes de santé, il faut éviter ce genre de rassemblement », regrette un piéton.Le docteur Youssouf Mbengue, urgentiste, lance un appel à la prudence. « On peut mourir facilement ici pour rien. Quand on est malade, on doit être son premier médecin », conseille-t-il.
Au terme d’une longue journée, les Lions, partis de Diamniadio à 11 heures, atteignent enfin le Palais présidentiel vers 19h 40, escortés par une foule toujours aussi compacte et les forces de sécurité. Dakar vient de vivre une page mémorable de son histoire sportive : une communion totale entre un peuple et ses champions.
Viviane DIATTA

