THIAROYE GUINAW RAIL NORD: À Médinatoul Mouna Wara, les habitants transforment leur quartier en une cité modèle
À Médinatoul Mouna Wara, à Thiaroye Guinaw Rail Nord, les habitants ont engagé depuis 2024 une impressionnante transformation de leur quartier. Entre assainissement, embellissement des concessions, éclairage communautaire et mobilisation citoyenne, jeunes et femmes unissent leurs forces pour faire de cette localité populaire une véritable cité modèle où propreté, solidarité et vivre-ensemble deviennent une priorité collective.
À Thiaroye Guinaw Rail Nord, le quartier Médinatoul Mouna Wara ne ressemble plus à ce qu’il était il y a encore quelques années. Entre maisons repeintes, ruelles assainies, poubelles artisanales, éclairage public improvisé et mobilisation collective des habitants, cette partie enclavée de la banlieue dakaroise s’est progressivement métamorphosée en une véritable cité communautaire. Portée par les jeunes et les femmes du quartier depuis 2024, cette initiative citoyenne a profondément changé le décor, mais aussi les comportements.
Dès l’entrée de la ruelle menant vers la pharmacie de Thiaroye, le changement saute aux yeux. Les concessions alignées, peintes en vert, blanc et noir, donnent immédiatement une identité visuelle forte à cette localité coincée entre la mairie, le camp de Thiaroye, le marché, le péage et le foiral « Daral ». Ici, les habitants ont voulu faire de leur quartier un espace propre, organisé et accueillant.
L’idée est née dans le quartier voisin de Lisbon, où des jeunes avaient commence à embellir leur environnement. Séduits par cette expérience, les jeunes de Médinatoul Mouna Wara ont décidé de reproduire le modèle, en l’adaptant à leur réalité. Très vite, toute la population s’est impliquée. « Ce projet est inspiré du quartier Lisbon. Ils ont commencé avant nous et nous avons trouvé l’idée formidable. Nous avons décidé de faire la même chose ici », raconte Moustapha Brane, membre actif de l’initiative.
Des ruelles propres et une nouvelle discipline collective
Dans ce quartier autrefois confronté aux eaux stagnantes, aux déchets et à l’insalubrité, les habitants ont engagé une véritable révolution silencieuse. Les femmes ont été sensibilisées à ne plus déverser les eaux usées dans les rues. Désormais, celles-ci sont évacuées vers le canal longeant la route principale. « Avant, l’eau stagnait partout et le sable ne supportait plus les eaux pluviales. Nous avons demandé aux femmes d’arrêter de déverser les eaux usées dehors et elles ont accepté. Cela a changé énormément de choses », explique Moustapha Brane.
Le quartier organise régulièrement des journées de « set sétal ». Les femmes tamisent le sable afin de rendre les ruelles plus propres et plus agréables. Des poubelles fabriquées à partir de gros bidons d’huile recyclés ont été installées devant presque chaque maison. Peintes en noir pour être bien visibles, elles participent aujourd’hui à la gestion des déchets domestiques. Au fil des mois, les habitudes ont changé. Les ordures jetées à même le sol se font rares et les habitants veillent collectivement à maintenir la propreté des lieux.
Une sécurité renforcée grâce à l’éclairage communautaire
Au-delà de l’assainissement, les jeunes du quartier ont aussi voulu renforcer la sécurité. Pour cela, ils ont installé des lampes devant les concessions afin d’éclairer les ruelles à la tombée de la nuit. « Chaque famille allume sa lampe le soir. Cela éclaire le quartier et sécurise davantage les habitants », souligne Moustapha Brane.
Cette organisation communautaire produit déjà des résultats visibles. Pendant l’hivernage, les eaux stagnent beaucoup moins longtemps qu’auparavant. Selon les habitants, l’eau peut désormais disparaître après une heure seulement de pluie, contrairement aux années précédentes où certaines ruelles restaient inondées durant plusieurs jours. Les porteurs du projet envisagent même d’aller plus loin. Ils ambitionnent d’acquérir deux motopompes pour accélérer l’évacuation des eaux pluviales en cas de fortes pluies.
Une mobilisation financée par les habitants eux-mêmes
Le projet repose essentiellement sur la solidarité locale. Chaque famille contribue selon ses moyens et les bonnes volontés apportent parfois un soutien complémentaire. « Nous avons financé ce projet nous-mêmes. Chacun a participé. Ensuite, certaines personnes sont venues nous aider », précise Moustapha Brane.
Harouna Gassama, peintre de profession et membre du groupe, explique que les habitants ont pris soin d’impliquer toute la communauté avant de démarrer les travaux. « Nous sommes allés voir les habitants pour leur expliquer l’idée. Nous avons également rencontré le chef de quartier qui a donné son accord. Tout le monde a apprécié l’initiative », affirme-t-il.
Les compétences locales sont également mises à profit. Les peintres du quartier prennent eux-mêmes en charge les travaux de peinture des concessions. « Nous n’avons pas besoin de faire appel à des peintres extérieurs. Parmi nous, certains maîtrisent déjà ce métier », ajoute Harouna Gassama.
Les femmes au cœur du changement social
Dans cette transformation, les femmes jouent un rôle central. Au-delà du nettoyage des rues, elles ont développé de nouvelles formes de solidarité et de convivialité. R. C., une jeune mère de famille venue des Parcelles Assainies après son mariage, raconte comment ce projet lui a permis de mieux connaître ses voisines. « Avant, je connaissais très peu de personnes dans le quartier. Depuis ce projet, nous nous retrouvons souvent, surtout les dimanches, pour nettoyer et discuter ensemble. Aujourd’hui, les liens sont beaucoup plus forts », confie-t-elle.
Les femmes ont même créé une tontine baptisée « Sani Jamra », dédiée à l’achat de savons, détergents et eau de javel pour l’entretien collectif du quartier. Elles organisent également des « tanibère », ces cérémonies festives accompagnées de tam-tam, afin de renforcer la cohésion sociale. « Après la dernière Tabaski, nous avons organisé un ‘tanibère’ avec l’accord de nos maris et des jeunes du quartier. Nous avions toutes porté les mêmes tenues pour montrer notre unité », raconte la jeune femme avec fierté.
Des résistances persistent malgré les progrès
Malgré les avancées, certains comportements persistent encore. Plusieurs habitants dénoncent discrètement le fait que certaines personnes continuent de jeter des eaux usées dans les rues. « Certaines femmes le font encore en cachette, même si elles savent que c’est interdit », regrette Moustapha Brane.
Même constat chez N. F., une autre habitante engagée dans le projet. « Moi, je respecte toutes les règles depuis le début. Mais il y a encore des femmes qui continuent de vider les eaux sales dans la rue. Cela gâche les efforts de tout le monde », déplore-t-elle.
À Médinatoul Mouna Wara, cette dynamique citoyenne dépasse aujourd’hui la simple question de l’embellissement. Elle a créé un esprit communautaire nouveau, renforcé les liens sociaux et donné aux habitants un sentiment de fierté collective. Dans cette partie populaire de Thiaroye Guinaw Rail Nord, les habitants prouvent qu’avec peu de moyens mais beaucoup d’engagement, il est possible de transformer durablement son cadre de vie.
Aissatou Mbène COULIBALY

