RAMADAN: À Dakar, les jus naturels font chuter les boissons industrielles
À l’heure de la rupture du jeûne, le naturel reprend ses droits. Malgré la flambée des prix sur les marchés, les Sénégalais privilégient de plus en plus les boissons traditionnelles comme le bissap et le gingembre, reléguant les sodas au second plan. Immersion dans les marchés et les foyers dakarois.
Le Ramadan rime avec partage, convivialité… mais aussi avec dépenses. Si les étals des marchés restent bien garnis, les prix, eux, flambent. Pourtant, au moment de la rupture du jeûne, un constat s’impose : les boissons industrielles perdent du terrain au profit des jus naturels.
Sous la chaleur persistante, après une longue journée de jeûne, les familles se retrouvent autour de la table ou sur une natte pour rompre le jeûne. Et dans les verres, le choix est clair : bissap (oseille rouge), gingembre ou encore pain de singe. Des boissons prisées pour leur fraîcheur… mais aussi pour leurs vertus naturelles.
Des prix qui grimpent, mais une demande toujours forte
Au marché de Grand-Dakar, à Fass, l’ambiance est électrique. Il est 10 heures. Entre odeurs d’épices, de poisson frais et séché, et cris des vendeurs, les allées sont bondées. Les produits phares du Ramadan – dattes, menthe, oseille rouge – s’arrachent malgré leur coût élevé.
Le constat est sans appel : les prix ont doublé en quelques jours. Le kilogramme d’oseille rouge, autrefois vendu entre 400 et 500 FCFA, atteint désormais les 1000 FCFA. Le gingembre oscille entre 800 et 1200 FCFA le kilo, tandis que le pain de singe se négocie autour de 1100 FCFA.
Panier en main, enveloppée dans un boubou rouge bordeaux, Aby Ndiaye arpente les allées, visiblement contrariée. « Franchement, le marché est trop cher », lâche-t-elle, la tête secouée.
Mais malgré la cherté, impossible de renoncer. « On est obligés de faire plaisir à la famille. Pendant le Ramadan, je privilégie les boissons naturelles. Le bissap avec la menthe, ça nous requinque », confie-t-elle.
Le naturel s’impose dans les habitudes
Non loin de là, Abdoulaye Faye, les bras chargés de sacs, confirme la tendance : « Je suis venu acheter de l’oseille et du gingembre. À la maison, les boissons industrielles sont mises de côté. Ces produits nous permettent de mieux étancher la soif après le jeûne ».
Même scène chez les vendeuses. Entre négociations serrées et justifications, Marième Diouf tente d’expliquer. « Les clients pensent qu’on exagère, mais nous aussi, on achète très cher. Le sac de 100 kg, le transport… tout a augmenté », lance-t-elle.
Après marchandage, certaines clientes parviennent à trouver un compromis. Fatima, elle, repart avec quatre kilos d’oseille. Elle dit : « C’est dur pour les ménages, mais on n’a pas le choix ».
À Tilène, la même effervescence
Changement de décor au marché de Tilène, mais même réalité. Dans ce haut lieu du commerce populaire, vendeurs de fruits, de tissus, de poissons et de condiments se côtoient dans une ambiance dense et parfois suffocante. Sur la chaussée, les paniers débordent. Oseille rouge et gingembre s’écoulent à grande vitesse.
Pour Ata Bouya Fall, le choix du naturel est aussi une question de santé. « Les boissons industrielles contiennent trop de sucre et de colorants. Le bissap et le gingembre sont naturels, sans danger. Pendant le Ramadan, on doit privilégier une alimentation saine, surtout après avoir jeûné toute la journée », affirme-t-il.
Au-delà du Ramadan, cette préférence pour les boissons naturelles traduit un changement progressif des habitudes alimentaires. Entre recherche de bien-être et retour aux produits locaux, les jus traditionnels retrouvent toute leur place dans les foyers sénégalais. Même si les prix pèsent sur les budgets, une chose est sûre : à Dakar, le naturel a pris le dessus.
Adama AIDARA

