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TEMPS DE GRÂCE: Emmanuel Diedhiou invite les fidèles à évaluer la qualité de leurs paroles

Dans sa chronique publiée en ce temps de Carême, Emmanuel Diedhiou montre avec précision comment le « congossa » ronge nos communautés plus sûrement que la pauvreté matérielle. S’appuyant sur la sagesse des Proverbes, il rappelle que « la parole dite à propos vaut des pommes d’or sur des ciselures d’argent ». Cette troisième chronique invite ainsi chaque fidèle à vérifier, en ce temps de grâce, la qualité de ses propres paroles.

« Désarmons nos langues », tel est l’appel lancé par le Pape Léon XIV pour le Carême de cette année. Un appel que prend très au sérieux Emmanuel Diedhiou. Dans un texte intitulé « Chronique de Carême », il rappelle que, comme on ne le dira jamais assez, le Carême chrétien est un exercice spirituel exigeant mais aussi libérateur.
Il ne suffit pas, souligne-t-il, de s’abstenir de boire et de manger. À côté de ces mortifications corporelles, qui aident à discipliner nos cinq sens, il faut également se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, dont les implications pratiques et morales donnent un relief particulier à nos dévotions.
Selon lui, si le Pape invite les fidèles, comme effort spécifique et supplémentaire de Carême, à « désarmer nos langues », c’est pour mieux nous appeler à la bonté, à la bienveillance, au pardon et à la réconciliation. Autant de valeurs qui ont déserté nos cœurs, nos familles et nos communautés lorsque la jalousie, la médisance, l’hypocrisie et le mensonge finissent par nous conquérir et nous asservir.
« Le Pasteur Aaron Kayayan ne disait pas autre chose quand il se demandait comment peut-on cacher la nudité d’une âme aussi tragiquement désarmée comme l’on accommoderait des habits tombant en loques avec une petite pièce d’étoffe neuve ? Cette misère spirituelle, qui fait place honorable au « congossa », est plus corrosive que la pauvreté matérielle. Elle érode l’âme et vicie les relations humaines », dénonce M. Diedhiou.
Il ajoute que nous gagnerions à écouter davantage la sagesse biblique lorsqu’elle présente la parole dite à propos comme « des pommes d’or sur des ciselures d’argent » (Pr 25/11). Une invitation à dire du bien des autres, à soutenir ceux qui sont dans l’épreuve, à bénir les enfants et à ne jamais prononcer de paroles de malédiction, même lorsque l’offense semble humainement insupportable.
Pour Emmanuel Diedhiou, il s’agit aussi, comme aimait le rappeler saint Jean-Paul II, d’ouvrir toutes grandes les portes de notre être au Christ afin d’entreprendre avec Lui, patiemment mais résolument, la marche qui conduit à sa passion, à sa mort et à sa résurrection.
« Le carême est un entraînement au combat spirituel, combat qui trouve sa justification ultime dans la Pâques du Seigneur, fondement de notre foi chrétienne ! Dans son Message 2026, le pape le dit expressément », rappelle-t-il.
Il poursuit en soulignant que lorsque le Pape Léon XIV se réclame de la filiation spirituelle de saint Augustin, il en donne la mesure notamment lorsqu’il apprécie la finesse du « théologien de la grâce ». Selon lui, la garde du cœur, particulièrement soignée en ce temps béni de Carême, s’apparente à une tension permanente entre les réalités de la vie présente et la gloire qui se manifestera lorsque Dieu, en Jésus-Christ, unique rédempteur du genre humain, sera tout en tous.
« Nous aurons faim, nous expérimenterons, telles des terres arides et desséchées, la soif physique, mais nos âmes sont connectées à quelque chose de plus essentiel. C’est Dieu. Celui-là même qui, finalement rassasie, étanche la soif et comble de bonheur ceux qui croient en sa miséricorde et qui s’efforcent, pendant leur pèlerinage sur terre, de vivre de la charité qui ne passera jamais », enseigne M. Diedhiou.
Pour lui, ouvrir ses cinq sens au projet de Dieu dans notre marche vers Pâques, c’est d’abord se décentrer et reconnaître la présence bienveillante et bienfaisante de Dieu dans nos vies. C’est aussi faire, à la suite du Christ, l’expérience du désert, douloureuse et parfois amère, mais féconde, où Dieu habite et vient combler le vide que nous avons creusé en nous pour mieux écouter sa Parole.
Avec l’écoute attentive et silencieuse – celle que nous adoptons devant le Saint-Sacrement exposé – nous apprenons à accueillir la Parole pour ce qu’elle est réellement et à la faire résonner dans nos comportements quotidiens. C’est ce qu’il appelle la cohérence évangélique.
Pour étayer ses propos, Emmanuel Diedhiou évoque également la prière d’Israël, celle que les pères enseignent à leurs enfants comme signe de fidélité à l’Alliance. Elle commence par l’écoute et s’élève ensuite comme un condensé des commandements de Dieu : « Écoute, Israël : Le Seigneur notre Dieu est le seul. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ».
Mais, selon lui, écouter ne suffit pas. Le mandat missionnaire reçu au baptême invite les fidèles à aller plus loin : écouter pour annoncer les merveilles de Celui qui les a tirés des ténèbres vers son admirable lumière. Celui, dit-il, dont nous contemplons le cœur transpercé « répandant sur le monde, ainsi que le dit une prière bien connue, l’espoir et le salut, la justice et la paix ».

Viviane DIATTA