CERTIFICAT DE FIN D’ÉTUDES ÉLÉMENTAIRES (CFEE): Les élèves de CM2 entre révisions intensives et fièvre de la Coupe du monde
À quelques jours des épreuves du Certificat de Fin d’Études Élémentaires (CFEE), premier diplôme officiel du cursus scolaire sénégalais, les élèves de CM2 vivent une période décisive de leur jeune parcours. Dans les salles de classe, les cours de renforcement se multiplient, les cahiers s’entassent sur les tables et les enseignants redoublent d’efforts pour maintenir la concentration de leurs élèves. Pourtant, cette année, un autre événement capte l’attention des enfants : la Coupe du monde 2026, avec notamment l’entrée en lice très attendue des Lions du Sénégal.
Dans plusieurs établissements de Dakar, l’heure est à la mobilisation générale. Entre exercices de mathématiques, dictées, révisions de conjugaison et rêves de football, les candidats tentent de trouver le juste équilibre.
« Nous devons constamment les ramener vers les études »
À l’Institut franco-arabe Daara Moderne Mouhamad Rassoulillahi (PSL) de Hann Maristes, l’ambiance est studieuse. Dans une salle de classe bien remplie, les élèves sont plongés dans leurs cahiers pendant que leur enseignant, M. Mandian, veille au grain. « Je suis maître de CM2 depuis plusieurs années. Avec la réforme du système, il n’y a pas eu beaucoup de changements dans les contenus. La principale nouveauté reste la suppression de l’examen d’entrée en sixième », explique-t-il.
À quelques jours du CFEE, l’enseignant reconnaît toutefois ressentir une certaine pression. « Dans les établissements privés, les résultats sont très suivis. Les parents, les responsables d’école et les enseignants veulent tous obtenir de bonnes performances. Cela crée forcément une pression supplémentaire », confie-t-il.
Selon lui, la période actuelle est particulièrement délicate. « Les élèves ne mesurent pas toujours l’importance de l’examen. C’est à nous de les accompagner et de les sensibiliser. Avec la Coupe du monde qui démarre et les matchs du Sénégal qui approchent, nous devons constamment les ramener vers les études et leur rappeler leurs priorités ».
Au-delà de l’examen, M. Mandian se dit préoccupé par la baisse générale du niveau scolaire observée ces dernières années. « Le principal problème aujourd’hui reste le manque de suivi à la maison. Beaucoup d’enfants passent davantage de temps sur les smartphones que sur leurs cahiers. Ils révisent à l’école mais très peu à domicile. Pourtant, une grande partie des apprentissages se consolide à la maison. Les parents doivent davantage s’impliquer ».
Entre confiance et stress chez les candidats
Dans la cour de l’établissement, plusieurs élèves participent à des séances de renforcement organisées après les cours. Salimata Gueye, 12 ans, révise avec sérieux ses leçons de français. « Je fais beaucoup d’exercices et je relis mes cours tous les jours. Je suis concentrée parce que je veux réussir mon examen », affirme-t-elle.
À ses côtés, Aïcha et Ndeye Yacine partagent la même détermination. Les deux élèves bénéficient également d’un accompagnement supplémentaire en dehors de l’école. « Nous avons un répétiteur qui nous donne des exercices à faire à la maison. Cela nous aide beaucoup », expliquent-elles.
Pour d’autres, la préparation est plus difficile. C’est le cas de Binetou, qui reconnaît ses difficultés dans certaines matières. « J’ai des lacunes en conjugaison et en mathématiques. Je suis un peu stressée, mais je continue à travailler. J’espère réussir malgré tout », dit-elle avec timidité.
Au Cours Sacré-Cœur, les ambitions sont affichées
Au Cours Sacré-Cœur, quelques minutes avant la reprise des cours, les élèves profitent de leur pause tout en discutant de l’examen à venir. À 11 ans, Thumé Ouaramati affiche une grande sérénité. « Je prépare bien mon examen. Je révise régulièrement et je m’applique dans toutes les matières », assure-t-il.
Son camarade Gacema Lapines, 12 ans, nourrit des ambitions encore plus élevées. « Je veux être le premier du centre », lance-t-il avec un large sourire.
Même enthousiasme chez Cheikh El Khadim, élève de CM2C. « Quand je rentre à la maison, je me repose un peu puis je commence à apprendre mes leçons. Ma mère veille beaucoup sur mes révisions », explique-t-il.
Fort en français, le jeune garçon reconnaît ne pas être totalement prêt mais reste optimiste. « Je suis confiant parce que j’ai beaucoup appris. En ce moment, je ne regarde presque pas les matchs. Mon examen est plus important », ajoute-t-il.
La Coupe du monde, une distraction à gérer
À l’école élémentaire Amadou Diagne Waré de Bopp, Lassana Sall partage son temps entre les révisions et sa passion pour le football. « Le français est ma matière préférée. Les mathématiques sont plus difficiles pour moi. Quand le Sénégal joue, je regarde les matchs, mais seulement après avoir révisé », explique-t-il.
Pour les enseignants, la question de la Coupe du monde constitue un véritable défi pédagogique. Fort de trente années d’expérience dans l’encadrement des candidats au CFEE, M. Diop relativise toutefois la situation. « La Coupe du monde est évidemment un événement majeur pour les enfants. Ils en parlent constamment. Mais notre rôle est de les aider à organiser leur temps. Avec un bon calendrier de révision, ils peuvent suivre les matchs tout en préparant correctement leur examen », souligne-t-il..
Les cours du soir comme ultime arme
À l’école élémentaire Bamba Mbakhane Diop de Zone A, Sarah, élève de CM2, a fait son choix. « Je préfère me concentrer sur mes révisions. Je fais des cours du soir et je relis régulièrement mes leçons. Les révisions permettent de mieux comprendre les cours et d’être plus à l’aise le jour de l’examen », explique-t-elle.
Contrairement à beaucoup de ses camarades, la jeune fille suit très peu la compétition mondiale. « Je ne regarde presque pas la Coupe du monde. Mon objectif est de réussir mon CFEE », renseigne-t-elle.
Entre rêve de réussite et passion du football
Dans les écoles de Dakar, les mêmes scènes se répètent. Des élèves penchés sur leurs cahiers, des enseignants qui multiplient les exercices de révision et des parents qui tentent d’encadrer leurs enfants dans la dernière ligne droite.
Malgré l’effervescence de la Coupe du monde et la passion que suscitent les Lions de la Téranga, la plupart des candidats semblent avoir compris l’enjeu de cette étape importante de leur parcours scolaire.
À quelques jours des épreuves, une certitude demeure : derrière les chants de supporters et les discussions sur les performances de Sadio Mané et de ses coéquipiers, des milliers d’élèves sénégalais continuent de mener leur propre match. Un match décisif qui se jouera cette fois-ci dans les salles d’examen.
Mame Ndella FAYE &
Bineta SARR
(Stagiaire)

