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HYPERTENSION ARTÉRIELLE ET JEÛNE: Risque majeur pour les patients bi-thérapeutique

Les patients hypertendus sous bithérapie ou nécessitant plusieurs prises médicamenteuses quotidiennes sont formellement exemptés du jeûne. Selon le cardiologue Dr Bouna Diack, ils s’exposent à des risques graves pouvant aller de l’accident cardiovasculaire ou cérébral jusqu’au coma.

Le Ramadan et le Carême constituent, pour de nombreux fidèles, une période de purification spirituelle et de discipline alimentaire. Ces moments offrent également une opportunité de rééquilibrage nutritionnel, notamment par la réduction des excès alimentaires. Toutefois, le jeûne n’est pas adapté à tous. Certaines pathologies chroniques, comme l’hypertension artérielle, exigent des précautions strictes.

Cardiologue à l’hôpital Idrissa Pouye de Grand-Yoff, Dr Bouna Diack explique que l’impact du jeûne chez les patients hypertendus dépend de plusieurs paramètres, notamment la stabilité de la maladie et le type de traitement prescrit.À son avis, le jeûne peut présenter des bénéfices lorsqu’il est bien encadré.

« Des études ont montré que la perte de poids, même à seulement 5% du poids corporel, aide à normaliser la pression artérielle pendant le Ramadan ou le Carême. Cela règle aussi les problèmes de l’obésité, du manger gras, trop salé. Les gens auront une alimentation beaucoup plus saine », explique le médecin.

Bithérapie : un danger réel

La situation est toutefois très différente pour les patients nécessitant plusieurs médicaments ou plusieurs prises quotidiennes. « Un antihypertenseur donne l’effet pour huit heures », précise Dr Diack. Cela implique donc des prises successives afin d’éviter une rupture de la couverture thérapeutique.

En période de jeûne prolongé, cette « fenêtre thérapeutique » peut être compromise, entraînant un déséquilibre brutal de la tension artérielle.Les conséquences peuvent être graves. Les symptômes observés sont principalement neurologiques : convulsions, céphalées intenses, vomissements.

Dans les cas extrêmes, une perte de connaissance, un coma, voire une hémorragie cérébrale responsable d’un accident vasculaire cérébral (AVC) hémorragique peuvent survenir. Pour ces patients dits « hypertendus résistants », traités par deux médicaments ou plus, le jeûne est donc fortement déconseillé.

Jeûne possible pour les hypertendus stables

En revanche, le cardiologue nuance son propos pour les patients dont la tension est bien contrôlée. « Si le malade nécessite une seule prise médicamenteuse, mono-thérapeutique, pour stabiliser sa situation, il peut jeûner, mais sous surveillance de son médecin », précise-t-il.

De manière générale, la pratique du jeûne est sans danger pour les hypertendus stables sous traitement unique, pris une fois par jour. Toutefois, une consultation médicale préalable est indispensable afin d’adapter, si nécessaire, la posologie ou les horaires de prise.

Dr Diack recommande également un suivi rapproché durant les premiers jours de jeûne. Le patient doit consulter après quelques jours pour évaluer l’évolution de sa tension. En l’absence de complications, le jeûne peut être poursuivi. Dans le cas contraire, il devra impérativement suivre les recommandations médicales.

Les précautions indispensablesAu-delà du traitement médicamenteux, certaines mesures sont essentielles pour éviter toute décompensation. Notamment, surveiller strictement l’apport en sel, éviter les excès alimentaires à la rupture du jeûne, réduire le stress, contrôler quotidiennement la pression artérielle.

« Il faut surveiller le régime alimentaire et en particulier l’apport en sel, diminuer les situations stressantes et vérifier sa pression artérielle de façon quotidienne. Le patient doit être conscient des différents effets secondaires que peut provoquer le jeûne et être en contact permanent avec son médecin traitant », conseille le spécialiste.

Le message du cardiologue est clair : le jeûne ne doit jamais se faire au détriment de la santé. Chaque cas étant particulier, la décision doit être prise au cas par cas, en concertation avec le médecin traitant. Car, si le jeûne peut constituer un levier bénéfique pour certains hypertendus bien équilibrés, il représente, pour d’autres, un véritable danger vital.

Viviane DIATTA