Société

RAMADAN AU SENEGAL -ENTRE HERITAGE CULINAIRE ET NOUVELLES HABITUDES: Du bol de bouillie au pain quotidien quand la modernité s’invite à la rupture du jeûne

Au Sénégal, le mois de Ramadan reflète les transformations de la société entre héritage culturel et influences modernes. De plus en plus, le pain remplace la bouillie traditionnelle au moment de la rupture du jeûne, illustrant ainsi le passage progressif des pratiques ancestrales vers des habitudes alimentaires adaptées à la vie contemporaine.

Au Sénégal, le mois de Ramadan est un moment profondément ancré dans les traditions religieuses et culturelles. Autrefois, au moment de la rupture du jeûne, de nombreuses familles privilégiaient la bouillie locale, comme la bouillie de mil ou de maïs, préparée de manière artisanale. Cette bouillie, nourrissante et simple, symbolisait l’héritage culinaire transmis de génération en génération.

Elle reflétait aussi un mode de vie basé sur les produits locaux et les habitudes communautaires.Cependant, de nos jours, on constate que beaucoup de Sénégalais préfèrent le pain à la place de la bouillie pendant le Ramadan.

Le pain, souvent accompagné de café, de thé, de lait ou de chocolat chaud, est devenu un aliment central lors de la rupture du jeûne. Cette préférence s’explique par plusieurs facteurs : l’urbanisation, la modernisation des habitudes alimentaires et l’influence des cultures étrangères.

Le pain est plus rapide à acheter, plus pratique à consommer et correspond davantage au rythme de vie moderne, surtout dans les grandes villes comme Dakar.Contraste clair entre tradition et modernitéAinsi, on observe un contraste clair entre tradition et modernité.

La bouillie représente l’identité culturelle et les valeurs ancestrales, tandis que le pain incarne l’évolution des pratiques alimentaires et l’adaptation à un monde globalisé.

Toutefois, ce changement ne signifie pas forcément l’abandon total des traditions, mais plutôt une transformation des habitudes, où modernité et culture locale coexistent.

En effet, la préférence croissante pour le pain au détriment de la bouillie durant le Ramadan illustre l’évolution de la société sénégalaise, partagée entre la préservation de son patrimoine culinaire et l’adoption de nouvelles pratiques adaptées à la vie contemporaine.

Ainsi nous avons tâté le pool, de quelques sénégalais à Dakar. Awa Ngoné Diouf, ménagère veuve avec plusieurs enfants, âgée de 62 ans se remémore du passé. « Dans notre enfance, la bouillie était indispensable pour rompre le jeûne. C’était préparé à la maison avec du mil. Aujourd’hui, mes petits-enfants préfèrent le pain et le café. Les temps ont changé, mais moi je reste attachée à la tradition », confie-t-elle, nostalgique de ce passé.

Dans le même sillage, Mamadou Ndiaye alias Joe sous ses 28 bougies, cet employé de bureau déclare :« Après une longue journée de travail, c’est plus simple d’acheter du pain en rentrant. La bouillie demande du temps pour la préparation. Le pain est pratique et rapide, surtout avec notre rythme de vie actuel ».

S’adapter à la modernité

Agée de 40 ans Fatou Mbodj, commerçante de son état, de teint clair, taille élancée, habillée d’une djellaba vert assorti d’un capuchon, avec les chaussures babouches noirs, un petit sac noir bien accroché à sa main droite roule pour les deux (pain et bouillie). « Je prépare parfois de la bouillie pendant le Ramadan, mais j’achète aussi du pain. On essaie de combiner les deux. La tradition est importante, mais on s’adapte aussi à la modernité », explique-t-elle avec un brin de sourire.

Ibrahima, 19 ans, étudiant à l’UCAD, qui appartient à la nouvelle génération, ajoute en se moquant de l’ancienne génération : « Honnêtement, je préfère le pain avec du chocolat chaud. La bouillie, c’est bon, mais ça fait plus ancien. Nous, les jeunes, on aime varier et essayer d’autres choses ».

Mariama Sarr, 35 ans, mère de famille, plaide, elle, pour la bouillie qui est « un aliment nourrissant contrairement le pain qui est sec et sans vitamine. Je pense qu’on ne doit pas abandonner la bouillie. C’est notre culture. Même si on consomme du pain, il faut garder nos habitudes pour que les enfants connaissent nos traditions ».

Adama AIDARA