Société

MOUHAMADOU, ADJOINT-GERANT BRIOCHE DOREE MARISTES : « Le pain, ça marche à quatre pattes, ça marche très bien »

À Dakar, rompre le jeûne sans pain relève presque de l’impensable. En ce mois de Ramadan, les boulangeries ne désemplissent pas. Aux Maristes, les files d’attente s’étirent parfois jusqu’à l’extérieur des boutiques, bien avant l’heure de la coupure.

En fin d’après-midi, l’effervescence est palpable. Devant plusieurs boulangeries du quartier, les clients s’entassent, pressés d’acheter les précieuses baguettes encore chaudes. Pour faire face à l’affluence, certaines enseignes installent des stands à l’extérieur afin d’accélérer le service.

La production augmente et l’organisation se muscle.Il est 18h20. Deux fillettes sortent d’une boulangerie située à la cité des Maristes, près des anciens immeubles des Lionnes, baguettes à la main. Pour elles, acheter du pain pendant le Ramadan relève d’une véritable stratégie.« Il faut venir à 18h pile. Et surtout acheter aux stands dehors, c’est plus rapide que de faire la queue à l’intérieur », expliquent-elles avec assurance.

Elles savent cependant qu’il y aura toujours une file. Parce que, « tout le monde veut du pain pour couper le jeûne ».

Même tactique pour Mouhamed, 13 ans, croisé devant la boulangerie « Tout Chaud » du côté d’EDK Maristes. Arrivé à 18h, il ressort à 18h23, malgré une longue file à l’extérieur. Mission accomplie : rentrer à temps avec du pain chaud.

Production en hausse

Alioune Badara Diop, propriétaire de la boulangerie pâtisserie « Tout Chaud », confirme la forte demande. « En période de Ramadan, c’est compliqué, mais gérable. Avec une caissière et quatre vendeuses, on parvient à s’en sortir », confie-t-il.

La boulangerie commence les ventes à partir de 15h jusqu’après la rupture du jeûne. Côté production, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 8 à 10 sacs de farine par jour pendant le Ramadan, contre 3 à 4 sacs en temps normal.

« On produit selon la demande. Tout est calculé. Si on veut sortir le pain à 17h, il y a une quantité précise de levure à mettre. La cuisson se fait toutes les 15 à 20 minutes », explique-t-il, en faisant allusion à la nécessité d’une organisation millimétrée pour garantir du pain chaud à l’heure stratégique.

Ruée à la Brioche Dorée

À 18h30, devant la Brioche Dorée des Maristes, la file atteint la porte extérieure. Sokhna Gueye, 15 ans, patiente sereinement. « Je viens vers 18h30 pour être sûre d’avoir du pain chaud. Je sais que je sortirai vers 19h avec mes baguettes », dit-elle, peu dérangée par l’attente.

Mouhamadou, adjoint gérant de la Brioche Dorée Maristes, décrit une cadence soutenue. « Le pain, ça marche à quatre pattes, ça marche très bien et ça se vend. De 17h à 19h20, on vend non-stop », confie-t-il.

Malgré trois caisses ouvertes pour fluidifier le service, les files ne désemplissent pas. « La production atteint 14 à 15 sacs de farine par jour. On n’a pas de rupture. On s’en sort », assure-t-il, renseignant que « la production démarre dès 13h et se poursuit jusqu’à 20h sans interruption. Et tout s’écoule ».

Un rituel incontournableAu-delà de la simple consommation, le pain reste un élément central du ndogou des Sénégalais. Qu’il accompagne les dattes, le café Touba ou les jus locaux, il symbolise le partage et l’abondance au moment de la rupture.

Aux Maristes, chaque fin d’après-midi devient ainsi une course contre la montre, rythmée par l’odeur du pain chaud et l’impatience des familles. Pendant le Ramadan, « le pain ne marche pas seulement à quatre pattes, il court ».

Mame Ndella FAYE