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REPONSE A LA CONFERENCE DU GOUVERNEMENT SUR LES VIOLENCES A L’UCAD: Le Collectif des amicales « exige la vérité » et dénonce une « manipulation de l’opinion publique »

Le Collectif des amicales de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) est sorti de sa réserve. Dans un communiqué ferme rendu public hier, en réponse à la conférence du gouvernement, l’organisation étudiante appelle à une « exigence de vérité face aux déclarations officielles récentes sur la crise universitaire » et rejette « toute tentative de faire porter la responsabilité de la situation aux étudiants ».

Dès l’entame, le Collectif précise vouloir apporter « une mise au point ferme, responsable et documentée face aux déclarations publiques récentes du gouvernement relatives à la crise universitaire », estimant que le débat est aujourd’hui biaisé par des lectures partielles et orientées des faits. Pour le Collectif, « la crise actuelle ne saurait être réduite à des actions étudiantes conjoncturelles ».

Elle trouve sa « source principale dans une inadéquation structurelle ancienne et largement documentée entre le calendrier universitaire et celui du paiement des bourses », deux mécanismes qui obéissent, selon lui, à « des logiques administratives distinctes et non harmonisées ».

À cette difficulté s’ajoute, souligne le communiqué, « la problématique non résolue des rappels de bourses », une situation qualifiée de « réelle, persistante et objectivement établie », régulièrement dénoncée par les organisations estudiantines « sans qu’une solution durable et structurelle n’y soit apportée ».

Le Collectif juge ainsi « paradoxal que l’État reconnaisse officiellement les dysfonctionnements profonds du système universitaire, tout en tentant d’en faire porter la responsabilité aux étudiants organisés ». Une posture qu’il qualifie de « déficit manifeste de dialogue social, de gouvernance concertée et de respect des cadres institutionnels ».

Mise au point sur les accusations visant les délégués étudiants

Dans son communiqué, le Collectif tient également à « rétablir certaines vérités » face à ce qu’il qualifie « d’affirmations gravement erronées et préjudiciables ». Il dément catégoriquement toute affiliation récente entre ses délégués et l’UCAD, rappelant que « contrairement aux allégations avancées, aucun délégué issu du Collectif ne provient de l’Université Cheikh Anta Diop depuis 2016 ».

Plus grave encore, l’organisation dénonce « les accusations faisant état d’influences extérieures sur les représentants étudiants », estimant que « prétendre que les délégués étudiants seraient sous influences extérieures constitue une accusation infondée, dangereuse et attentatoire à l’honneur, à la crédibilité et à l’intégrité morale des responsables syndicaux étudiants ».

À ce titre, « le Collectif se réserve le droit d’engager toute action judiciaire appropriée, notamment pour diffamation, notamment à l’encontre de Monsieur Daouda Ngom ».

Dénonciation des interventions policières sur le campus

Sur le volet sécuritaire, le ton se durcit. Le Collectif « dénonce avec la plus grande fermeté toute tentative de manipulation de l’opinion publique », notamment à travers la diffusion de vidéos jugées trompeuses.

Selon lui, « les vidéos présentées pour justifier certaines interventions ne correspondent pas aux évènements récents et sont manifestement antérieures aux faits évoqués ».« En revanche, il est établi que des étudiants ont été blessés, interpellés de manière arbitraire et soumis à des traitements contraires aux principes fondamentaux de l’État de droit, aux libertés publiques et aux libertés académiques », constate le Collectif qui estime par ailleurs que « rien ne saurait justifier l’intervention des forces de l’ordre contre des étudiants ayant décrété une journée symbolique de recueillement, acte pacifique, légitime et conforme aux traditions universitaires, destinée à honorer la mémoire de leurs camarades décédés à l’Université Gaston Berger ».

Attachement au dialogue, mais refus de toute intimidation

Malgré la fermeté du ton, le Collectif réaffirme son « attachement indéfectible au dialogue responsable, à la paix sociale et au règlement institutionnel des conflits ».

Toutefois, il prévient qu’« aucune intimidation, aucune falsification des faits ni aucune tentative de criminalisation de l’action syndicale étudiante ne saurait étouffer des revendications légitimes fondées sur la dignité, la justice et le respect des droits des étudiants ».

Enfin, l’organisation s’interroge sur les conditions dans lesquelles s’est tenue la conférence de presse officielle, soulignant qu’elle s’est déroulée « sans possibilité de contradiction ni de questions de la presse », ce qui « soulève de légitimes interrogations quant à la volonté réelle de transparence ».

Le Collectif affirme disposer « d’éléments matériels, notamment des vidéos et des images, susceptibles d’être versés au débat public et, le cas échéant, aux juridictions compétentes ».