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RÉPRESSION VIOLENTE CONTRE LES ÉTUDIANTS À L’UCAD: Des Sénégalais dépités engagent la responsabilité de l’État

Des émeutes violentes ont secoué l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) depuis vendredi, opposant étudiants et forces de sécurité (FDS) et provoquant l’émoi dans tout le pays. Le point culminant de ces violences a été atteint lundi soir, avec la mort d’un jeune étudiant de 20 ans, Abdoulaye Ba. Nous avons recueilli les avis de différents citoyens, majoritairement en soutien aux étudiants, à l’exception de quelques voix critiques.

Au croisement de Cambérène, Omar Niang, conducteur de motos « Thiak Thiak », estime que les étudiants ne devraient pas revendiquer leurs droits par la violence. Il condamne également l’entrée des forces de l’ordre dans les campus de cette manière.

« Ce n’est pas normal. L’État a failli tout comme les étudiants. Les autorités doivent prendre leurs responsabilités et dialoguer avec les étudiants. Même si je suis du Pastef à 100%, je condamne ce qui se passe actuellement », déclare-t-il.

Omar Niang poursuit en suggérant que le gouvernement ou le ministère de l’Intérieur engage des discussions avec les étudiants pour trouver un terrain d’entente et clarifier les responsabilités. Il souligne également que les étudiants doivent comprendre que tout ne peut pas être parfait dans le contexte actuel du pays.

« Ils ne peuvent pas obtenir tout ce qu’ils désirent maintenant. L’État doit essayer de les satisfaire, même partiellement, pour qu’ils puissent continuer leurs études. Mais les étudiants doivent arrêter de faire de la politique au sein de l’université : certains soutiennent le pouvoir, d’autres l’opposition, et cela ne va pas de pair avec les études. À mon avis, on apprend ou on fait de la politique », conclut-il.

S. Thioye, vendeur de chaussures à Sacré-Cœur, estime quant à lui que le gouvernement porte la responsabilité de la situation. Selon lui, « si les autorités avaient anticipé et répondu aux revendications des étudiants, il n’y aurait pas eu de morts ».

« J’ai été découragé d’apprendre le décès d’un étudiant. Je suis patriote et je soutiens le gouvernement à 100%, mais la mort de ce jeune est de leur faute. Les FDS auraient dû simplement surveiller les grèves non violentes sans s’infiltrer dans les chambres », affirme-t-il, visiblement frustré. Il déplore les incidents violents observés sur le campus, « comme l’image de cet étudiant tentant de sauter d’un étage pour se sauver que j’ai vu. C’est inacceptable ».

Une dame interrogée aux alentours de Liberté 6 trouve la situation désolante et compatit avec la famille du défunt. « C’est déplorable. Les étudiants se battent parfois pour renverser le régime, mais aujourd’hui la situation s’est empirée à l’UCAD. Les autorités ont réagi trop tard, c’est vraiment du ‘médecin après la mort’ », regrette-t-elle.

« Je condamne la présence des forces de l’ordre et des chars de combat à l’intérieur du campus », ajoute-elle, soulignant l’impact de la violence sur les écoles et universités avoisinantes, ainsi que la suspension des cours. Elle appelle l’État à agir concrètement pour rétablir la paix dans ce temple du savoir.

Ousmane N., vendeur d’accessoires, critique également les méthodes des étudiants. « Ce n’est pas ainsi qu’on revendique des droits. On peut le faire sans violence. Même si j’ai des frères et des cousins à l’université, je ne suis pas d’accord avec cette révolte et avec l’action des JST. De même, je condamne aussi les actions violentes de la police qui ont conduit à la mort de ce pauvre étudiant. Cette attitude des FDS au sein de l’UCAD est incompréhensible », dit-il.

Mame Ndella FAYE