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VENTE DE FRIPERIES ET PRÊT-À-PORTER À DAKAR: Le froid impose déjà son accoutrement

Avec l’arrivée du froid, Dakar change de rythme… et de garde-robe. Des rues de Colobane aux allées du « Marché Samedi » de Liberté 6, en passant par Grand-Yoff, les clients affluent pour se procurer pulls, blousons et jaquettes. Mais si certains commerçants se frottent les mains, d’autres s’impatientent, faute d’acheteurs réguliers. Reportage au cœur d’un business qui flambe chaque saison fraîche.

À l’intérieur du marché de Colobane, c’est la ruée. Les étals débordent de pulls épais, de blousons colorés et de jaquettes bien chaudes. Les clients se bousculent, fouillent, marchent, négocient. Ici, le froid fait vendre.

Colobane : l’effervescence… et les frustrations

Fallou Dieng, commerçant, affiche un large sourire. « Je remercie le bon Dieu. Plus il fait froid, plus les clients viennent. Parfois le climat change vite, mais on s’en sort bien », confie-t-il au milieu de ses piles de vêtements. La friperie y règne en maître. Les prix accessibles, la diversité et la qualité des articles séduisent toujours plus de familles.Mais à quelques mètres de là, dans un couloir près du rond-point, le contraste est saisissant. Sur des fils tendus, pulls et manteaux balancent au vent, espérant attirer l’œil.

Cheikh Seck, lui, voit les choses autrement. « Ici, la vente ne marche pas bien. Ce n’est plus comme avant. Les gens préfèrent la friperie. Parfois, on peut rester toute la journée pour vendre un seul article… ou rien du tout », fulmine ce commerçant qui tient une boutique de prêt à porter.Au milieu du tumulte du marché, marchands ambulants, embouteillages, cris de rabatteurs, un père de famille, préférant garder l’anonymat, explique son choix.

« Je viens ici en période de fraîcheur pour habiller mes enfants. La qualité est bonne, et c’est moins coûteux », explique-t-il.

Liberté 6 : le « Marché Samedi » reste prudent

Au « Marché Samedi » de Liberté 6, les vendeurs accrochent des vêtements lourds en façade, prêts pour l’assaut des clients… même si la grosse affluence tarde. Souleye Diop, vendeur de friperie, garde espoir. « Pour le moment, ce n’est pas encore le grand rush. On vend depuis que le froid commence à s’installer. Les clients viennent petit à petit », explique Pape Bara, trouvé sous une tente de fortune où il expose ses articles.

Les prix, ici aussi, sont attractifs. Ils varient entre 1000, 1500, 2000 jusqu’à 2500 FCFA, selon la taille et le modèle. Le même engouement est noté du côté du prêt-à-porter, mais pour des tarifs autrement plus consistant, comme l’atteste Abdoulaye, lunettes sur la tête, surpris en train de prépare sa vitrine. « C’est le moment de sortir les vêtements lourds. Nos modèles varient entre 2500 et 6000 FCFA. Les clients anticipent déjà l’hiver », renseigne-t-il, au moment même où une jeune mère s’incruste dans la boutique et se met fouiller l’étagère où sont ranges les pulls d’enfants.

« Quand le froid arrive, je vais souvent à la friperie, car c’est de la qualité et souvent des pièces neuves. Tout le monde y trouve son compte. Mais en passant devant la vitrine, j’ai vu les pulls pour enfants et je me dis que je peux trouver quelque chose ici à bon prix », souligne la dame.

Grand-Yoff : des nouveautés et une clientèle Fidèle

À Grand-Yoff, une grande partie des stands est déjà installée, dans l’espace du marché réservé à la friperie à notre passage. Les nouveautés arrivent, parfois tout juste sorties des ballots. Fallou, vendeur, vante l’accessibilité du secteur. « Le marché de la friperie est à la portée de tous. Beaucoup de familles peuvent s’habiller à bon prix. Les nouveautés viennent des États-Unis », informe-t-il.

Pour Bintou Ndiaye, cliente régulière de ce marché de friperie, le choix est vite fait. « Le prêt-à-porter coûte trop cher en période de froid. Avant j’achetais en boutique, mais maintenant je viens ici. Je m’habille à bon marché », déclaré-t-elle.Une affirmation que Babacar, propriétaire d’une boutique d’habillement située un peu plus loin dans ce marche, nuance.

« Je ne me compare pas à la friperie. J’ai une location à payer. Chacun ses clients. La friperie a pris une grande importance au Sénégal, c’est devenu une vérité », lâche-t-il dans un sourire.

Pourquoi ce rush ? La météo raconte le reste

Selon l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACIM), le ressenti de fraîcheur observé ces derniers jours s’explique par la fin de l’hivernage et le début de la saison fraîche, l’arrivée de masses d’air plus sèches et plus froides venues du Nord, des vents renforçant la sensation de froid, et les effets du changement climatique, qui rendent ces transitions plus brusques.Dakar entre donc dans sa période de fraîcheur… et les marchés aussi.

Ainsi, de Colobane, à Liberté 6 en passant par Grand-Yoff, vendeurs de friperies et de prêt-à-porter attendent désormais l’installation définitive du froid pour espérer une explosion des ventes. En attendant, chacun espère tirer son épingle du jeu entre frilosité climatique, budgets serrés et concurrence féroce.

Lamine DIEDHIOU