TAXATION SUR LE MOBILE MONEY: Les ménages paient la facture
Alors que l’État multiplie les mesures fiscales pour augmenter ses recettes, la taxation des paiements en espèces et des transactions mobiles suscite une vive contestation. Entre hausse des coûts pour les ménages, inquiétudes des commerçants et critiques politiques, cette nouvelle pression fiscale ravive le débat sur le pouvoir d’achat au Sénégal.
Au Sénégal, la pression fiscale continue de s’accentuer, au grand dam de nombreux ménages déjà éprouvés par la cherté de la vie. La nouvelle politique de mobilisation des recettes – censée rapporter 762 milliards de FCFA supplémentaires en 2025 – entraîne une série de répercussions directes sur les paiements, notamment en espèces et via mobile money. Une tendance qui suscite une vague de contestations chez les consommateurs.
Une avalanche de taxes : le droit de timbre en première ligne
Dans le sillage de la révision du Code général des impôts, Auchan a annoncé l’application d’un droit de timbre de 1% sur tous les paiements en espèces, quel que soit le montant. Une taxe collectée au profit du Trésor public. Le 22 octobre 2025, SEN’EAU a emboîté le pas, officialisant la même taxe, en s’appuyant sur la loi n°2025-17 du 27 septembre 2025.
Quasiment toutes les autres société ont suivi, a l’image de la SENELEC ou des opérateurs de téléphonie. Cette loi élargit le droit de timbre aux paiements en cash sans seuil ni plafond, et introduit une taxe de 0,5% sur les transactions mobiles, plafonnée à 2 000 FCFA. Elle prévoit également une retenue à la source de 20% sur les gains des opérateurs de jeux, dans le cadre du Plan de Redressement Économique et Social (PRES), censé doper les recettes de l’État. Ce qui a suscité la colère des parieurs et autres adeptes de 1XBET, MELBET, Parifoot, etc.
Effet domino : Canal+ augmente ses prix
Autre conséquence du nouveau dispositif fiscal. Canal+ a revu ses tarifs en hausse de 10%, pour compenser une nouvelle redevance qui passe d’un montant fixe de 75 millions à 9% du chiffre d’affaires, soit environ 4,5 milliards de FCFA en 2024.
L’État table désormais sur 6 188,8 milliards de FCFA de recettes, contre 5 014,3 milliards dans la loi de finances 2025, soit une progression de 23,4%.
Des ménages étranglés : « Une taxe de trop »
Dans les supermarchés et dans les rues, la grogne est palpable suite à cette taxe sur les transactions mobiles. Pour Mamadou Sène, sexagénaire rencontré dans un centre commercial, cette mesure tombe au plus mauvais moment. « C’est vraiment une taxe de trop. Le Sénégalais lambda va encore trinquer. Aujourd’hui, presque tous les ménages utilisent les plateformes de transfert d’argent. Cette hausse va réduire notre pouvoir d’achat », se désole-t-il.
Chez les petits commerçants, l’impact est tout aussi brutal. À Ouakam, Mouhamadou Alimou Diallo, boutiquier, s’inquiète. « Nous payons la marchandise via Wave ou Orange Money. Avec cette taxe, je perds au moins 1 000 FCFA par jour. Sur un mois, c’est énorme ! », dénonce-t-il.
Une taxe qui devient politique
Pour une partie de l’opinion, la responsabilité est clairement attribuée au duo exécutif Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko.Croisé dans une rue de Sacré-Cœur, Moussa Sow exprime son amertume. « Cette taxation sur le mobile money aggrave la souffrance des plus pauvres. Diomaye et Sonko avaient promis de combattre la cherté de la vie. Aujourd’hui, ils déçoivent. Leur discours de souveraineté ne peut pas marcher dans un monde où l’on a besoin de partenaires internationaux », souligne le jeune cadre dans une entreprise numérique de la place.
Un autre citoyen, souhaitant garder l’anonymat, appelle à tempérer les critiques. « Il faut laisser le temps au gouvernement. Cet argent collecté va financer l’agriculture, la santé, l’éducation, les routes, l’emploi… Attendons de voir les résultats », attenue-t-il.
Au final, entre l’impératif de redressement budgétaire et l’exaspération populaire, la taxation des paiements en espèces et des transactions mobiles ouvre un débat brûlant sur l’équité fiscale et le coût social du PRES. Mais une chose est sûre. C’est que la question du pouvoir d’achat restera au cœur des tensions économiques et politiques dans les mois à venir.
Abdoulaye DIAO

