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AN 1 DE LA SUSPENSION DES ACCORDS DE PÊCHE: Les acteurs de la pêche artisanale dénoncent la poursuite du pillage des ressources

Un an après la suspension des accords de pêche entre le Sénégal et l’Union européenne (UE), les acteurs de la pêche artisanale tirent un constat amer : le retrait des navires européens n’a pas permis de restaurer les stocks halieutiques. La pression sur les ressources demeure intacte, voire plus forte, en raison de l’explosion des licences attribuées à d’autres navires, notamment Turcs, Chinois, Coréens…

Pour Mamadou Diop Thioune, coordonnateur national du comité tripartite du dialogue social, de la pêche et de l’aquaculture, les espoirs d’une amélioration ont vite été douchés. « Aujourd’hui, on n’a plus d’accord de pêche avec l’Europe. Les bateaux sont retirés. Mais il y a encore beaucoup plus de bateaux au Sénégal. Donc le nombre de bateaux retirés est moins élevé que les bateaux qui sont restés », constate-t-il.

Il reconnaît certes l’existence d’« autorisations attribuées à un armateur de pêche », mais pointe surtout un phénomène inquiétant : l’expansion de navires sous pavillon de complaisance. « Ce que j’appellerais les navires de pavillon de complaisance, ce sont des sociétés écrans au service d’étrangers. Turcs, Chinois, Coréens… tous sont parrainés par des Sénégalais », déplore-t-il.

Des licences en hausse malgré la suspension des accords

Au sein des Conseils locaux de pêche artisanale (CLPA), le discours est identique. Fama Sarr, Secrétaire générale adjointe du CLPA de Saint-Louis, dénonce une situation incompréhensible. « Nous pensions qu’il fallait obligatoirement réduire ces bateaux et renforcer la pêche artisanale. Mais, à notre très grande surprise, après la publication de la liste des bateaux, on voit une augmentation des licences attribuées à d’autres navires », se désole-t-il.

Pour les acteurs, la raréfaction du poisson ne fait que s’aggraver. « L’arrêt n’avait pas entraîné la diminution de l’effort de pêche. Le marché le dit : il n’y a pas d’accès facile aux produits halieutiques », note Mamadou Diop Thioune.« L’impact sur la ressource n’a pas changé. Les bateaux sont toujours là. Les ressources continuent d’être pillées », ajoute Fama Sarr.

Plaidoyer pour réformer la gouvernance des licences Face à ce constat, les professionnels demandent des mesures courageuses pour éviter l’effondrement des stocks. Mamadou Diop Thioune recommande un audit complet de la flotte. « Il faudrait maintenant faire l’audit de la flotte. Il faut obliger la flotte et sortir les armements réformés », préconise-t-il.

Il appelle aussi à un contrôle strict des capacités de capture . « Si on ne met pas l’accent sur le taux de capture autorisé, c’est toujours l’effondrement des stocks », poursuit Thioune.Pour Fama Sarr, la priorité est de garantir un meilleur accès à la ressource pour les pêcheurs artisanaux.

« Aujourd’hui, notre plaidoyer est de demander au ministère de la Pêche de prendre des mesures pour permettre aux pêcheurs artisanaux d’atteindre les 16 000 nautiques (soit un mille marin). C’est indispensable pour accéder à la ressource », dit-il.

À noter que, du côté du ministère de la Pêche, aucun responsable n’a souhaité se prononcer sur la question, malgré nos multiples relances.Une absence de réaction qui interroge, au moment où le secteur traverse une zone de turbulences et où les acteurs de la pêche artisanale comme industrielle attendent des clarifications sur les orientations prises depuis la suspension des accords.

Mamadou Lamine CAMARA