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SUSPENSION DES ACCORDS DE PÊCHE SÉNÉGAL-UNION EUROPÉNNE: Un an après, le statu quo persiste

Un an après la suspension des accords de pêche entre le Sénégal et l’Union européenne (UE), les positions restent figées et aucun signe de reprise n’est en vue. Tandis que Dakar et Bruxelles se disputent toujours la paternité de la rupture, pêcheurs artisans et acteurs du secteur peinent à en mesurer les effets concrets, laissant planer une incertitude durable sur l’avenir d’un partenariat vieux de plus de quarante ans.

Un an après la suspension bruyante des accords de pêche entre le Sénégal et l’Union européenne, le 17 novembre 2024, rien n’a véritablement changé. Les débats se sont tus, les positions restent figées et les navires européens n’ont toujours pas repris la mer dans les eaux sénégalaises. Du côté de la pêche artisanale, les acteurs affirment que l’arrêt des accords n’a pas eu d’impact visible sur la ressource.

Quant aux armateurs thoniers, ils sont restés injoignables malgré nos multiples sollicitations.Un accord vieux de plus de 40 ansLa rupture intervenue en 2023 met fin – du moins provisoirement – à une coopération débutée en 1979, à l’époque de la Communauté économique européenne (CEE), ancêtre de l’Union européenne (UE).

Ces accords permettaient aux navires européens d’exploiter les eaux sous juridiction sénégalaise, en contrepartie d’un appui financier destiné à développer les infrastructures portuaires et renforcer le secteur de la pêche au Sénégal.Ce partenariat a été régulièrement renouvelé jusqu’en 2006. Cette année-là, Dakar suspend unilatéralement les accords pour préserver certaines espèces menacées de surpêche. La suspension durera huit ans.

Une reprise sous conditions en 2014

Il faudra attendre 2014 pour que le dossier soit réactivé, sous la pression des négociations menées dans le cadre de l’ICCAT (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique), en charge de la gestion des quotas.

« Il a fallu neuf rounds de négociations Bruxelles-Dakar pour parvenir au renouvellement des accords en 2014 », confie un ancien directeur de la Pêche maritime, évoquant un processus jalonné de tensions et de vives récriminations des acteurs locaux.

Cette fois, l’accord est profondément réaménagé recentré sur le thon, assorti d’un petit volet sur les poissons démersaux (notamment le merlu noir), conclu pour cinq ans, tacitement reconductible. Il prévoyait des possibilités de pêche pour 28 thoniers congélateurs, 10 canneurs, 5 palangriers en provenance d’Espagne, du Portugal et de la France, pour un quota de référence de 10 000 tonnes de thon par an et 1 700 tonnes de merlu noir pour deux navires espagnols.

Reconduit en 2020, le protocole aurait dû courir jusqu’en 2024. Mais il s’est interrompu prématurément, sur fond de désaccord.Une rupture dont chacun revendique la paternitéParticularité de cette suspension chaque partie – Dakar comme Bruxelles – affirme être à l’origine de la rupture. Au Sénégal, la ministre des Pêches, Dr Fatou Diouf, avait lors d’un point d’étape dressé un bilan jugé insuffisant du protocole signé le 18 novembre 2019 à Bruxelles pour cinq ans, assorti d’une contrepartie financière d’environ 10 milliards FCFA.

Selon elle, le Sénégal n’a pas obtenu l’intégralité des fonds prévus. « Au terme de cet accord, le Sénégal a reçu un montant global de 9 946 176 euros, soit 6 524 263 770 FCFA. Par rapport aux prévisions, nous n’avons pas atteint nos objectifs sur le plan financier. Le reliquat est actuellement de 172 000 euros, soit 112 826 571 FCFA. Selon nos estimations, l’Union européenne doit verser un surplus du même montant », avait-elle justifié dans l’argument mis en avant par Dakar pour justifier la fin du partenariat.

Un an plus tard… rien ne bouge

Depuis le départ des navires européens, aucun round de négociation n’a été annoncé. Le statu quo s’installe. Pour les pêcheurs artisans, l’effet sur la ressource demeure inexistant ou invisible. Pour les armateurs thoniers, c’est silence radio, aucune communication sur le sujet. Pour les autorités étatiques du nouveau régime, la rupture ne semble pas prête d’être réexaminée.Un an après la suspension, l’avenir des accords de pêche entre le Sénégal et l’UE reste donc dans le flou, sur fond de divergences, de méfiance et de priorités nationales réaffirmées.

Mamadou Lamine CAMARA