Ukraine: Zelensky promulgue la loi controversée supprimant l’indépendance des instances anticorruption
En Ukraine, la société civile est en émoi après que le Parlement a voté mardi 22 juillet des amendements de loi plaçant deux institutions de lutte contre la corruption, jusque-là indépendantes, sous l’autorité du procureur général. Ce vote, au lendemain de l’arrestation contestée d’un responsable travaillant dans l’une de ces structures, a suscité les critiques de militants et ONG en Ukraine. Mardi soir, le président Zelensky promulgue la loi controversée, selon le site du Parlement.
« Revenu avec la signature du président ukrainien », a indiqué le site du Parlement ukrainien dans la soirée. Le message a brièvement disparu après sa publication, avant de réapparaître. Un haut responsable ukrainien a confirmé à l’AFP que le président Zelensky avait signé le projet de loi.
Il aura fallu une session, une coalition de 263 parlementaires, contre 26 ayant voté contre ou s’étant abstenus, pour approuver des amendements visant à réduire le champ d’action de deux institutions luttant contre la corruption, le bureau national anti-corruption, ainsi que la branche spécialisée dans la lutte contre la corruption du bureau du procureur, rapporte notre correspondante en Ukraine, Emmanuelle Chaze.
Inna Sovsun, députée du parti Holos est l’une des 13 parlementaires ayant voté contre ces amendements. Elle s’inquiète des conséquences d’une telle décision. « Cela aura un impact considérable sur la lutte contre la corruption. Le procureur général étant placé sous l’autorité du bureau du président, mais nommé par le Parlement, il aura toute autorité pour décider s’il souhaite que le bureau enquête ou non. Et c’est terrifiant, franchement », déplore-t-elle.
Comme tous les parlementaires ayant voté contre, Inna Sovsun ne décolère pas. « Ce n’est pour ça que nous avons eu la Révolution de Maïdan, ce n’est pas le pays pour lequel nos soldats se battent, et c’est une chose à laquelle on doit remédier, explique-t-elle. Je ne veux pas que cela porte atteinte au soutien pour mon pays, notre survie en dépend. »
Le vote n’a pas seulement surpris les quelques politiques ayant voté contre, au sein de la population civile, c’est l’incompréhension, l’impression d’un retour en arrière pour le pays. Pour tous ceux-là, il reste un mince espoir : celui que Volodymyr Zelensky oppose son droit de veto lorsque cette loi arrivera sur son bureau.
Un « sérieux recul » selon l’UE
La Commission européenne s’est dite « profondément préoccupée » par le « sérieux recul » de l’Ukraine en matière de lutte contre la corruption. Le respect de « l’État de droit reste au cœur des négociations d’adhésion » de l’Ukraine à l’UE, a ajouté la commissaire européenne Marta Kos, chargée de l’élargissement de l’Union européenne.

