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NDEYE MARINA SOW, FILLE D’OUSMANE SOW: « Il est grand temps que Dakar devienne une capitale culturelle »

Fille du sculpteur Ousmane Sow, Ndéye Marina Sow se réjouit de voir une cinquantaine d’œuvres de l’artiste trouver enfin refuge au Sénégal. Dans cet entretien, elle porte la voix des artistes auprès des autorités culturelles et plaide pour une meilleure reconnaissance du secteur, appelant à faire de Dakar une véritable capitale culturelle.

Le Musée des Civilisations noires abrite une exposition qui va durer trois ans et qui présente les œuvres de votre père dans une démarche d’hommage et de transmission. Que représente cet événement pour la famille ?
Forcément, c’est une immense émotion. Voir ces œuvres entrer dans un musée – et quel musée ! – est une grande fierté. Le Musée des Civilisations noires, l’un des plus grands d’Afrique de l’Ouest, constitue un écrin exceptionnel. Nous sommes heureux de mettre ces œuvres à disposition du musée et, plus largement, du peuple sénégalais, afin qu’il puisse s’approprier l’héritage d’Ousmane Sow.

Pourquoi était-il important que ces œuvres restent au Sénégal ?
Après le décès de mon père en décembre 2016, nous avons ouvert, 18 mois plus tard, la Maison Ousmane Sow, qui a accueilli les œuvres pendant huit ans. Mais, à un moment donné, nous avons été contraints de la fermer. La question s’est alors posée : que faire de ces cinquante œuvres magistrales ? Dès que la fermeture a été connue dans le milieu de l’art, nous avons commencé à recevoir des sollicitations pour que les œuvres partent à l’étranger. Avec mon frère, Béatrice et les membres de la fondation, nous avons longuement réfléchi. Nous nous sommes dit qu’il serait dommage que ces œuvres quittent le Sénégal. Nous avons toujours essayé de nous demander ce qu’il aurait voulu. Et je pense qu’il aurait détesté voir ses œuvres partir. Elles avaient déjà passé vingt ans à l’étranger avant qu’il ne décide de les rapatrier en 2014 sur sa terre natale. Les faire repartir aurait été en contradiction avec sa volonté. C’est dans ce contexte que le directeur du musée, informé de la fermeture, nous a approchés. Ce qui nous a convaincus, c’est la dimension pédagogique du projet. Il était essentiel pour nous que l’œuvre soit ancrée au Sénégal, et plus largement en terre africaine. Ousmane Sow est un artiste de renommée internationale, mais paradoxalement encore méconnu dans son propre pays. Nous espérons que ces trois années d’exposition permettront de combler ce déficit de reconnaissance. Comme on le dit, trois ans, c’est le temps d’une thèse.

Espérez-vous que cette exposition permette à la jeune génération de mieux connaître Ousmane Sow ?
Nous l’espérons vivement. À l’avenir, lorsqu’on demandera à un jeune Sénégalais qui est Ousmane Sow, il saura répondre qu’il s’agit d’un grand sculpteur, académicien et figure majeure de l’art contemporain. Mais Ousmane Sow n’est pas seul. Le Sénégal regorge de talents : Ndary Lo, Souleymane Keïta, Soly Cissé, entre autres. C’est pourquoi le plaidoyer que je porte auprès des autorités culturelles est clair : il est essentiel de donner à la culture et à l’art la place qu’ils méritent. Il est grand temps que Dakar devienne une capitale culturelle. Parce qu’elle l’est déjà, de fait, qu’on le veuille ou non. Il est temps de l’assumer pleinement. Le tourisme culturel est une richesse, à la fois économique et humaine, car il favorise les échanges et valorise notre patrimoine. Il est donc impératif de multiplier ce type d’expositions. Le musée est vaste, les artistes sont nombreux. Il doit continuer à accueillir et à mettre en lumière les grandes figures de notre scène artistique.

Adama AIDARA