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AFFAIRE DES 2,7 MILLIARDS FCFA DU RIZ COVID: Mansour Faye libéré, mais pas encore blanchi

Accusé de surfacturation dans le cadre du marché du riz des fonds Covid-19, l’ancien ministre Mansour Faye a été libéré sous contrôle judiciaire, hier. Une décision qui relance le débat sur l’égalité devant la justice, entre critiques de l’opposition et défense de ses avocats.

L’ancien ministre du Développement communautaire, Mansour Faye, a recouvré la liberté, hier, après plusieurs mois de détention provisoire. Libéré sous contrôle judiciaire, il demeure néanmoins impliqué dans l’enquête sur la gestion des fonds destinés à l’aide alimentaire au plus fort de la pandémie de Covid-19.Poursuivi pour détournement de fonds publics, corruption, blanchiment d’argent, prise illégale d’intérêts, faux et usage de faux ainsi qu’association de malfaiteurs, l’ex-ministre est au cœur d’un dossier portant sur une commande de riz jugée surévaluée à hauteur de 2,749 milliards de francs CFA.

Depuis son incarcération, le 26 mai 2025, Mansour Faye n’a cessé de nier les accusations. Devant la Haute Cour de justice, où il a comparu le 15 septembre, il a contesté les conclusions du vérificateur, estimant que le référentiel utilisé pour calculer la surfacturation reposait sur un arrêté de 2013 devenu caduc depuis 2020. Il a par ailleurs affirmé n’avoir jamais été convoqué ni entendu par l’OFNAC ou une autre institution compétente avant son inculpation.

Les conditions de sa libération

Sa mise en liberté provisoire ne signifie pas la fin de la procédure. Mansour Faye reste tenu à plusieurs obligations, notamment l’interdiction de quitter le territoire sans autorisation et l’obligation de se présenter régulièrement devant le juge. À sa sortie de la prison de Rebeuss, où il était détenu, il a regagné son domicile en fin d’après-midi.Son avocat, Me El Hadj Diouf, a aussitôt réagi, réaffirmant l’innocence de son client.

« Madame la ministre Aminata Assome Diatta a montré que les prix arrêtés correspondaient aux cours du marché. Tout a été battu en brèche. La commission d’instruction était obligée de laisser Mansour Faye partir », a-t-il martélé sur la RFM.Selon lui, la prochaine étape sera le dépôt d’une requête en non-lieu. « Après la liberté provisoire, c’est le non-lieu qui va suivre. Nous allons introduire une requête pour que la Cour statue. Pour l’instant, mon client peut voyager et aller où il veut », a-t-il soutenu.

Vives critiques de Pastef

La libération de l’ancien ministre a suscité une réaction ferme de la députée de Pastef, Maimouna Bousso, qui dénonce une justice à « deux vitesses ».

« Attention à ne pas transformer l’État de droit en une justice au service des riches », a-t-elle mis en garde.Dans un message publié sur Facebook, la parlementaire a dénoncé le recours sélectif aux mesures alternatives à la détention. « Finalement, ces bracelets électroniques, achetés à coups de milliards, semblent destinés aux criminels financiers qui ont pillé nos ressources. Pendant ce temps, nos frères croupissent en prison pour des délits mineurs », a-t-elle fustigé.Mme Bousso a rappelé le principe d’égalité devant la loi, insistant sur une dérive inquiétante.

« Nous assistons à une justice sévère envers les petits délinquants, mais complaisante envers les grands criminels. À croire qu’il vaut mieux voler des milliards que de voler un bœuf », a-t-elle mentionné.Elle a cité en exemple le cas de Serigne Modou Mbacké Fall, dit Momo Taylor, détenu pour des délits mineurs dans des conditions jugées préoccupantes, alors que certaines personnalités impliquées dans des affaires financières bénéficient de « séjours en prison confortables ».Pour la députée, cette affaire met en lumière l’urgence d’une réforme judiciaire réelle et impartiale. « La rupture politique, nous l’avons engagée. La rupture judiciaire, nous la voulons. Mais pour qu’elle soit effective, chacun doit jouer son rôle de manière juste et loyale : politiques, magistrats et détenteurs de tout pouvoir », a-t-elle conclu.

Mamadou SY