JOJ DAKAR 2026: Du Péloponnèse aux rives de la Téranga, l’odyssée des Bâtisseurs
Le 31 octobre s’ouvriront à Dakar les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), premier événement olympique de l’histoire africaine. À la manière de Pindare, retour sur l’équipage qui y a conduit le Sénégal, et sur ceux qui lui ont ouvert la route.
« L’eau est le premier des biens, l’or brille comme un feu dans la nuit, mais pour chanter les jeux, mon cœur, ne cherche pas d’astre plus radieux que le soleil». C’est en ces termes que Pindare ouvrait sa première Olympique, rappelant que de toutes les célébrations humaines, aucune ne surpasse l’éclat du rassemblement d’Olympie.
Chez les Grecs anciens, la fête s’ouvrait par la trêve sacrée, qui imposait le silence aux armes et la concorde aux cités pour laisser place à l’émulation des corps et des esprits.
Le 10 septembre 2026, dans le stade panathénaïque d’Athènes, celui-là même qui avait accueilli les premiers Jeux modernes en 1896, des prêtresses ont tiré la flamme des rayons du jour, puis l’ont couchée dans une lanterne. Elle a franchi la mer.
Le 31 octobre, elle allumera la vasque des Jeux olympiques de la jeunesse. Selon l’usage de Pindare, il faut maintenant nommer ceux qui ont tressé la couronne.
En février 2018, à Pyeongchang, à la veille des Jeux d’hiver, le CIO vote une motion : les Jeux olympiques de la jeunesse de 2022 iront pour la première fois à un pays africain.
Le Sénégal se déclare dans le même mois, par la voix de celui que le pays appelle simplement Diagna. Face au Botswana, au Nigeria et à la Tunisie, il faut un équipage.
Le dossier sera porté par un noyau de cinq hommes : Mamadou Diagna Ndiaye, Baïdy Agne, Ibrahima Wade, Babacar Wade et Seydina Oumar Diagne qui le mèneront jusqu’à la victoire, à Buenos Aires.
Mamadou Diagna Ndiaye préside depuis vingt ans le Comité national olympique et sportif sénégalais et siège au CIO depuis 2015. Au temps d’Olympie, des hérauts quittaient la cité d’Élis pour annoncer les jeux et la trêve à tout le monde grec. Diagna, lui a multiplié les voyages, de Pékin à Milan, pour rallier le continent d’abord, puis le monde.
Sa langue est celle de l’hospitalité, que la Grèce plaçait sous la protection de Zeus et que le Sénégal appelle teranga : « L’Afrique accueille, Dakar célèbre », dit la devise des Jeux. À Athènes, c’est entre ses mains que le Président du Comité olympique grec a déposé la torche.
En décembre 2024, il a rappelé n’avoir accepté, pour présider le comité d’organisation, ni salaire, ni billets d’avion, ni indemnités, ni logement de fonction : « Je préfère que tout cela aille dans l’escarcelle des Jeux olympiques. » Le vainqueur d’Olympie recevait une couronne d’olivier.
Diagna a reçu en 2024 l’Ordre olympique en argent. À ses côtés, Baïdy Agne, Président du Conseil National du Patronat du Sénégal, Vice-Président du Comité Olympique Sénégalais, Président de la Fédération Sénégalaise de Golf de 2012 à 2025, élu en 2025 à la tête de Business Africa, apporte le crédit des entreprises du pays et une connaissance intime des équilibres sociaux.
Pindare raconte qu’à l’entrée de la mer Noire, l’Argo dut passer entre deux roches vivantes qui s’entrechoquaient et broyaient les navires. Après le passage des héros, elles se figèrent pour toujours. La préparation des Jeux a eu ses roches : la menace d’une grève au mauvais moment, un réseau électrique dont ce diplômé en génie électrique a signalé tôt le risque d’implosion. Par un dialogue continu avec les partenaires sociaux, il a œuvré pour que les chantiers ne s’arrêtent pas, et pour que les délégations étrangères comme les parents qui confient à Dakar un enfant de seize ans gardent confiance.
Il a aussi voulu des académies sportives dans les villes du littoral, d’où partent les pirogues de l’émigration, pour offrir à leur jeunesse une autre porte que la mer. Plus de deux cents métiers nouveaux liés au sport ont été recensés.
Le Coordonnateur général des Jeux, Ibrahima Wade, inspecteur du Trésor et ancien secrétaire général du gouvernement, préside la Fédération Sénégalaise des Sports Equestres depuis 2008. Il a mesuré la tâche sans détour : « Personne dans ce pays n’avait auparavant travaillé à l’organisation de JO. »
Le comité s’enrichit de Babacar Wade, que Diagna dit « très sourcilleux sur les dépenses ». Les comptes passent par un agent fiduciaire et sont rapportés chaque mois au ministère des Finances.
Le 8 octobre 2018, à Buenos Aires, les membres du CIO ont levé la main, tous ensemble, pour Dakar. Son Excellence le Président Macky Sall était dans la salle et avait engagé l’État. Ce jour-là, il parla au nom d’un continent : « C’est toute l’Afrique, berceau de l’humanité par son histoire et continent le plus jeune par sa démographie, qui accueillera les jeunes sportifs du monde en 2022. » Il promettait un stade neuf de cinquante mille places, ce sera celui de Diamniadio, qui porte le nom d’Abdoulaye Wade, que la flamme rejoindra le 31 octobre.
Le 15 juillet 2020, la pandémie a contraint le Sénégal et le CIO à reporter les Jeux de quatre ans. Le report, dira Diagna, a permis de mieux dimensionner les Jeux.
Le comité olympique sénégalais est né le 31 août 1961. Iba Mar Diop l’a présidé de 1979 à 1985. Le stade de la Médina, rebâti pour ces Jeux, porte son nom. Le juge Kéba Mbaye a siégé à la commission exécutive du CIO. Amadou Dia Bâ a rapporté de Séoul, en 1988, l’argent du 400 mètres haies, seule médaille olympique du pays à ce jour. Il a été désigné parmi les porteurs de la flamme.
Et il y a eu Lamine Diack, qui présida le comité olympique sénégalais de 1985 à 2002.
Huit sites répartis entre Dakar, Diamniadio et Saly, des ministères, une ville, le CIO. La coordination fut l’autre chantier, tenue par des conseils interministériels et un conseil présidentiel de suivi. Le samedi 25 juillet 2026, le Président de la République a réceptionné la piscine et le stade, livrés dans les délais. Diagna l’a dit dans un entretien : « Quand le Président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye réceptionne le patrimoine de la nation, c’est un acte de souveraineté qu’il pose, avec des infrastructures utiles avant, pendant et après les Jeux». Ces Jeux sont un patrimoine en action, que chaque Sénégalais doit s’approprier.
Arrivée à Dakar le 12 septembre, la flamme est partie le 14 de Dakar-Plateau pour quelques trois mille kilomètres et trente étapes, à travers les quatorze régions du pays.
Près de quatre cent cinquante porteurs se la passent de main en main. À Saint-Louis, les 3 et 4 octobre, elle a traversé le fleuve Sénégal en pirogue, avant de monter vers Matam. Le 30 octobre, elle rejoindra la place de la Nation. Le pays s’embrase, et pour une fois, l’embrasement rassemble. C’est le début d’une fraternité réglée sur les valeurs de l’olympisme.
Tout a été pensé pour que ces Jeux soient populaires, des écrans installés dans les communes aux volontaires qui les accompagnent. Plus de trois cent mille billets sont distribués par des canaux solidaires. Le programme des volontaires s’appelle Jambaar 26, Jambaar, en wolof, veut dire héros.
La responsabilité du pays est engagée. Ces Jeux n’appartiennent ni à un comité ni à un gouvernement. Diagna, Baïdy, Ibrahima, Babacar et Seydina ont été les premiers à porter cette flamme, quand elle n’était encore qu’un dossier. Ils la transmettent aujourd’hui à la jeunesse africaine, dans « le respect, l’amitié et l’excellence ».
Le 31 octobre, deux mille sept cents athlètes de quinze à dix-sept ans entreront dans le stade de Diamniadio.
Que personne, au Sénégal, ne reste sur le quai.
Fatimata Diallo BA
Ecrivaine/Romancière

