PROJET DE LOI DE FINANCES RECTIFICATIVE 2026: Le déficit dérape, la croissance tombe à 2,7%
Le projet de Loi de finances rectificative (LFR) rebat les cartes du budget 2026. Confronté à une baisse des recettes et à une forte progression des charges, le gouvernement porte le déficit à 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6% du PIB. Dans le même temps, la prévision de croissance est ramenée de 5% à 2,7%.
Le Sénégal revoit nettement à la baisse ses ambitions économiques et budgétaires pour 2026. Selon le projet de Loi de finances rectificative (LFR) 2026 qui a été déposé par le gouvernement vendredi dernier à l’Assemblée nationale en vue de son adoption, le déficit devrait atteindre 1 735,2 milliards de FCFA, contre 1 245,1 milliards dans la loi de finances initiale. Il se creuserait ainsi de 490,1 milliards de FCFA. Rapporté au Produit intérieur brut (PIB), le déficit passerait de 5,4% à 7,6%. Cette dégradation résulte d’un double mouvement : une contraction des recettes et une augmentation des dépenses publiques.
Les ressources totales, y compris celles des comptes spéciaux du Trésor, sont désormais évaluées à 5 848,7 milliards de FCFA, contre 6 188,8 milliards initialement, soit une baisse de 340,1 milliards. À l’inverse, les dépenses progresseraient d’environ 150 milliards pour atteindre 7 583,9 milliards de FCFA.
Le PRES rapporte 451 milliards de moins que prévu
Le rendement décevant des mesures du Plan de redressement économique et social (PRES) pèse lourdement sur le nouveau cadrage. Les recettes attendues de ce programme sont ramenées de 762,9 à 311,5 milliards de FCFA, soit une diminution de 451,4 milliards, équivalant à près de 59% des prévisions initiales. La taxation des jeux de hasard illustre cette contreperformance. Son rendement est désormais estimé à 120 milliards de FCFA, contre 300 milliards initialement, soit un manque à gagner prévisionnel de 180 milliards.
La LFR ne prévoit également aucun recouvrement en 2026 sur plusieurs mesures annoncées, notamment la régularisation foncière massive, la taxe sur les exportations d’or, la réactivation des droits de sortie sur l’arachide et le renouvellement des conventions de concession des opérateurs téléphoniques. Ces révisions ramènent les recettes fiscales à 4 931,5 milliards de FCFA, contre 5 384,8 milliards dans le budget initial. Pour redresser la situation, le gouvernement entend renforcer le recouvrement, récupérer la TVA collectée mais non reversée et lutter contre les minorations de chiffres d’affaires et d’impôts sur les sociétés.
La croissance amputée de 2,3 points
La LFR acte également un net ralentissement de l’économie. La croissance attendue en 2026 est revue de 5% à 2,7%, soit une baisse de 2,3 points. Le gouvernement invoque notamment les répercussions de la crise énergétique mondiale, la hausse du cours du pétrole ainsi que les risques liés à un déficit pluviométrique associé au phénomène El Niño. Cette conjoncture affecte à la fois les recettes de l’État et le coût des politiques de soutien.
Face à ces contraintes, l’Exécutif annonce un recentrage de l’action publique sur la production, l’emploi, la santé, l’éducation et les services essentiels. Le nouvel équilibre budgétaire révèle toutefois l’ampleur du défi : préserver les priorités sociales tout en rétablissant progressivement les finances publiques.
Abdoulaye DIAO

