CANCERS PÉDIATRIQUES: Les femmes marchent pour briser le tabou et sauver les enfants
Dans le cadre de « Septembre en Or », mois dédié à la sensibilisation aux cancers pédiatriques, l’Association des Femmes de Mermoz, en collaboration avec l’association « Yayou Tidiane », a organisé, ce week-end à Mermoz, une randonnée pédestre contre les cancers de l’enfant. Au Sénégal, entre 800 et 1 200 nouveaux cas seraient attendus chaque année. Pourtant, le pays ne dispose que d’une seule unité spécialisée dans leur prise en charge.
À l’occasion de « Septembre en Or », mois de sensibilisation aux cancers pédiatriques, l’Association des Femmes de Mermoz (AFM), en collaboration avec l’association « Yayou Tidiane », a organisé, ce week-end à Mermoz, une randonnée pédestre. Les participantes ont marché pour que les enfants vivent.
L’objectif de cette mobilisation était d’informer, de sensibiliser et de déconstruire les idées reçues autour d’une maladie qui reste taboue, mais qui peut être soignée lorsqu’elle est diagnostiquée suffisamment tôt.
Invitée de la manifestation, la Dre Mame Ndella Diouf, pédiatre-oncologue à l’hôpital Dalal Jamm, a rappelé une réalité encore méconnue. « Il n’y a pas de prévention des cancers pédiatriques. Ce qui prévaut, c’est le dépistage et le diagnostic précoces, afin de pouvoir administrer des traitements moins lourds et plus efficaces », a-t-elle expliqué.
Selon elle, entre 800 et 1 200 nouveaux cas de cancers pédiatriques seraient attendus chaque année au Sénégal. Pourtant, une seule unité spécialisée existe dans le pays, à l’hôpital Dalal Jamm, où seuls 200 à 250 nouveaux patients sont pris en charge annuellement. Le déficit est donc considérable.
« Le cancer de l’enfant est une réalité triste, mais bien présente », a insisté la spécialiste. Parmi les cancers les plus fréquents chez l’enfant figurent la leucémie aiguë, qui touche le sang ; le néphroblastome, ou cancer du rein ; le rétinoblastome, qui affecte l’œil ; les lymphomes, cancers des ganglions ; ainsi que les tumeurs cérébrales. Ces dernières restent sous-diagnostiquées au Sénégal, alors qu’elles constituent la deuxième forme de cancer pédiatrique la plus fréquente dans le monde. « Il faut éduquer les populations afin qu’elles puissent reconnaître les signes précoces et conduire rapidement les enfants malades à l’hôpital. L’espoir est permis parce que la société civile se mobilise », a-t-elle salué.
La gratuité des soins, le cri du cœur
Toutefois, la Dr Mame Ndella Diouf reconnaît que l’accès au traitement demeure le principal obstacle. « Les cancers pédiatriques sont très chimiosensibles. Les enfants ont donc besoin de chimiothérapie. Mais les médicaments anticancéreux coûtent cher, connaissent souvent des ruptures de stock et, pire encore, ne sont pas couverts par les politiques de gratuité », a-t-elle déploré.
La spécialiste a également évoqué le recours à la chirurgie et à la radiothérapie. Dans le même temps, les thérapies ciblées et l’immunothérapie, réputées plus efficaces et moins toxiques, ne sont pas encore disponibles au Sénégal. « Dans d’autres pays, la prise en charge est beaucoup plus avancée, notamment grâce aux thérapies ciblées et à l’immunothérapie. Ces traitements permettent de guérir davantage d’enfants. Certes, ils sont coûteux, mais leurs effets secondaires sont réduits et leurs résultats plus efficaces. Nous n’en sommes malheureusement pas encore à ce stade », a-t-elle regretté.
Un plaidoyer porté par les associations
Pour Ndèye Abibatou Ndaw Cissé, présidente de l’Association des Femmes de Mermoz, cette randonnée vise avant tout à sensibiliser, accompagner et soutenir les familles. Elle estime nécessaire de déconstruire les perceptions négatives entourant les différents types de cancer, car ces maladies peuvent être soignées lorsqu’elles sont détectées précocement.
Même appel du côté de Diénaba Kane, présidente de l’association « Yayou Tidiane », qui interpelle directement l’État sur la nécessité d’améliorer la prise en charge et d’instaurer la gratuité des soins. « Les cancers pédiatriques ne représentent que 2% de l’ensemble des cancers. Il est possible de soigner un enfant du début à la fin sans que ses parents aient à supporter les frais médicaux. Les médicaments doivent être plus accessibles et moins chers », a-t-elle plaidé.
Viviane DIATTA

