LUTTE CONTRE LE PALUDISME: Le Sénégal en marche vers un pays sans paludisme
L’élimination du paludisme constitue le nouveau défi des acteurs engagés dans la lutte contre cette maladie. Encouragées par la baisse de l’incidence enregistrée en 2025, les autorités appellent toutefois à davantage de vigilance et d’efforts. Cet appel a été lancé ce samedi par le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la ministre Mame Coumba Diop, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, couplée au lancement de la campagne hivernale 2026.
« Motivés pour éliminer le paludisme : nous pouvons, maintenant nous devons. » C’est le thème de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme célébrée ce samedi au Sénégal, en même temps que le lancement officiel de la campagne annuelle de prévention pour l’hivernage 2026. Ce double événement a été placé sous le mot d’ordre : « Hivernage 2026 avec zéro palu, je m’engage ».
La cérémonie a été présidée par le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, en présence notamment de sa collègue de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Mame Coumba Diop. Pour le ministre de la Santé, cette mobilisation incarne « la marche résolue de notre peuple vers sa souveraineté sanitaire ». Il a inscrit la lutte contre le paludisme dans la nouvelle doctrine de « la santé dans toutes les politiques », d’où l’implication des secteurs de la Culture, du Tourisme et de la Communication.
Dr Ibrahima Sy a également salué les avancées significatives enregistrées grâce à la généralisation de la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide, à l’extension de la chimioprévention du paludisme saisonnier aux enfants âgés de 3 à 120 mois dans les zones à forte transmission, au renforcement du diagnostic rapide, à la gratuité de la prise en charge ainsi qu’à la surveillance épidémiologique à base communautaire.
Selon les chiffres officiels, l’incidence nationale est passée de 22,8 cas pour 1 000 habitants en 2024 à 12,8 cas pour 1 000 habitants en 2025. Dans le même temps, le nombre de décès a chuté de 312 à 150. « L’élimination n’est plus une aspiration lointaine, mais un objectif à notre portée, pour peu que nous conjuguions nos efforts avec constance », a martelé le ministre.
Dr Ibrahima Sy a toutefois rappelé que, chaque année, à l’approche de l’hivernage, le Sénégal entre dans une période de vigilance accrue. Si les pluies sont précieuses pour l’agriculture, elles favorisent également la multiplication des eaux stagnantes et la prolifération des moustiques. Dans plusieurs régions du pays, cette saison correspond ainsi à un pic de transmission qui expose particulièrement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.
90% des districts en pré-élimination, mais cinq zones sous surveillance
Pour le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé, Dr Yao Michel, le Sénégal a accompli des progrès remarquables. « Aujourd’hui, plus de 90% des districts sanitaires sont en phase de pré-élimination. Cela mérite des applaudissements. Plus précisément, 73 districts sur 79 sont concernés », s’est-il réjoui.
La vigilance reste néanmoins de mise. Les régions de Kolda, Tambacounda et Kédougou, ainsi que les districts sanitaires de Kaolack et de Touba, continuent de supporter une part importante du fardeau de la maladie et nécessitent une attention particulière.
Dr Yao Michel a rappelé que l’Afrique supporte toujours la plus lourde charge mondiale du paludisme, avec près de 600 000 décès enregistrés en 2024, dont la majorité concerne de jeunes enfants. « Ces décès évitables nous rappellent pourquoi le progrès ne peut plus attendre. Le Plan stratégique national d’élimination du paludisme 2026-2030 s’inscrit dans la vision d’un Sénégal libéré du paludisme, souverain et équitable », a-t-il soutenu.
De son côté, Mme Mame Coumba Diop a salué une célébration de la vie et de la solidarité. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le Sénégal figure parmi les pays d’Afrique subsaharienne les mieux engagés sur la voie de l’élimination du paludisme à l’horizon 2030 », a-t-elle affirmé.
Elle a cependant attiré l’attention sur la persistance de foyers à Touba, Kaolack, Kolda, Tambacounda et Kédougou, ainsi que sur la vulnérabilité des talibés, des enfants et des femmes enceintes. Pour elle, les progrès accomplis ne doivent, en aucun cas, conduire à un relâchement de la vigilance.
Viviane DIATTA

