EXPLOITATION PÉTROLIÈRE, RARÉFACTION DES RESSOURCES ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES: À Marlothie, les femmes au chevet de la mangrove
Dans les îles du delta du Saloum, la disparition progressive de la mangrove menace directement les revenus et la survie de nombreuses familles. Face à la raréfaction des ressources halieutiques, à l’avancée de la mer et à la salinisation des terres, les femmes de Marlothie multiplient les initiatives de restauration, tout en redoutant les éventuelles répercussions de l’exploitation pétrolière de Sangomar. Leur mobilisation était au cœur d’une immersion de journalistes, organisée les 8 et 9 septembre 2026 à l’occasion du lancement du Fonds d’appui « Restaur’Action Mangrove », financé par l’ONG SYNDEV.
Sur l’île de Marlothie, les femmes se mobilisent pour sauver la mangrove et préserver les ressources naturelles dont dépend leur survie. Pendant deux jours, les 8 et 9 septembre 2026, une tournée médiatique a permis de découvrir leurs actions, mais aussi de recueillir leurs témoignages sur les menaces qui pèsent sur l’écosystème du delta du Saloum. Cette activité a été organisée dans le cadre du lancement du Fonds d’appui « Restaur’Action Mangrove », financé par l’ONG SYNDEV. Elle a été précédée par la mise en place, avec l’appui du service des Eaux et Forêts, d’une pépinière d’Avicennia africana. Au total, 496 plants ont été mis en pépinière.
Dans cette partie du delta du Saloum, le changement climatique, l’avancée de la mer, la salinisation des terres, la dégradation des tannes et le recul des surfaces de mangrove bouleversent progressivement les activités des populations. À ces phénomènes s’ajoutent les inquiétudes suscitées par l’exploitation pétrolière offshore de Sangomar, opérée par Woodside. Les communautés locales regrettent notamment de ne pas avoir été suffisamment associées aux études d’impact et aux consultations menées autour du projet.
« Nous pouvons passer toute une journée en mer sans remplir une bassine »
Présidente de l’Union locale des femmes de Marlothie, Mayé Diome constate une diminution importante des produits halieutiques tels que les pagnes, les « yokhosses », les « yettes » et les « toufas ». « Auparavant, les femmes partaient en mer et revenaient avant 10 heures avec d’importantes quantités de produits halieutiques. Aujourd’hui, nous pouvons passer toute la journée en mer sans réussir à remplir une seule bassine de ‘pagnes’ », témoigne-t-elle.
Face à cette dégradation, les femmes de Marlothie ont commencé, dès 2011, à reboiser la mangrove avec leurs propres moyens. « À l’époque, nous cotisions chacune 100 francs CFA pour acheter de l’essence et prendre une pirogue afin d’aller chercher des propagules. Nous avions compris que notre environnement se dégradait et nous voulions le restaurer », explique Mayé Diome.
Selon elle, entre 2011 et 2025, les femmes ont restauré 102 hectares de mangrove grâce à la plantation de 2 000 488 propagules. Cette année, une attention particulière est accordée à l’Avicennia africana, une espèce devenue rare dans la zone. Contrairement aux propagules ordinaires, qui peuvent être directement plantées, celles de l’Avicennia doivent d’abord passer par une pépinière. Cette espèce joue un rôle important dans la lutte contre la salinisation des terres et dans la captation du dioxyde de carbone.
Mayé Diome rappelle également que la mangrove constitue une véritable nurserie pour les poissons et les coquillages. « Les poissons viennent s’y abriter et s’y reproduire avant de rejoindre la mer », souligne-t-elle.
Des rendements en forte baisse
Avant l’aggravation des effets du changement climatique, poursuit-elle, les femmes pouvaient rapporter jusqu’à sept sacs de pagnes et entre deux et quatre sacs de « toufas » ou de « yettes ». Ces quantités ont considérablement diminué au fil des années.
Pour Mayé Diome, l’exploitation pétrolière de Sangomar constitue une source supplémentaire d’inquiétude. Elle affirme que certaines vasières sont désormais recouvertes de sable, ce qui empêcherait des espèces comme les « yokhosses » de se développer normalement. Face à cette situation, les femmes se tournent progressivement vers l’ostréiculture.
Elle regrette également que les communautés locales n’aient pas été suffisamment consultées lors des études d’impact environnemental. « Nous avons élevé la voix, mais rien n’a été fait. Lors de l’étude d’impact, nous n’avons pas été approchées », déplore-t-elle.
Avec l’appui de SYNDEV, les femmes bénéficient désormais de programmes de reboisement et de transformation des produits halieutiques, ainsi que de visites d’échange au Nigeria, en Côte d’Ivoire et au Cameroun. L’objectif est de mieux comprendre les risques liés à l’exploitation pétrolière et les moyens de protéger leurs territoires.
« Nous ne voulons même pas du pétrole, parce que nous avons vu les dégâts que peut provoquer une marée noire. Tous nos produits halieutiques pourraient disparaître. Si le pétrole atteint nos terres, nous pourrions rester cent ans sans pouvoir les cultiver », redoute Mayé Diome.
Renforcer la résilience des femmes
Directrice du plaidoyer et chargée de projet à l’ONG SYNDEV, Fatoumata Mbodj explique que le programme vise à renforcer la résilience des femmes du delta du Saloum face au changement climatique, dans un contexte marqué par l’exploitation pétrolière de Sangomar.
« Nous sommes dans le delta du Saloum, plus précisément sur l’île de Marlothie, pour lancer une activité de restauration de la mangrove. Celle-ci s’inscrit dans un projet d’appui à la résilience des femmes face au changement climatique », indique-t-elle.
Le choix de la mangrove n’est pas fortuit. Cet écosystème joue un rôle essentiel dans la protection de la biodiversité, la captation du CO₂ et la reproduction des ressources halieutiques. Or, les femmes du delta vivent principalement de la collecte et de la transformation des huîtres, des arches, des crevettes et d’autres produits de la mer. « Protéger et restaurer la mangrove, c’est permettre aux femmes de continuer à bénéficier de ces ressources halieutiques », insiste Fatoumata Mbodj.
Avec l’appui technique des agents des Eaux et Forêts, le projet a décidé de réintroduire l’Avicennia africana. « Cette espèce contribue fortement à la captation du sel et du CO₂. Elle peut nous aider à lutter contre l’avancée de la mer et la salinisation des terres agricoles », précise-t-elle.
La première pépinière a été installée avec les femmes des quatre îles de Marlothie, Marsoulou, Marwandié et Marfafaco. Son évolution sera suivie pendant trois mois avant la réintroduction des plants dans leur milieu naturel.
Mame Ndella FAYE
(Envoyée spéciale)

