IMPACT DE L’EXPLOITATION DU GAZ SUR LES RESSOURCES HALIEUTIQUES: À Saint-Louis, pêcheurs et transformatrices haussent le ton
À Saint-Louis, la colère gronde chez les pêcheurs et les femmes transformatrices de produits halieutiques. Réunis ce week-end, lors d’une marche de protestation, ils dénoncent les conséquences de l’exploitation gazière offshore sur les ressources halieutiques et l’accès à la zone de pêche de Jatara, qu’ils considèrent comme leur principale source de survie économique.
« Jatara occupé, 17 000 emplois menacés ! ». C’est le cri de colère lancé, ce week-end, à Saint-Louis, par des pêcheurs et des femmes transformatrices de produits halieutiques. À travers une marche de protestation, les acteurs de la pêche ont dénoncé les conséquences de l’exploitation gazière au large des côtes saint-louisiennes, notamment l’occupation du site de Jatara, considéré comme l’une des zones les plus poissonneuses de la région et surnommé « la banque des pêcheurs ».
Selon les manifestants, les installations liées au projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), exploité notamment par BP et Kosmos Energy, ont profondément bouleversé les activités des communautés de pêcheurs de la Langue de Barbarie. L’interdiction d’accès à certaines zones de pêche, en raison des périmètres de sécurité imposés autour des infrastructures gazières, contraint désormais les pêcheurs à s’éloigner davantage en mer, avec des coûts plus élevés et des risques accrus.
« BP nous a volé ce qui nous revient de droit »
Prenant part à la manifestation, Fama Sarr, secrétaire adjointe du Conseil local de pêche artisanale de Saint-Louis et transformatrice de produits halieutiques, a vivement dénoncé la situation. « BP nous a volé ce qui nous revient de droit. Nos côtes et nos océans sont nos sources de survie. Ce que BP a détruit aujourd’hui, c’est l’endroit où les pêcheurs trouvaient la matière première pour faire vivre leurs familles », a-t-elle déclaré.
Pour elle, Jatara représente bien plus qu’un simple site de pêche. « Jatara est notre héritage. Ce site a été découvert par nos grands-parents depuis très longtemps. C’est pourquoi nous lançons ce cri du cœur pour interpeller l’opinion nationale et internationale », a ajouté cette responsable d’un groupement de femmes transformatrices, qui a également insisté sur l’impact direct de cette situation sur les femmes, dont les activités dépendent fortement de l’approvisionnement en poisson. « Nous sommes une communauté de pêcheurs et de femmes transformatrices. Jatara était notre survie. Des multinationales sont venues sur nos côtes détruire ce site qui nous est très cher », a-t-elle déploré.
« Beaucoup de personnes souffrent ici des effets liés à l’exploitation du gaz »
Habillés en tenues de pêcheurs, pancartes à la main, les manifestants ont appelé les autorités à prendre en compte leurs préoccupations. Sur plusieurs pancartes, on pouvait lire : « Jatara occupé, 17 000 emplois menacés ! ». Ainsi, Babacar Guèye, l’un des manifestants, a élargi le débat aux conséquences sanitaires et sociales de l’exploitation gazière. « Cette manifestation est d’une importance capitale. Tous les habitants de Saint-Louis devraient y prendre part, car il s’agit de défendre les droits des populations locales », a-t-il soutenu.
Il estime que les mécanismes de responsabilité sociétale mis en place par les entreprises concernées ne répondent pas aux attentes des communautés. « Beaucoup de personnes souffrent ici des effets liés à l’exploitation du gaz. Les actions de responsabilité sociétale menées par BP et Kosmos ne nous satisfont pas. C’est pourquoi nous demandons leur départ », a-t-il affirmé.
À travers cette mobilisation, pêcheurs et transformatrices entendent alerter sur la menace qui pèse sur leur activité, leurs revenus et leur mode de vie. Pour ces communautés, la préservation des ressources halieutiques demeure une question de survie économique et sociale.
Mamadou Lamine CAMARA

