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ALERTE DU CONSEIL MONDIAL DE SUIVI DE LA PRÉPARATION: « Le monde est au bord de dégâts pandémiques encore plus importants »

Le monde n’est pas à l’abri de nouvelles pandémies. C’est l’avertissement lancé par le Conseil mondial de suivi de la préparation (GPMB), dans un rapport publié hier, qui estime que les risques sanitaires mondiaux progressent plus vite que les investissements consentis pour y faire face.

Dans son rapport 2026, publié en marge de la 79e Assemblée mondiale de la santé, le Conseil mondial de suivi de la préparation (GPMB) alerte sur le risque réel et immédiat qu’une nouvelle pandémie frappe un monde plus divisé, plus endetté et moins capable de protéger ses populations qu’il ne l’était il y a dix ans. Une situation qui pourrait entraîner des conséquences sanitaires, sociales et économiques encore plus graves.
Intitulé « Un monde au bord du gouffre : priorités pour un avenir résilient face aux pandémies », le document met en lumière le potentiel de l’intelligence artificielle et des technologies numériques dans l’amélioration de la préparation mondiale, notamment pour la surveillance des menaces pandémiques. Toutefois, le rapport avertit qu’en l’absence de gouvernance adaptée et de garanties efficaces, ces technologies pourraient au contraire fragiliser davantage la sécurité sanitaire et accentuer les inégalités d’accès aux soins déjà observées durant la pandémie de COVID-19.
Le rapport souligne également qu’à mesure que les épidémies de maladies infectieuses deviennent plus fréquentes, leurs conséquences deviennent aussi plus destructrices, avec des impacts sanitaires, économiques, politiques et sociaux de plus en plus lourds, alors même que les capacités de résilience des États s’affaiblissent.
Le Conseil mondial de suivi de la préparation estime qu’une décennie d’investissements n’a pas permis de suivre le rythme de l’augmentation des risques pandémiques. Si plusieurs initiatives ont amélioré certains aspects de la préparation, ces avancées restent compromises par la fragmentation géopolitique croissante, les perturbations écologiques, l’intensification des voyages internationaux et la baisse de l’aide au développement, tombée à son plus faible niveau depuis 2009.
Selon la coprésidente du GPMB, le monde ne manque pourtant pas de solutions. « Mais sans confiance ni équité, ces solutions n’atteindront pas les populations qui en ont le plus besoin. Les dirigeants politiques, les acteurs économiques et la société civile peuvent encore infléchir la trajectoire de la préparation mondiale, à condition de concrétiser leurs engagements par des progrès tangibles avant la prochaine crise », a déclaré Kolinda Grabar-Kitarovic.
Le GPMB, dont le mandat prendra fin en 2026, identifie trois priorités majeures pour inverser cette tendance : établir un mécanisme de surveillance permanent et indépendant des risques pandémiques ; promouvoir un accès équitable aux vaccins, aux tests et aux traitements vitaux à travers la conclusion de l’Accord sur les pandémies ; et garantir un financement solide des activités de préparation et de réponse dès le « Jour zéro ».

Ebola et COVID-19 ébranlent la confiance envers les gouvernements
De son côté, la coprésidente du Conseil, Joy Phumaphi, estime que « si la confiance et la coopération continuent de se fragiliser, chaque pays sera plus vulnérable lors de la prochaine pandémie. La préparation n’est pas seulement un défi technique, c’est aussi une épreuve de leadership politique ».
Le rapport souligne que ce leadership sera particulièrement mis à l’épreuve cette année, alors que les gouvernements tentent de finaliser l’Accord de l’OMS sur les pandémies et d’adopter une déclaration politique forte des Nations unies sur la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies.
Par ailleurs, le document revient sur une décennie d’urgences de santé publique de portée internationale (USPPI), d’Ebola en Afrique de l’Ouest à la COVID-19, en passant par la variole du singe, et évalue leurs impacts sur les systèmes de santé, les économies et les sociétés.
Le GPMB constate notamment une régression sur des questions essentielles comme l’accès équitable aux diagnostics, aux vaccins et aux traitements. Les vaccins contre la variole du singe, par exemple, ne sont arrivés dans les pays pauvres touchés que près de deux ans après le début de l’épidémie, soit plus tard encore que les 17 mois nécessaires pour les vaccins contre la COVID-19.
Enfin, le Conseil relève que les conséquences de ces crises dépassent largement les seuls impacts sanitaires et économiques. Selon le rapport, Ebola et la COVID-19 ont profondément ébranlé la confiance envers les gouvernements, les libertés civiles et les normes démocratiques. Une situation aggravée par des réponses souvent politisées, des attaques contre les institutions scientifiques et une polarisation persistante qui affaiblit davantage les sociétés face aux futures urgences sanitaires.

Viviane DIATTA