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LA CHRONIQUE DE MLD: Aller à Canossa en Mercedes…Par Mamadou Lamine DIATTA

Après deux années de conciliabules, de tergiversations et de galère, le FMI et le Sénégal ont finalement scellé un accord de 1243 milliards fr cfa sur les trois prochaines années. Derrière ce que certains optimistes ont tôt fait de qualifier de prouesse, il ya un nom : Mercedes Vera Martin, chef de mission du FMI pour le Sénégal. L’histoire retiendra pour sûr que sa mission à elle a finalement porté bonheur à ce pays en manque criant de liquidités depuis l’avènement de la troisième alternance et la révélation d’une dette dite cachée (Misreporting) d’un montant finalement évalué à 13 milliards de dollars ( 7302 milliards de fr cfa).
Pour autant, seuls ceux qui méconnaissent les enjeux du monde complexe de la finance internationale et les subtilités de la macro-économie ont jubilé pour dire naïvement que le Sénégal a décroché un certain jackpot. Que nenni ! En vérité, même s’il faut rappeler que ce nouveau programme nous ouvre grandes ouvertes les portes de la haute finance ( Banque européenne d’investissement, BAD, Banque mondiale etc), nous avons juste perdu deux bonnes années avant d’aller finalement à Canossa en Mercedes. Autrement dit, deux années passées par pertes et profits en termes de pertes de temps donc d’argent. Pendant toute cette période-là, les pertes massives d’emplois, la détérioration continue du pouvoir d’achat des pauvres populations ou encore la dette intérieure de plus de 300 milliards cfa non encore soldée, ont peuplé un sinistre décor… Au grand dam de tous les acteurs économiques en général, du secteur privé en particulier. Par la faute de qui ? Qui nous a mis dans ce pétrin ? L’ancien pouvoir sur la dette cachée ? Sonko qui aurait eu la maladresse de révéler en grande pompe cette fameuse dette cachée qu’on aurait pu traiter entre quatre murs ? Nul ne sait. Autant rester prudent pour éviter de jouer les procureurs de service. Surtout qu’à la faveur de cette bipolarisation accentuée de l’espace public, l’indignation est souvent sélective. Les acteurs pointant du doigt tel ou tel acteur politique pour proposer à la vindicte populaire le responsable de cette crise que 18 millions de Sénégalais vivent au quotidien… dans leur chair.
Il n’empêche et on n’a pas besoin d’avoir fréquenté HEC, Harvard ou Oxford pour comprendre que le pays était pratiquement bloqué ces deux dernières années. L’argent ne circule pas. Il n’y en a tout simplement pas. Point de cash et aucun effet de ruissellement sur des ménages appauvries qui, au contraire, constatent avec amertume et impuissance une flambée exponentielle des prix des denrées de consommation courante. Le dernier exemple en date : la hausse du prix de la viande de bœuf qui est passé de 4500 à 5500 voire 6000 fr cfa…Sans oublier la hausse des prix du carburant ,le litre de carburant passant de 920 fr cfa à près de 1000 fr cfa (990 fr cfa).
Disons-le tout net, le Sénégal n’a plus de problème politique encore moins de système électoral depuis belle lurette. Même cette crise institutionnelle que certains observateurs brandissent comme épouvantail est plutôt artificielle. L’exécutif, le législatif et le judiciaire jouant chacun son rôle malgré quelques soubresauts conformément à la vision de Montesquieu, l’apôtre de la séparation des pouvoirs.
Oui, le problème de ce pays est essentiellement économique. Clairement !
Le nouveau programme avec le FMI se présente dans ces conditions comme une délivrance, un ouf de soulagement même si tout le monde sait que le FMI n’a jamais été un sanctuaire de philanthropes. Les potions de ce gendarme financier du monde savent être amères. Les voici d’ailleurs en vrac :

  1. Le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS)
  2. Le Misrporting (Dette cachée) qui sera géré séparément. C’est du concret. Tout porte à croire que d’ici à la fin de l’actuel mandat du Président Diomaye Faye, l’économie nationale restera sous contrôle, sous haute surveillance. Comme en 1993 sous Abdou Diouf avec le Plan Sakho-Loum, toutes proportions gardées.
    Ce sont les méthodes corsées du FMI qui veulent ça. Une austérité de rigueur pour un cadrage macro-économique crédible et viable, moins de dépenses sociales et de fonctionnement et plus d’efficacité et d’efficience dans la mobilisation des recettes. Pour la réduction drastique du train de vie de l’État que tous les citoyens vertueux appellent de leurs vœux, il faudra repasser. L’État Kiiraay- Pastef est pratiquement allergique à cela. Chaque chapelle se sucre goûlument aux frais du contribuable. La notion sacro-sainte de : « Se serrer la ceinture » est davantage un signal envoyé aux populations déjà rudement éprouvées.
    Tout de même un constat : De janvier à juillet 2026, le Sénégal a mobilisé 1 699 milliards de FCFA sur le marché régional, tout en assurant le paiement normal de sa dette et en procédant à une baisse significative des prix des denrées de première nécessité et du carburant.
    En revanche, sur la période 2026-2029, le FMI propose un financement de 1 250 milliards de FCFA, assorti de conditions exigeant une restructuration et entraînant déjà une augmentation des prix.
    Le problème n’est pas la dette mais plutôt l’usage qu’on en fait. Profite-t-elle réellement aux populations ?

Éviter l’austérité sans croissance

Urgence signalée : faire décoller le Sénégal un pays doté de 800 km de côtes, du soleil en veux-tu en voilà, une jeunesse dynamique capable de faire capturer le dividende démographique etc…
Et puis pour équilibrer cet endettement massif, il faut plutôt travailler à booster la production nationale, développer l’agriculture/ élevage afin de rendre effective la souveraineté alimentaire, relancer les grands travaux ((BTP) et l’industrie à travers l’approche chaînes de valeur…
Car le pire pour cette restructuration qui ne dit pas son nom, c’est « l’austérité sans croissance » pour reprendre les propos pleins de sagesse de l’économiste Chérif Salif SY.
L’idée c’est de se dépêtrer un jour ou l’autre des griffes de ce FMI qui n’a pas pour vocation de développer un pays. Il faut beaucoup travailler pour se passer de ce gendarme financier qui régente le monde avec des lunettes pas toujours commodes pour les pays en développement. C’est dans les cordes de ce pays à l’énorme potentiel qui a juste besoin d’un Leadership politique transformationnel.