ActualitéPolitiqueSociété

TENSIONS SOCIALES-Grève générale de 72 h : le patronat tente de désamorcer la crise

Le Conseil national du patronat du Sénégal (CNP) et la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES) ont rencontré, lundi 7 septembre 2026, les dirigeants du Front syndical pour la défense du travail (FSDT). Face au préavis de grève générale de 72 heures, le patronat appelle à la reprise urgente des concertations tripartites et rejoint plusieurs préoccupations soulevées par les centrales syndicales.

Le patronat sénégalais entre en scène pour tenter déviter une paralysie du pays. Le président du Conseil national du patronat du Sénégal (CNP), Baïdy Agne, et celui de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), Abdel Kader Ndiaye, ont reçu, lundi, au siège du CNP, les secrétaires généraux des centrales regroupées au sein du Front syndical pour la défense du travail (FSDT). La délégation syndicale était composée de Mody Guiro de la CNTS, Yvette Keita de lUNSAS, Cheikh Diop de la CNTS-FC, Elimane Diouf de la CSA, Ndeye Bakhaw Diongue de la CNTS/FC-A et Mariama Diallo de lUDTS. Au cours des échanges, les responsables syndicaux ont informé les employeurs de leur préavis de grève générale de 72 heures et de la campagne de mobilisation menée auprès des travailleurs sur lensemble du territoire national.

Les syndicats dénoncent cinq points majeurs
Le Front syndical conteste principalement les conditions dadoption du nouveau Code du travail et du Code de la sécurité sociale. Il rappelle que, lors de la remise des cahiers de doléances du 1er mai 2026, le chef de lÉtat avait demandé la finalisation préalable des concertations avec les partenaires sociaux et la transmission des deux projets de texte.
Les centrales syndicales dénoncent également des menaces contre la liberté syndicale, les droits fondamentaux des travailleurs et les acquis issus du dialogue social tripartite. Elles évoquent, en outre, une violation de la Convention 144 de lOrganisation internationale du travail (OIT), relative aux consultations tripartites sur les normes internationales du travail.
Le Front sinquiète aussi de la précarisation susceptible de découler des nouvelles dispositions sur le contrat à durée déterminée (CDD), ainsi que de la remise en cause de lautonomie de gestion et de la gouvernance des institutions sociales.

Le patronat redoute les conséquences économiques
Face à la menace de grève, le patronat a insisté sur la nécessité de préserver la paix sociale dans un contexte économique jugé particulièrement difficile pour les entreprises, les travailleurs et lÉtat. Selon les organisations patronales, une grève générale aurait des « impacts négatifs substantiels sur léconomie nationale et sur limage du Sénégal ». Le CNP et la CNES annoncent ainsi leur intention de poursuivre leurs démarches afin de favoriser la reprise des concertations tripartites.
Sur la procédure dadoption des deux Codes, le patronat dit partager « le point de vue et les préoccupations » des centrales syndicales. Il souhaite également éviter quune plainte soit déposée auprès de lOIT, rappelant que le Sénégal a longtemps été cité en exemple pour la qualité de son dialogue et de sa démocratie sociale.

CNP et CNES favorables au retour au CDD de deux ans
La question du CDD constitue lun des principaux points de convergence entre syndicats et employeurs. Le patronat considère que la rédaction de larticle prévoyant une durée de quatre ans pourrait donner lieu à des interprétations divergentes et à des contentieux sociaux. À défaut dune disposition réglementaire clarifiant le texte, les organisations patronales se disent favorables au maintien de lancien dispositif, à savoir un CDD dune durée de deux ans, renouvelable une seule fois.
Le patronat regrette aussi que le consensus tripartite obtenu sur plusieurs innovations lors du Conseil consultatif national du travail nait pas été pris en compte dans la réforme de la gouvernance des institutions sociales. Il rappelle que lÉtat dispose déjà de pouvoirs dapprobation, dopposition et de substitution, ainsi que dune présence importante au sein des organes délibérants.
Le CNP et la CNES saluent néanmoins la directive donnée par le président de la République lors du Conseil des ministres du 2 septembre 2026 en faveur de la revalorisation des pensions de retraite et de la préservation des acquis liés à la gouvernance des institutions de protection sociale. Les organisations patronales invitent finalement lÉtat et les centrales syndicales à engager des concertations tripartites « constructives » afin de parvenir à une sortie de crise et déviter le déclenchement de la grève générale.

Adama AIDARA