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AFFAIRE YAKAAR-TERANGA: Accusé d’avoir fait perdre à l’État 30 milliards, l’ancien DG de Petrosen contre-attaque…

Mis en cause par le Premier ministre dans le dossier Yakaar-Teranga, l’ancien Directeur général de Petrosen, Alioune Guèye, rejette toute irrégularité dans l’accord de retrait signé avec Kosmos Energy. Alors que l’État estime pouvoir réclamer 55 millions de dollars, soit environ 30 milliards de FCFA, au titre d’obligations non exécutées, l’ancien responsable soutient qu’aucune pénalité n’était due et que les droits du Sénégal ont été intégralement préservés.

Le contentieux autour du retrait de Kosmos Energy du bloc gazier Yakaar-Teranga prend une nouvelle tournure. Après les révélations du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo devant l’Assemblée nationale, Alioune Guèye, ancien Directeur général de Petrosen (juin 2024-juillet 2026), est sorti de sa réserve pour défendre l’accord conclu le 22 avril 2026 avec la compagnie américaine.

Interpellé par le député Babacar Ndiaye, lors de la sa déclaration de politique générale mardi, le chef du gouvernement avait confirmé l’existence d’une créance présumée de 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de FCFA, liée à des obligations contractuelles qui n’auraient pas été exécutées avant le retrait de Kosmos. « Yaakaar-Teranga, 55 millions de dollars US, ma wax, am na », avait déclaré Ahmadou Al Aminou Lo.

Selon le Premier ministre, l’article 19 du Code pétrolier imposerait le paiement des engagements non réalisés lorsqu’une licence ou une concession arrive à expiration. Le Premier ministre avait également dénoncé une décision qui aurait permis aux acteurs concernés d’échapper au règlement de cette somme : « Quelqu’un s’est cru en droit de se substituer à l’État. »

Alioune Guèye invoque une clause protégeant l’État

Dans sa réponse, l’ancien Directeur général de Petrosen affirme que l’accord de retrait conjoint signé avec Kosmos Energy n’a supprimé aucun droit de l’État. Il cite notamment la clause 8 du document : « Pour éviter tout doute, cet accord ne porte préjudice à aucun droit de la République du Sénégal au titre du CRPP ».

Pour Alioune Guèye, cette disposition démontre que Petrosen n’a ni renoncé à une éventuelle créance ni empêché l’État d’engager une procédure de recouvrement. « Si l’État estime détenir une créance contre Kosmos au titre de l’article 19 du Code pétrolier, il est parfaitement libre de la poursuivre. L’accord ne l’en a jamais empêché », soutient-il.

L’ancien responsable rappelle également que « Petrosen ne dispose pas du pouvoir juridique de renoncer aux droits de l’État ». Il estime donc qu’il ne peut lui être reproché d’avoir « abandonné une créance » au nom de la puissance publique.

Une pénalité jugée sans fondement contractuel

Sur le fond, Alioune Guèye conteste l’existence même de la créance de 55 millions de dollars. Il précise que « l’article 19 du Code pétrolier de 1998 ne fixe aucun montant, mais renvoie à l’indemnité prévue dans le Contrat de recherche et de partage de production (CRPP). Celle-ci doit être calculée au prorata des travaux contractuels non exécutés ».

Or, selon lui, « les travaux prévus ont bien été réalisés, avec le forage de trois puits – Teranga-1, Yakaar-1 et Yakaar-2 – ainsi qu’une campagne sismique 3D ». Il chiffre les investissements consentis à « plus de 300 millions de dollars » et souligne que « les données ainsi que les actifs sont désormais la propriété de l’État ».

« Aucune pénalité n’était due. Non pas parce que quelqu’un y aurait renoncé, mais parce que le contrat, appliqué à la lettre, n’en génère aucune », tranche-t-il.

La garantie maison mère au cœur du différend

L’ancien DG de Petrosen soulève par ailleurs la question de la garantie maison mère que Kosmos devait, selon lui, fournir à l’État. Il cite les articles 7.8 et 7.10 du CRPP, qui prévoient qu’« en cas de non-paiement d’une indemnité, l’État peut appeler une garantie irrévocable couvrant les obligations minimales de la période concernée ».

Alioune Guèye demande ainsi que soit produite « la garantie qui aurait dû être remise au ministre » lors de la prorogation du contrat en mars 2024. « Si elle existe, qu’on la produise et que l’État l’appelle. Notre accord ne l’en a jamais empêché », fait-il valoir.

En revanche, poursuit-il, « si cette garantie n’existe pas, la défaillance ne se situerait pas dans l’accord signé en avril 2026, mais dans l’absence d’une diligence contractuelle qui aurait dû être accomplie deux ans auparavant ».

Deux lectures opposées d’un même retrait

L’ancien patron de Petrosen rappelle qu’au moment du retrait de Kosmos Energy, le gouvernement avait présenté l’opération comme une « victoire majeure », obtenue « sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal ». Selon lui, l’accord a permis à l’État de récupérer le bloc, de conserver les données et les actifs issus de plus de 300 millions de dollars d’investissements, tout en se protégeant contre d’éventuelles réclamations héritées de l’ère Timis.

« J’assume entièrement cette signature dont je suis très fier. Je l’assumerai devant toute institution de la République qui souhaiterait m’entendre », conclut Alioune Guèye.

Le dossier oppose désormais deux interprétations. Le gouvernement estime que Kosmos Energy pourrait être redevable de 55 millions de dollars pour des obligations non exécutées. L’ancien Directeur général de Petrosen soutient, au contraire, que les travaux contractuels ont été réalisés et que l’accord de retrait a expressément sauvegardé les droits de l’État. La production du CRPP, de la garantie maison mère et du détail du calcul de la créance devrait permettre d’éclairer ce contentieux aux enjeux financiers et énergétiques majeurs.

Abdoulaye DIAO