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Libye: quinze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, l’unification improbable du pays

Quinze ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, le 20 août 2011, la Libye ne trouve toujours pas le chemin de la stabilité et de la souveraineté. Le pays reste divisé entre deux pouvoirs parallèles qui cherchent à se pérenniser, sur fond d’institutions profondément fracturées. Pour les Libyens, qui avaient un temps aspiré à davantage de liberté, de prospérité et à une vie plus paisible, le constat est amer.

Ce quinzième anniversaire de la chute de Mouammar Kadhafi s’accompagne d’une série de violences qui ont touché l’est comme l’ouest du pays. À Benghazi, le général al-Mansouri, chef du service de renseignement du maréchal Khalifa Haftar, a été assassiné. À l’ouest, des frappes de drones ont visé des installations énergétiques vitales à Zawiya.Ces violences viennent rappeler la persistance de la crise et renvoient dos à dos les deux pouvoirs qui se partagent le pays. Une division qui s’installe dans la durée, au point que les différentes parties prenantes, internes comme externes, semblent désormais s’adapter à cette réalité plutôt que de parvenir à une véritable solution.

Un statu quo avantageuxLes élections générales espérées pour la fin de l’année 2023 n’ont finalement jamais eu lieu. La transition politique a échoué et les forces qui ont émergé de cet échec ont progressivement construit des intérêts qui rendent le statu quo avantageux pour elles.Année après année, administrations, réseaux économiques, appareils sécuritaires et élites locales se sont enracinés dans cette réalité, rendant l’unification de l’État toujours plus difficile. Car celle-ci impliquerait nécessairement une redistribution du pouvoir, des richesses et de l’influence.

Les partis politiques, qui avaient pullulé après la chute de l’ancien régime, sont aujourd’hui marginalisés et peinent à pousser les réformes nécessaires pour sortir le pays du chaos. Saïf al-Islam Kadhafi, qui représentait encore un espoir de changement pour une partie des Libyens, a été assassiné, sans que les résultats de l’enquête n’aient été rendus publics. De nombreux cadres qualifiés et hommes d’État préfèrent désormais se tenir à l’écart d’une vie politique devenue toxique.Une interdépendance autour du pétroleCette division se retrouve également dans le fonctionnement de l’économie libyenne, qui repose principalement sur le pétrole. Celui-ci est en grande partie produit dans des zones contrôlées par le camp du maréchal Haftar, tandis que ses revenus transitent par des institutions financières basées à Tripoli.Chaque camp a donc besoin de l’autre. Un arrangement financier permet aux deux parties de se partager les revenus pétroliers sans avoir à unifier l’État. Cette interdépendance contribue ainsi à pérenniser la division politique, sécuritaire et institutionnelle du pays, au grand dam des Libyens.