Société

GESTION DES INONDATIONS À DAKAR ET DANS LES GRANDES VILLES: Deux spécialistes mettent sur la table quatre solutions

Face aux inondations récurrentes qui frappent des localités comme Dakar, Pikine, Saint-Louis, Kaolack, Rufisque ou Touba, le géographe-urbaniste et aménagiste Ndemba Diallo et Papa Guèye Sow, doctorant en géographie, proposent quatre pistes de solutions. Planification urbaine, modernisation des infrastructures, prévention et recours aux bonnes pratiques internationales sont préconisés pour renforcer la résilience des villes face aux eaux pluviales.

Chaque saison des pluies, le Sénégal est confronté au même phénomène : routes impraticables, quartiers sous les eaux, familles déplacées et pertes économiques importantes. Des villes comme Dakar, Keur Massar, Pikine, Saint-Louis, Kaolack, Rufisque ou Touba paient notamment le prix d’une urbanisation rapide et souvent mal maîtrisée, aggravée par les effets du changement climatique.

Face à cette situation récurrente, Ndemba Diallo, géographe-urbaniste, aménagiste et planificateur de projets urbains, et Papa Guèye Sow, doctorant en géographie affilié au laboratoire LEIDI de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, mettent sur la table quatre propositions. Dans leur tribune intitulée « Les inondations à Dakar : le Plan Jaxaay révélateur d’incohérences politiques », ils partent du constat que l’agglomération dakaroise est frappée de plein fouet par les inondations depuis près de trois décennies, avec d’importants dégâts.

Repenser la planification urbaine

La première solution consiste à repenser la planification urbaine afin de mettre un terme à l’occupation des zones inondables. Ndemba Diallo et Papa Guèye Sow recommandent ainsi d’intégrer davantage la gestion des risques dans les documents d’urbanisme, notamment les Plans directeurs d’urbanisme (PDU), les Plans locaux d’urbanisme (PLU) et les Plans communaux de sauvegarde (PSC).

La deuxième proposition porte sur la modernisation et l’entretien des infrastructures de drainage. Les deux spécialistes préconisent notamment le développement de bassins de rétention urbains, à l’image d’expériences menées à Rotterdam, aux Pays-Bas, ou à Singapour, permettant une meilleure gestion des eaux pluviales. Ils recommandent également la mise en service de stations de pompage performantes. Ils citent l’exemple de l’Unité 24 des Parcelles Assainies, où un dispositif de pompage de 300 m³/h a permis de faire baisser le niveau de l’eau de 95 à 45 centimètres en quelques heures. Une illustration, selon eux, de l’existence de solutions techniques efficaces. Ils préconisent également des voiries perméables favorisant l’infiltration naturelle de l’eau plutôt qu’une politique reposant uniquement sur son évacuation.

Développer une culture de prévention

Troisième axe : renforcer la prévention et l’anticipation. Les spécialistes recommandent une cartographie précise des zones à risque à l’aide de drones et de satellites. Ils plaident également pour la mise en place de plans d’urgence locaux, l’identification de sites d’évacuation et la constitution de stocks de matériel de secours.

À cela doit s’ajouter, selon eux, une sensibilisation accrue des populations sur la nécessité de maintenir propres les canaux et collecteurs afin d’éviter l’obstruction des réseaux d’évacuation des eaux pluviales.

S’inspirer des expériences internationales

La quatrième proposition invite les autorités sénégalaises à tirer profit des meilleures pratiques développées à l’étranger. Les deux spécialistes citent notamment Abidjan, en Côte d’Ivoire, où d’importants programmes de drainage ont été engagés avec l’appui de partenaires internationaux. Ils évoquent également Le Cap, en Afrique du Sud, qui mise sur des solutions fondées sur la nature, notamment la restauration des zones humides et l’aménagement de corridors verts pour absorber les excès d’eau.

« Les inondations au Sénégal ne sont pas une fatalité. Elles révèlent les failles de l’urbanisation, du drainage et de la gouvernance, mais offrent aussi une opportunité : bâtir des villes résilientes et durables », soutiennent Ndemba Diallo et Papa Guèye Sow.

Pour les deux spécialistes, la lutte contre les inondations passe ainsi par l’anticipation, des investissements dans des infrastructures modernes, une meilleure planification urbaine et l’adaptation au contexte sénégalais des expériences réussies ailleurs. « Avec une volonté politique forte, une mobilisation des collectivités et une coopération internationale, le Sénégal peut transformer chaque crise en levier pour repenser son avenir urbain », recommandent-ils.

Ces propositions interviennent dans un contexte où la saison des pluies remet une nouvelle fois au premier plan l’épineuse question des inondations et de la résilience des villes sénégalaises.

Mamadou Lamine CAMARA