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HIVERNAGE-Foudre : les erreurs qui tuent, les réflexes qui sauvent

Chaque hivernage, la foudre provoque des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels au Sénégal. Déjà, six décès sont recensé depuis le début de l’hivernage 2026. Face à ce risque naturel souvent sous-estimé, l’expert en réduction des risques et gestion des catastrophes, Amadou Canar Diop, rappelle les comportements à adopter avant, pendant et après un orage afin de prévenir les accidents et de sauver des vies.

Chaque saison des pluies rappelle les dangers de la foudre, un phénomène naturel aussi spectaculaire que meurtrier. Face aux nombreux risques qu’elle représente durant l’hivernage, l’expert en réduction des risques et gestion des catastrophes, Amadou Canar Diop, invite les populations à adopter les bons réflexes afin de limiter les accidents, qui font chaque année plusieurs victimes au Sénégal.

Un risque récurrent de l’hivernage qui a déjà causé 6 décès

Si aucun bilan national officiel n’est encore disponible pour l’hivernage 2026, au moins six décès liés à la foudre ont déjà été recensés dans différentes régions du Sénégal. Des drames enregistrés entre juin, juillet et ce début du mois d’août, notamment à Kédougou, Kolda, Kaolack, Saint-Louis, Kaffrine et Ziguinchor.

L’une des premières victimes recensées est Manga Diallo, un jeune éleveur de 23 ans, mortellement frappé par la foudre le 8 juin dans un hameau de culture situé près de Sountoucolon, dans la commune de Sabodala, département de Saraya (Kédougou). Le jeune homme s’occupait de son troupeau lorsqu’un violent orage s’est abattu sur la zone. Une vache avait également péri.

Dans la nuit du 8 au 9 juin, la foudre a encore endeuillé une famille, cette fois à Vélingara (Kolda). Un jeune homme d’une vingtaine d’années a été frappé alors qu’il se trouvait sous une case au quartier Thiankang. Quelques semaines plus tard, le 27 juin, à Keur Samba Malick, dans la commune de Paoskoto, département de Nioro (Kaolack), une jeune femme a également perdu la vie. La victime, identifiée comme Khady Niang, a été frappée par la foudre vers 17h30 alors qu’elle s’apprêtait à faire ses ablutions sous un arbre. 

Le 14 juillet, la série noire s’est poursuivie à Peulh Dioss, dans la commune de Diama (Saint-Louis). Un homme a été mortellement frappé vers 18 heures alors qu’il traversait un champ rizicole. Le 25 juillet, au quai de pêche de Kafountine, dans le département de Bignona (Ziguinchor), c’est Kalou Kaba, 42 ans, ressortissant guinéen domicilié au quartier Sicap de Kafountine et exerçant comme transformateur de poisson, qui a perdu la vie au cours d’un violent orage survenu vers 18h15. Enfin, ce mardi 11 août, Aliou Cissé, un jeune d’une trentaine d’années, est mort dans le village de Darou Salam Wanar, dans la commune de Mabo (Kaffrine). La victime se trouvait dans les champs lorsque la foudre l’a frappée, aux environs de 11 heures. 

Ces drames illustrent la recrudescence des risques liés aux orages pendant l’hivernage et rappellent la nécessité de respecter scrupuleusement les consignes de sécurité afin de limiter le nombre de victimes. Face à ce phénomène naturel, les services de météorologie et les spécialistes de la gestion des risques rappellent l’importance de respecter les consignes de sécurité : éviter les espaces dégagés, les arbres isolés, les points d’eau et les objets métalliques, et s’abriter dès les premiers signes d’un orage. Une vigilance accrue demeure le meilleur moyen de réduire le nombre de victimes durant cette période d’hivernage.

« Tout le monde ne peut pas disposer d’un paratonnerre »

Amadou Canar Diop, ancien patron de la protection civile du Sénégal, souligne que la meilleure façon de réduire les risques consiste avant tout à connaître le phénomène et à respecter les consignes de sécurité. « Tout le monde ne peut pas disposer d’un paratonnerre. C’est pourquoi nous exhortons les populations à faire preuve d’une extrême vigilance dès que le ciel commence à s’assombrir et que des signes d’orage apparaissent », recommande-t-il.

Il rappelle que « la protection contre la foudre repose sur deux principes fondamentaux : éviter de devenir une cible potentielle et ne pas se placer dans une situation pouvant créer une différence de potentiel électrique entre différentes parties du corps ».

L’expert insiste également sur la nécessité de suivre les prévisions météorologiques et les alertes diffusées par les services officiels. En outre, il déconseille formellement « toute activité en plein air dès les premiers grondements du tonnerre. Les travaux dans les champs, les activités sportives, les loisirs en extérieur ou encore les déplacements à pied deviennent particulièrement dangereux durant un épisode orageux ».

« Les travaux réalisés en hauteur figurent également parmi les situations les plus à risque. Réparer une toiture, intervenir sur un échafaudage, grimper sur un pylône ou manipuler des installations électriques expose fortement aux impacts de la foudre », ajoute-t-il.

Les réflexes à adopter pour se protéger

La meilleure protection reste de se réfugier à l’intérieur d’un bâtiment fermé. Une fois à l’abri, il est recommandé de rester éloigné des objets métalliques, des installations électriques et des conduites d’eau. En l’absence d’abri, les spécialistes préconisent d’adopter la position de sécurité : « s’accroupir sur les talons, les pieds bien joints, afin de réduire les risques liés à la circulation du courant électrique dans le sol ».

« En milieu rural, il est fortement déconseillé de s’abriter sous un arbre isolé », explique Amadou Canar Diop. « Les arbres constituent des points élevés qui attirent fréquemment la foudre. Si aucune autre solution n’est possible, il faut se tenir à plusieurs mètres du tronc et adopter la position accroupie », alerte-t-il.

Dans les espaces découverts, il est également recommandé de ne « jamais porter un objet métallique au-dessus de la tête. Les parapluies ou parasols à pointe métallique doivent être évités. Les agriculteurs utilisant des outils tels que la daba, la hache ou le râteau sont invités à les déposer immédiatement au sol, la partie métallique contre la terre, avant de se mettre en sécurité ».

« Les pylônes électriques, les clôtures métalliques et toutes les structures conductrices doivent être évités. Il est également déconseillé de courir ou de marcher à grandes enjambées afin de limiter le risque de tension de pas, un phénomène pouvant provoquer une électrocution même sans impact direct de la foudre », souligne-t-il.

Prudence à l’intérieur de la maison

Même à l’intérieur d’un domicile, certaines précautions demeurent indispensables. Les spécialistes déconseillent de monter sur une terrasse pour récupérer du linge ou effectuer des travaux pendant un orage. 

« Il est également recommandé d’éviter de prendre une douche, d’utiliser des appareils électriques non indispensables ou de téléphoner avec un téléphone fixe », selon Amadou Canar Diop. « L’usage du téléphone portable en extérieur est aussi déconseillé durant les épisodes orageux », prévient-il.

En voiture, rester à l’arrêt est la meilleure option

Les automobilistes bénéficient généralement de la protection offerte par la carrosserie métallique du véhicule grâce à l’effet de « cage de Faraday ». 

Toutefois, le spécialiste recommande de ne pas poursuivre le trajet pendant un violent orage. « Il est préférable de s’arrêter dans un endroit sécurisé, de rester à l’intérieur du véhicule et d’attendre la fin de l’épisode orageux avant de reprendre la route », dit l’ancien Directeur de la protection civile.

Une quinzaine de victimes chaque année au Sénégal

Selon les données rappelées par Amadou Canar Diop, « le Sénégal enregistre en moyenne une quinzaine de victimes d’accidents liés à la foudre chaque année ». Un bilan qui rappelle que ce phénomène naturel constitue « un véritable enjeu de sécurité publique, particulièrement durant l’hivernage ».

Le spécialiste insiste enfin sur un message simple : la meilleure protection contre la foudre repose sur l’anticipation, le respect des alertes météorologiques et l’adoption de comportements responsables dès les premiers signes d’un orage.

Mariem DIA

La foudre, une puissante décharge électrique aux effets dévastateurs

Invisible avant de jaillir, mais redoutable lorsqu’elle frappe, la foudre figure parmi les phénomènes météorologiques les plus dangereux. Chaque saison des pluies, elle est à l’origine de nombreux décès et d’importants dégâts matériels au Sénégal comme dans plusieurs pays du monde. Comprendre son fonctionnement permet de mieux appréhender les risques qu’elle représente.

La foudre est une puissante décharge électrique qui se produit au cours d’un orage. Elle apparaît sous la forme d’un éclair lumineux, suivi quelques secondes plus tard par le tonnerre. Cette décharge est provoquée par l’accumulation de charges électriques à l’intérieur des nuages d’orage, appelés cumulonimbus. Lorsque la différence de potentiel devient trop importante entre deux zones chargées ou entre le nuage et le sol, l’électricité se libère brutalement sous forme d’éclair.

Les scientifiques distinguent trois principaux types de décharges : les éclairs intranuageux, qui se produisent à l’intérieur d’un même nuage ; les éclairs internuageux, entre deux nuages ; et les éclairs nuage-sol. Ces derniers sont les plus dangereux, car ils frappent directement les personnes, les animaux, les arbres, les bâtiments ou les lignes électriques.

La puissance d’un éclair est impressionnante. La tension électrique peut atteindre plusieurs dizaines de millions de volts, tandis que le courant dépasse souvent 30 000 ampères. La température du canal de la foudre avoisine les 30 000 degrés Celsius, soit environ cinq fois celle de la surface du Soleil. Cette chaleur extrême provoque une dilatation instantanée de l’air, à l’origine du bruit du tonnerre.

Au-delà de l’impact direct, la foudre peut également se propager par le sol ou à travers des objets conducteurs, exposant des personnes situées à plusieurs mètres du point d’impact. Elle peut entraîner un arrêt cardiaque, des brûlures graves, des lésions neurologiques ou encore provoquer des incendies et d’importants dégâts sur les infrastructures.

Chaque année, des millions d’éclairs frappent la planète. Au Sénégal, les risques augmentent fortement durant l’hivernage, notamment pour les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et toutes les personnes travaillant en plein air. D’où l’importance de respecter les consignes de sécurité dès les premiers signes d’orage : éviter les arbres isolés, les espaces dégagés, les plans d’eau et les objets métalliques, tout en privilégiant un bâtiment fermé ou un véhicule comme abri.

Si la foudre reste un phénomène naturel impossible à empêcher, la prévention demeure le meilleur moyen de sauver des vies.

Mariem DIA