MONSEIGNEUR ANDRÉ GUEYE, ARCHEVÊQUE DE DAKAR: « Il est temps de nous atteler à l’essentiel qui est l’intérêt général »
Le pèlerinage marial de Popenguine a été, cette année encore, un moment de réconfort spirituel pour les jeunes confrontés aux difficultés de la vie, mais aussi un temps fort d’appel à la cohésion sociale et au dialogue face aux tensions qui traversent le pays. C’est dans ce contexte que l’archevêque de Dakar, André Gueye, a lancé un vibrant plaidoyer pour la consolidation de la paix sociale au Sénégal.
Recevant hier le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, venu représenter le chef de l’État au pèlerinage marial de Popenguine, Monseigneur André Gueye a invité les Sénégalais à s’inspirer de la foi et de la confiance de la Vierge Marie. « À l’exemple de Marie, nous sommes invités cette année à habiter dans la confiance pour avoir le courage de répondre à l’appel de Dieu, chacun et chacune selon sa place et sa responsabilité, en dépit de nos incompréhensions, de nos appréhensions et de nos peurs », a-t-il déclaré.
Selon l’archevêque de Dakar, les inquiétudes exprimées dans le thème du pèlerinage rejoignent profondément les réalités vécues par les populations, notamment les jeunes. « Cette crainte est particulièrement celle des jeunes hantés par leurs peurs multiformes qui ont pour nom la peur du vrai reflet de soi, cette mésestime de soi devant les regards inquisiteurs d’une société qui indexe et accuse parfois sans preuve, insulte sans gêne et condamne sans procès. La peur liée au chômage, celle liée à l’exclusion sociale, la peur de ne pas être à la hauteur des attentes, la peur de ne pas pouvoir réaliser ses rêves », a-t-il soutenu.
Pour Monseigneur André Gueye, la jeunesse doit pourtant continuer à porter l’espérance. « Or, le propre de la jeunesse est l’audace du rêve et la recherche de sa réalisation », a-t-il rappelé. L’archevêque a également évoqué les difficultés du monde rural. Il s’est surtout inquiété du climat social et politique du pays. « Cette crainte est celle d’une société sénégalaise inquiète face à un climat social lourd de clivages et de dissensions, où les intérêts partisans risquent parfois de prendre le dessus sur les aspirations légitimes des citoyens à un mieux-être, à de meilleures conditions de vie et à un avenir plus serein », a-t-il déploré.
Dans son message, le prélat a insisté sur l’urgence d’un dialogue sincère entre les différentes composantes de la Nation. Il a notamment cité les enseignants, les élèves, les étudiants, les paysans, les syndicats, les commerçants ainsi que les travailleurs du secteur informel. « Il est temps, au Sénégal, de nous arrêter, de faire une introspection et de nous atteler à l’essentiel qui est l’intérêt général, la cohésion et la paix sociale. Le ‘Sois sans crainte’ de l’archange Gabriel à Marie nous assure de la proximité de Dieu, de sa bienveillance et de ses bénédictions. Notre pays est une terre de foi et de paix, travaillons donc à consolider cette paix et à construire davantage d’équité sociale. C’est un devoir moral pour nous tous, tant notre pays a aujourd’hui, plus que jamais, besoin des énergies de tous ses fils et filles, quels que soient les bords où ils se situent, pour se réinventer », a recommandé Monseigneur André Gueye.
« J’encourage dès lors toutes les forces vives du dialogue en privilégiant les intérêts et préoccupations des populations à la base. La journée du 28 mai nous rappelle désormais que le dialogue doit être, comme le disait notre vénéré pape François, un style de vie, c’est-à-dire un dialogue permanent, franc et respectueux », a-t-il indiqué, réaffirmant la disponibilité de l’Église à contribuer à toute concertation nationale et a également rassuré les autorités sur les prières de l’Église pour la stabilité du pays.
Enfin, l’archevêque de Dakar a remercié le chef de l’État ainsi que le Premier ministre Ousmane Sonko pour leur soutien à l’organisation du pèlerinage, notamment à travers la reprise des travaux du sanctuaire et l’octroi d’une importante subvention destinée à alléger les charges financières de cette 138e édition du pèlerinage marial de Popenguine.
Viviane DIATTA

