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OPÉRATIONS TABASKI 2026: Les moutons stagnent, l’argent tarde à circuler

À quelques jours de la fête de Tabaski, les allées des points de vente de moutons à Dakar peinent encore à retrouver l’effervescence habituelle des grands jours des années passées. Dans plusieurs bergeries de la capitale, les vendeurs scrutent l’horizon avec inquiétude. Les clients viennent, discutent longuement des prix, marchent entre les enclos… mais repartent souvent sans achat. Entre flambée du prix de l’aliment de bétail, difficultés économiques et insécurité dans les stands, les opérateurs de la Tabaski 2026 disent traverser une période particulièrement difficile.

Sous un soleil de plomb à Sacré-Cœur, près de la boulangerie Jaune, Adama Cissé veille sur ses moutons alignés dans sa bergerie Kélimane. Le visage marqué par la fatigue, il explique que cette année, tout coûte plus cher. « On s’en sort difficilement parce que déjà l’alimentation est chère, et c’est notre principal problème », confie-t-il. Selon lui, le sac de foin qui coûtait entre 4 000 et 4 500 FCFA l’année dernière se négocie aujourd’hui entre 7 500 et 8 000 FCFA. Même constat pour le koraï en provenance du Mali, passé de 13 000 ou 14 500 FCFA à près de 21 000 FCFA.
Dans ces conditions, estime-t-il, il est inévitable que les prix des moutons grimpent. Dans son stand, les bêtes sont vendues entre 300 000 et 700 000 FCFA. Pourtant, malgré l’approche de la fête, les ventes restent timides.
« Les gens viennent surtout discuter des prix. Ils disent que c’est cher, et c’est vrai aussi, parce que l’argent ne circule pas dans le pays », lâche-t-il.
Comme beaucoup de vendeurs, Adama Cissé garde néanmoins espoir. Il mise sur les achats de dernière minute, une habitude bien sénégalaise. « Chaque année, on attend les derniers jours. Les gens finiront par acheter pour célébrer la Tabaski. Nous aussi, on promet de faire quelques efforts sur les prix », ajoute-t-il.
Mais au-delà des difficultés économiques, les vendeurs dénoncent aussi l’insécurité grandissante autour des points de vente. Tentatives de vol, agressions nocturnes, absence de surveillance : les inquiétudes sont nombreuses. « À chaque point de vente, il devrait y avoir au moins un policier ou un gendarme. On est laissés à nous-mêmes pour surveiller nos stands », regrette-t-il, appelant les autorités municipales à davantage d’accompagnement.

« On rencontre beaucoup de problèmes »
À Liberté 6, Moussa Ba, venu du village de Namarel dans la commune de Gamadji Saré, partage le même constat. Assis à l’ombre d’une bâche de fortune, il raconte son long voyage depuis le Fouta. « On a quitté Dahra Djolof en passant par Linguère pour venir vendre nos moutons ici à Dakar », explique-t-il. Habitué des opérations Tabaski, Moussa Ba dit être confronté chaque année aux mêmes difficultés : manque d’espaces de vente, mauvaises conditions d’accueil et charges élevées. « On pouvait vendre tous nos moutons au village sans fatigue, mais on a préféré venir jusqu’à Dakar malgré cette chaleur pour faire de bonnes affaires. Malheureusement, on rencontre beaucoup de problèmes », déplore-t-il.
Dans son enclos, les prix oscillent entre 100 000 et 250 000 FCFA. Grâce à des tarifs plus accessibles, il affirme réussir quelques ventes, même si le marché reste lent. Comme d’autres vendeurs, il interpelle l’État sur la flambée du coût de l’aliment de bétail et demande davantage d’espaces aménagés pour les opérations Tabaski. « Il faut aussi que les Dakarois nous accueillent mieux. Nous venons travailler honnêtement », insiste-t-il. L’insécurité reste également une préoccupation majeure. « Nous gardons nous-mêmes nos stands la nuit. Ce n’est pas normal », alerte-t-il.

Les « xarou yaar » hors de prix, les « thiogal » intouchables
Dans une bergerie de Liberté 5, l’ambiance semble plus détendue. Assise sur une chaise en plastique, Bineta caresse affectueusement un mouton blanc à la laine soigneusement entretenue. Cliente fidèle, elle dit être venue chez Serigne Khadim Bop, un vendeur qu’elle connaît depuis plusieurs années. « Je viens acheter ici chaque année. Cette bergerie appartient à un ami, un frère même », raconte-t-elle avec le sourire. Selon elle, les prix restent relativement abordables comparés à d’autres points de vente de Dakar. « Les moutons sont beaux et les prix sont corrects ici », estime-t-elle. Même si elle reconnaît une hausse générale des tarifs au fil des années, elle juge que les prix de cette année restent proches de ceux de l’an dernier.
À quelques mètres de là, Modou Khary Diop observe attentivement les animaux avant de faire son choix. Pour lui, certains prix sont devenus hors de portée. « Les ‘xarou yaar’ sont très chers cette année », affirme-t-il, notant que les petits moutons, appelés « thiogal », qui se vendaient autrefois entre 60 000 et 70 000 FCFA atteignent désormais jusqu’à 180 000 FCFA. « Pour avoir un bon ‘xarou yaar’, il faut au moins 300 000 FCFA », estime-t-il.
Comme beaucoup de consommateurs, il pointe du doigt les difficultés économiques actuelles et accuse certains vendeurs de profiter de la crise au Mali pour augmenter les prix. « L’argent ne circule pas actuellement. Beaucoup de familles souffrent », dit-il. Dans un ton plus politique, il exprime également sa déception face à la situation économique du pays. « J’ai voté pour Pastef, mais je regrette aujourd’hui mon choix. Rien ne marche comme prévu et l’économie tourne au ralenti », lance-t-il.
À Dakar, entre espoir des vendeurs et inquiétudes des acheteurs, les opérations vers la Tabaski 2026 avancent donc dans une atmosphère de prudence. Dans les bergeries, tous attendent désormais les derniers jours avant la fête, en espérant que les enclos se vident enfin et que l’argent recommence à circuler.

Mame Ndella FAYE