LICENCES DE PÊCHE DÉMERSALE CÔTIÈRE: Dr Fatou Diouf justifie les autorisations et promet une réforme des exportations
Le ministre des Pêches, des Infrastructures maritimes et portuaires, Dr Fatou Diouf, a apporté hier des clarifications devant les députés sur les conditions de délivrance de licences d’accès à la pêche démersale côtière. Face aux interrogations soulevées à l’Assemblée nationale, elle a défendu des autorisations accordées « à titre exceptionnel » tout en annonçant une future régulation des exportations de produits halieutiques afin de renforcer l’approvisionnement du marché local.
La question des licences de pêche démersale côtière s’est invitée hier à l’Assemblée nationale lors de la séance de questions d’actualité au gouvernement présidée par le Premier ministre. Le député non inscrit, Maguette Sène, a interpellé le gouvernement sur l’autorisation accordée à des navires industriels. « Est-ce qu’elle a un dispositif de suivi pour qu’en pêchant les 5 espèces autorisées, les navires ne puissent pas ramasser les 11 autres espèces qui existent dans la même zone ? », a demandé le parlementaire.
En réponse, le ministre des Pêches a d’abord tenu à rectifier certaines informations. « Je tiens à préciser que c’est 4 au lieu de 5. Ensuite, les sardinelles (yaboye) dont vous faites allusion sont des petits pélagiques qui ne sont pas concernés. Les licences que nous avons données sont des licences de pêche démersale côtière qui concernent les poissons qui vivent au fond des mers », a expliqué Dr Fatou Diouf qui a insisté sur le fait que ces autorisations répondent avant tout à un impératif de sécurité alimentaire. « Nous avons reçu instruction d’assurer la sécurité alimentaire, l’audit du pavillon et la réforme du secteur de la pêche. Ce que nous avons fait », a-t-elle soutenu. Elle a également évoqué la prise en compte des avis scientifiques sur l’état des stocks halieutiques avant toute délivrance de licence.
S’appuyant sur des statistiques officielles, Dr Fatou Diouf a révélé qu’en 2023, le Sénégal a enregistré 481 292 tonnes de débarquements dont 259 805,4 tonnes exportées, soit 53,98%. En 2024, sur une production de 448 756 tonnes, 238 072,49 tonnes ont été exportées, représentant 51% des débarquements. « En moyenne, 52% des débarquements sont exportés à l’étranger », a indiqué le ministre qui estime aussi que le principal problème réside moins dans la disponibilité de la ressource que dans son orientation vers l’exportation. « Les ressources halieutiques sont là, mais elles sont exportées à l’extérieur du pays. C’est ça la vérité », a déclaré Dr Fatou Diouf, rappelant que les entreprises franches d’exportation bénéficient d’un cadre juridique protecteur. « Il y a une loi qui les impose d’exporter au minimum 80 % de leurs produits. Vous imaginez. Cela veut dire qu’il y a une loi qui les protège », a-t-elle ajouté.
Face à cette situation, le ministère travaille sur une réforme du Code de la pêche afin de mieux encadrer les exportations. « J’ai demandé à ce qu’on fasse en sorte qu’on puisse réguler les conditions d’exportation des produits halieutiques, notamment le poisson. Il s’agira de faire en sorte que lorsqu’il y a un besoin sur le marché local, qu’on retire ces produits pour l’approvisionnement national », a expliqué le ministre qui a toutefois précisé que cette réforme ne remettrait pas en cause le statut des entreprises concernées. « Au cas où le marché est suffisamment fourni, qu’on puisse autoriser les exportations sans remettre en cause leurs statuts. Nous travaillons sur cette procédure qui ne peut pas être réglée dans l’immédiat. Le processus suit son cours normal », a-t-elle indiqué.
Revenant sur les licences, le ministre a assuré que toutes les procédures réglementaires et scientifiques sont respectées. « Depuis 2024 jusqu’à nos jours, je n’ai signé que 2 licences. Ces licences concernent le thon. Au total, ce sont 4 autorisations de licence qui sont prévues, mais les 2 autres n’ont pas rempli les critères pour l’attribution jusqu’à présent », a précisé Dr Fatou Diouf qui a enfin comparé cette situation à certaines pratiques passées. « Il y a un ministre qui a donné 36 licences en 3 ans », a-t-elle rappelé, pour défendre la prudence adoptée par son département dans la gestion des ressources halieutiques.
Mamadou Lamine CAMARA

