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MODY GUIRO SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CNTS: «Un nouveau mot d’ordre de 72 heures de grève générale fort probable»

La grève générale est loin de connaître son épilogue. Le Secrétaire général de la confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts) a annoncé une possibilité de poursuite de ce mouvement d’humeur. «Il est fort probable que nous puissions arrêter un nouveau mot d’ordre qui va faire 72 heures », a annoncé Mody Guiro dans un entretien exclusif à bâtons rompus accordé à l’Info.

Vous avez organisé une grève générale le vendredi dernier que vous jugez réussie. Quelles sont les prochaines étapes après cette grève de 24 heures?

Nous avons déjà programmé une conférence de presse mercredi, ou jeudi et le front va se prononcer. Les prochaines étapes, nous les connaîtrons après évaluation avec les membres du front certainement, s’il n’y a pas d’avancées. Nous avons défini un nouveau plan d’action. Et pour aller plus loin, il est fort probable que nous puissions arrêter un nouveau mot d’ordre de 72 heures de grève.

Le ministre du Travail Monsieur Dianté a relevé un problème de procédure dans votre démarche. Quelle est votre lecture ?

Le ministre de la fonction publique est avant tout un ancien syndicaliste et aujourd’hui membre du gouvernement. Il est dans son rôle, il a changé de camp. Il est devenu ministre, donc il défend le gouvernement, il défend son fauteuil. Ça on le sait. Mais comme vous le savez, il a été dirigeant d’un syndicat d’enseignants . Il n’a jamais dirigé une centrale syndicale. Les sénégalais sont témoins, ce n’est pas la première fois que des centrales syndicales déclenchent des grèves. La grève de 2008, c’est moi-même qui l’avait déclenché en tant que secrétaire général de la Cnts à l’époque, accompagné par les camarades de la Csa. Donc, nous connaissons les procédures et nous les avons respectées.Il ne connaît rien du tout. Il raconte des histoires. Nous avons fait ce que nous avions à faire. Nous avons respecté toutes les procédures connues dans notre pays. Mais, pourquoi ils n’ont pas demandé à toutes les organisations syndicales ou aux délégués du personnel de signer le pacte ? Ce sont les centrales qui ont signé le pacte. S’il est cohérent dans ses explications pourquoi, ils n’ont pas demandé aux syndicats de signer le pacte ?

« Les menaces de coupure de salaire ne nous feront pas reculer »

Le ministre de la fonction publique, du travail et de la Réforme du secteur public parle également de probables sanctions contre les grévistes. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Les menaces ont été brandies et nous l’avions dit avant la grève. Après la grève aussi, les menaces continuent. Mais ces menaces ne nous ébranlent pas. Ce ne sont pas ces menaces qui vont faire arrêter la machine. Nous sommes suffisamment conscients de nos responsabilités et nous allons les assumer. Les menaces et les coupures de salaire ne nous feront pas reculer. Le ministre a même demandé aux entreprises de lui faire parvenir la liste des grévistes. Il va même plus loin que ses prédécesseurs. Honnêtement, c’est désolant. Nous sommes déçus par son comportement et sa manière de faire. Mamadou Lamine Dianté ministre du travail a été quand même un syndicaliste de souche mais là ce n’est pas l’homme que nous connaissions auparavant. Après le Haut conseil des dialogue social, il est devenu ministre, son discours change, du jour au lendemain, des incohérences dans sa démarche. Mais aussi, sa façon de faire témoigne de sa volonté, de protéger son fauteuil, au détriment de la survie et de l’avenir de l’ensemble des syndicats Sénégalais. Nous sommes dans notre rôle et nous sommes droits dans nos bottes.

Mais tout de même, la tutelle dit être ouverte au dialogue….

Mais le dialogue, tout le monde est ouvert à ça. Qui est-ce qui n’est pas ouvert au dialogue? Nous sommes disposés également au dialogue. Mais nous sommes pour un dialogue qui se fait dans la vérité. Nous sommes pour un dialogue positif, un dialogue qui se fait sans menaces. Voilà ce que nous voulons. Je pense que le ministre Dianté doit respecter les organisations syndicales et les travailleurs. Mais si aujourd’hui, il essaie de renier ses origines, c’est son problème. En tout cas nous qui sommes d’accord pour le dialogue, nous estimons que ça doit être un dialogue de vérité, un dialogue transparent et constructif qui permettrait à tout le monde de se retrouver autour de l’essentiel.

« Pendant deux ans, les organisations syndicales n’ont pas haussé le ton »

L’un des éléments déclencheurs de cette grève est le passage des projets de loi du code du travail et de la sécurité sociale à l’assemblée nationale pour adoption. Qu’est-ce que vous reprochez concrètement au gouvernement ?

C’est très simple. Ce que nous avons dit, c’est que nous sommes dans un pays de dialogue. Le Sénégal a toujours été un pays de dialogue. Les organisations syndicales ont fait preuve de responsabilité. Pendant plus de 2 ans vous n’avez pas entendu les organisations syndicales dire quoi que ce soit malgré les difficultés connues dans le secteur privé. Des travailleurs sont licenciés tout azimuts à cause de la dette intérieure de l’Etat surtout dans le secteur du bâtiment – travaux publics BTP. Les organisations syndicales n’osent plus parler d’augmentation de salaire parce que tout simplement la crise est là. Nous la connaissons parce que nous sommes suffisamment responsables. Nous sommes dans l’esprit du dialogue. Les travailleurs ont toujours été présents dans la recherche de solution. Ces deux projets dont vous parlez ont fait l’objet de discussions pendant 2 ans au sein du conseil consultatif des travailleurs, avec des consensus forts. L’Etat devrait prendre ce consensus, parce qu’il est représenté dans le conseil consultatif. C’est le ministère du travail qui représente l’Etat au sein de conseil ou les travailleurs, le parlement sont tous représentés. Il y a aussi des experts, des juristes ont travaillé sur ces deux projets. Et on a un consensus sur les deux documents. L’Etat devrait donc transmettre ce document consensuel à l’Assemblée nationale. La question de fond est que, quand nous avons été informés par d’autres voies qui ont vu des modifications assez substantielles au sein des deux projets de loi, nous avons attiré l’attention des pouvoirs publics. Nous avons même fait des concertations avec les employeurs. Et ensemble, nous avons même adressé des correspondances à l’État du Sénégal, aux autorités pour leur dire : attention, on aimerait qu’il y ait une relecture de ces documents au sein du conseil avant de les envoyer à l’assemblée nationale. C’est une violation de l’article 144 sur la consultation tripartite de l’OIT (organisation internationale du travail). La consultation a été faite en amont. À posteriori, quand ils ont remis les documents ça n’a pas été fait. Parce que là, ils ont transmis les documents, ils ont introduit des modifications sans consulter les bases à savoir le monde du travail malgré notre insistance.

Qu’est-ce qu’ils ont changé ?

Ils ont changé, d’abord, le code du travail sur le contrat à durée déterminée. Le contrat a durée déterminée au Sénégal, ça fait l’objet de discussions. Ce ne sont pas des questions nouvelles. On en discute depuis le temps des ajustements structurels. Beaucoup de gens pensent que c’est le travail qui crée les investissements. C’est faux. Vous avez deux critères comme les facteurs de production, les coûts des facteurs de production, les mesures administratives, la corruption. Il y a d’autres questions qui sont là, qui empêchent peut-être à l’investisseur de venir mais c’est pas le facteur travail qui bloque. Si c’est pour attirer les investisseurs, vous pouvez le mettre dans le code des investissements. Dans le code des investissements, il y a ces dispositions. Donc ces dispositions ne sont pas nouvelles. On vous dira que les investisseurs ont la possibilité de signer des contrats. Dans le code des investissements, on a même précisé pour dire que l’investisseur peut signer des contrats à durée déterminée de 5 ans. Ces dispositions sont déjà dans le code des investissements.

Maintenant que les députés ont suspendu le vote. Quels sont les points que vous aimeriez voir figurer dans les deux projets ?

Nous ce que nous demandons, c’est de revenir sur l’existant. Nous saluons la position du parlement qui a heureusement suspendu le vote pour que les deux documents soient ramenés au niveau de la commission des lois. C’est ce que nous avons dit lors des discussions avec le ministre. On lui a dit, nous sommes au Sénégal, le dialogue a toujours existé. Même s’ il y a une séparation des pouvoirs, on peut utiliser des mécanismes qui permettraient de prendre contact avec le parlement. L’autorité peut le faire parce que c’est un document de l’exécutif. C’est l’État qui a introduit le projet. Il y a des passerelles qui permettent de discuter, les employés, les travailleurs, le parlement et le gouvernement pour essayer d’harmoniser. Il a dit : écoutez il y a la séparation du pouvoir, nous on ne peut rien faire. Nous vous avons transmis le document, à vous maintenant d’aller rencontrer les parlementaires. Voilà la réponse qui nous a été donnée. Donc s’il y a une ouverture allant dans ce sens, nous ne demandons que ça. Nous demandons que les gens puissent voir des passerelles pour que des solutions puissent être trouvées. Sur l’autre question concernant le code de sécurité sociale, d’abord, dans ces arguments à la télé, le ministre a dit que les gens sont restés 16 ans, ils n’ont pas renouvelé les instances. Nous en tant qu’organisation syndicale, à chaque fois que les échéances arrivent à terme, nous avons toujours écrit pour demander à ce que les instances soient renouvelées. Il faut préciser que dans ces institutions, l’Etat est représenté en tant qu’État-employeur. Il y a des dispositions statutaires dans les statuts de l’ IPRES qui permettent à l’Etat de bloquer, de changer, de s’opposer à toute décision prise par le conseil d’administration. Ces dispositions existent . Il n’y a pas de problème à ce niveau. S’ il y a des problèmes de gouvernance au niveau de ces institutions , à qui la faute ? Est-ce qu’une fois, ils ont pris des dispositions pour changer. Quand le nouveau gouvernement est arrivé, nous avons écrit pour demander à ce qu’il y ait des renouvellements. Cela n’a pas été fait. Quand on a voulu procéder à des renouvellements, ce sont eux qui ont demandé à ce qu’on attende que ces projets passent d’abord à l’Assemblée Nationale.

« Maintenir les acquis sociaux à la Senelec pour la paix sociale »

Quelles sont vos exigences dans les projets du code du travail et de la sécurité sociale?

Le problème d’abord, c’est sur le principe de la violation de la convention 144, sur le tripartisme. Nous devons nous faire confiance, parce que les relations sont installées sur la base de la confiance. L’absence de confiance peut altérer beaucoup de choses. Quand nous avons décidé ensemble de discuter la discussion a été faite, un consensus a été trouvé. C’est par la suite qu’ on a envoyé les documents. Si vous changez quelque chose à l’intérieur, je pourrais vous dire que je ne suis pas informé , parce que nous n’avons jamais envoyé le document. Jusqu’au moment où je vous parle, l’Etat ne nous a jamais transmis, officiellement, les documents des deux projets malgré notre demande. Les gens ont obtenu les documents par d’autres voies. Ce sont des questions de fond, notamment sur le contrat à durée déterminée (Cdd) sur tout. Les gens n’ont pas parlé. Il y a beaucoup d’innovations positives parce que nous en avons discuté. Nous avons été à la base des revendications. Donc, il n’y a pas de soucis à ce niveau. Mais c’est ce qu’ils ont changé en cachette que nous dénonçons. Pourquoi se cacher ? Arguments contre arguments, on n’a qu’à discuter pour trouver un consensus.

Quid de l’IPRES notamment dans le nouveau code de sécurité sociale ?

L’État est présent dans ce qui se fait dans les Institutions sociales. Donc, nous avons décidé de ne plus accepter que les décisions de nomination viennent de l’État .Nous avons redressé les Institutions sociales sous le contrôle de l’État. Il faut rappeler que l’IPRES est sortie d’une situation déficitaire de cessation de paiement à une situation stable… Malgré tout, il faut le dire aussi, à ce jour, l’État doit de l’argent à l’Institution. L’État ne paie pas les cotisations à l’IPRES. Avec des arriérés de presque 100 milliards que l’Etat doit à l’Institution. Nous avons pris une décision pour apporter la pension minimale qui est de 5 milliards par an. Une compensation devrait être prise en charge par l’État. Depuis, rien n’a été payé par les pouvoirs publics. Le problème de fond, c’est que l’administration du travail voudrait avoir la mainmise sur les institutions sociales, comme par le passé, parce qu’ils sont en train de copier ce qui se passe dans certains pays africains. Nous ce que nous avons fait, ces pays là ne l’’ont pas fait. Nous sommes en avance en termes de bonnes pratiques. Clairement.

En tant que secrétaire général d’une centrale que pensez-vous des doléances des agents de la Senelec ?

J’apporte mon soutien à ces travailleurs de la Senelec. Je me demande ce qu’on veut en fait. Est-ce qu’on veut la paix sociale ou bien est-ce qu’on veut le désordre? Vous venez de trouver des entreprises avec des avantages pour les travailleurs, des acquis sociaux, qu’ils ont perçus pendant cent ans. Ce sont des droits acquis qui sont consignés dans les accords d’établissement, qui sont reclus dans des arrêtés ou des décrets qui enregistrent les établissements, les établissements par le public. Dans le droit social, on dit que quand vous avez l’habitude de recevoir une prime qui a un caractère régulier, pendant des années cela devient un droit. Le ministère du Travail, quand même, a la possibilité d’accompagner, de trouver des solutions sur ces questions-là. C’est la relève du droit social. Le ministère du Travail, qui a en charge le dialogue social, devrait au moins se saisir de ces questions, d’aller voir les autorités pour leur parler. Mais ce n’est pas seulement parce qu’on a un fauteuil qu’on défend, qu’on ne va pas défendre aussi les travailleurs. Ce n’est pas seulement la Senelec. C’est le même cas à la Saed. C’est 7% qu’elle fait la prime qui est demandée. Mais quand même, ce n’est pas seulement la Senelec. C’est comme si on avait aujourd’hui une administration qui en veut aux travailleurs. Nous ne comprenons pas du tout ce qui se passe mais nous leur apportons toute notre solidarité. Je pense que ce sont des choses qu’il faut payer. En tant que centrale, en tant que Secrétaire général de la CNTS, je leur apporte tout mon soutien. Je pense qu’ils ont droit à cette prime.

Propos recueillis par Mamadou Lamine CAMARA