Société

FILIERE QUI FAIT BOURDONNER L’ECONOMIE LOCALE: De la ruche aux millions, l’apiculture change des vies

Activité en pleine expansion, l’apiculture est en train de se faire une place de choix dans le secteur primaire au Sénégal. Devenue un secteur attractif et pourvoyeur d’emplois, notamment en Casamance, la filière bénéficie d’un marché porteur où le miel, la cire et même les colonies d’abeilles se vendent à des prix intéressants. En cette Journée mondiale des abeilles, L’Info fait une immersion au cœur d’une activité en pleine professionnalisation.

Au Sénégal, l’apiculture est désormais considérée comme une véritable industrie en devenir. À travers l’installation de mielleries modernes, l’acquisition d’équipements adaptés (tenues de protection, extracteurs, ruches modernes, etc.) et la structuration des acteurs, la filière connaît une évolution remarquable.
Les apiculteurs deviennent de plus en plus des professionnels aguerris. Certains dispensent même des formations en apiculture grâce à leur maîtrise du cycle de vie des abeilles et des techniques d’élevage. Le nombre d’acteurs ne cesse également d’augmenter, avec la création de nombreux GIE (Groupements d’intérêt économique), associations et coopératives à travers le pays.
Les ruches traditionnelles, confectionnées à base de troncs de rônier ou d’arbres, ont progressivement laissé la place à des ruches modernes standardisées de type Warré ou kényane. Cette modernisation vise à optimiser la production, qui augmente d’année en année selon les périodes et les zones de production.
À la tête d’un GIE qu’il gère avec ses frères, Benjamin Sagna fait partie des apiculteurs qui contribuent significativement à l’augmentation de la production nationale de miel. « Nous avons 162 ruches. Chaque ruche produit en moyenne 20 kilogrammes de miel. Les ruches kényanes produisent environ 15 kilogrammes par ruche », a révélé Benjamin Sagna, président de la Société coopérative des apiculteurs du département de Bignona.
Dans la commune de Diembéring, Jean-Baptiste Diatta a lui aussi franchi un cap important dans le développement de son activité. « J’ai 187 ruches dans la mangrove. Je produis une tonne et demie de miel par an », a fièrement indiqué cet habitant de l’île de Wendaye, dans le département d’Oussouye.
Mais dans l’apiculture, il n’y a pas que le miel et ses dérivés qui génèrent des revenus. Les colonies d’abeilles constituent également une importante source de revenus. Djibril Diatta, installé dans la commune de Kafountine, s’est spécialisé depuis plusieurs années dans l’élevage et la vente de colonies d’abeilles. « Ces cinq dernières années, je me suis lancé dans la multiplication des colonies. Je produis des colonies sur une centaine de ruches avant de les vendre un peu partout », explique-t-il.
Cet apiculteur commercialise chaque colonie à plus de 100 000 francs CFA. Une activité particulièrement rentable, selon lui. « Cette année, des GIE ont commandé 50 colonies à 120 000 francs l’unité. Cela représente 6 millions de francs CFA. C’est une ONG qui a financé l’achat pour quatre GIE. Chaque année, je vends des colonies », a-t-il confié.
Sur une période de trois mois, Djibril Diatta affirme pouvoir produire jusqu’à 100 colonies. « J’en ai déjà vendu 60. La vente des colonies est plus rentable, parce que l’apiculteur n’a pas besoin d’attendre la récolte du miel pour gagner de l’argent », soutient-il.
Toutefois, il insiste sur la nécessité de maîtriser les techniques d’élevage. « Quand on maîtrise l’élevage des abeilles, c’est simple et même plus rapide que la production de miel. Si je développe davantage mon activité, je peux aller jusqu’à 200 colonies. Mais je préfère me limiter à 100 afin de pouvoir écouler facilement les 60 destinées à la vente », recommande-t-il.

Mamadou Lamine CAMARA