CRISE OUVERTE A L’AIBD : Menace de paralysie, colère sociale et bras de fer autour des terrains de Mbour 4
L’alerte est désormais lancée à l’Aéroport international Blaise Diagne de Diass (AIBD). Entre salaires et primes impayés, dettes colossales, équipements techniques en souffrance et tensions autour des terrains de Mbour 4, les syndicats du secteur aérien annoncent un durcissement imminent du mouvement social. Face à la presse ce mercredi, les responsables du Syndicat des personnels des activités aéronautiques du Sénégal (SYMPAAS) et de l’intersyndicale de l’aéroport ont dressé un constat alarmant, évoquant une situation devenue « insoutenable » et prévenant qu’une paralysie de la plateforme aéroportuaire n’est plus à exclure.
À Diass, la colère des travailleurs de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) ne cesse de monter. Les syndicats dénoncent une accumulation de dysfonctionnements qui fragilise l’ensemble de l’écosystème aéroportuaire. Au centre des inquiétudes figure la situation financière d’Air Sénégal, dont l’endettement massif aurait des répercussions directes sur les entreprises opérant sur la plateforme.
Selon les responsables syndicaux, plusieurs acteurs du secteur sont aujourd’hui étranglés par des créances impayées. Environ 30 milliards de FCFA seraient dus au guichet unique, tandis que d’autres compagnies accumulent également des arriérés importants. Transair devrait près de 2,6 milliards de FCFA et Horizon Connect environ 640 millions, selon les chiffres avancés par les syndicalistes.
Pour Serigne Moustapha Gaye, Secrétaire général du Syndicat des personnels des activités aéronautiques du Sénégal (SYMPAAS) et vice-président de l’intersyndicale, la situation d’Air Sénégal est devenue particulièrement préoccupante. Il estime que « la compagnie nationale croule sous une dette avoisinant les 200 milliards de FCFA » et affirme qu’« aucune des destinations exploitées, y compris les lignes réputées rentables comme Paris ou Casablanca, ne génère aujourd’hui de bénéfices suffisants.
Malgré les concertations organisées ces derniers mois, notamment les états généraux des transports aériens et la mise en place d’un « comité de la dernière chance », les travailleurs disent ne plus croire à une amélioration rapide. Ils craignent désormais « un effondrement progressif de tout le système aéroportuaire ».
Des travailleurs à bout
Au-delà des difficultés financières des compagnies, les syndicats dénoncent également « une dégradation continue des conditions sociales ». Les retards de paiement de certaines primes, notamment l’Indemnité spéciale aéronautique (ISA), alimentent un profond sentiment de frustration parmi les agents. Certains travailleurs accusent jusqu’à six mois d’arriérés.
Les représentants du personnel contestent également plusieurs réformes engagées dans le secteur, en particulier le projet de filialisation et de transfert de certaines activités vers Air Sénégal. Le Syndicat unique des travailleurs de l’aérien et des services (SUTAS) a d’ailleurs décidé de déposer un préavis de grève pour protester contre cette orientation jugée dangereuse pour l’avenir du transport aérien sénégalais.Ousmane Siby, chargé de communication du SYMPAAS, avertit que la situation actuelle menace directement la survie de l’outil de travail.
Selon lui, « la crise financière et organisationnelle pourrait provoquer un arrêt brutal de certaines activités, d’autant plus que plusieurs équipements essentiels sont aujourd’hui en panne ou en attente de pièces de rechange ».Cette défaillance technique inquiète particulièrement les syndicats, qui redoutent « des perturbations majeures dans les opérations aéroportuaires si des solutions urgentes ne sont pas trouvées ».
Le dossier sensible des terrains de Mbour 4
À cette crise sociale déjà tendue s’ajoute le vieux contentieux des terrains de Mbour 4, devenu l’un des principaux points de crispation entre les travailleurs et les nouvelles autorités. Les agents de l’AIBD considèrent ces parcelles comme « des acquis sociaux négociés » dans le cadre du transfert des personnels vers Diass.
Selon les syndicats, « un quota de 80 terrains avait été prévu pour les travailleurs. Cinquante parcelles avaient déjà été attribuées avant que les nouvelles autorités ne décident finalement de suspendre puis de retirer ces affectations ». Une décision que les syndicats jugent « incompréhensible et injuste ».Pour Ousmane Siby, « il ne s’agit ni d’un privilège ni d’une faveur politique, mais d’engagements sociaux formellement établis dans le cadre du déplacement des travailleurs vers le nouvel aéroport ».
Les syndicats réclament ainsi « la restitution immédiate des 50 terrains retirés, ainsi que l’attribution des 30 parcelles restantes ».Serigne Moustapha Gaye estime, lui, que « cette affaire symbolise le malaise profond qui règne actuellement dans le secteur aérien ».
Il accuse les autorités d’ignorer les revendications légitimes des travailleurs et appelle directement le Premier ministre, Ousmane Sonko, à intervenir pour éviter « une escalade sociale ».
Vers un bras de fer avec l’État ?
Face à ce qu’ils qualifient de « silence des autorités », les syndicats promettent désormais de « passer à la vitesse supérieure ». Un dépôt de préavis de grève est annoncé dans les prochains jours par l’ensemble des organisations syndicales de la plateforme.
Les responsables préviennent que « si aucune solution concrète n’est apportée rapidement, le Sénégal pourrait faire face à une paralysie partielle ou totale de son principal hub aéroportuaire, avec des conséquences importantes sur le transport aérien, l’économie et l’image du pays ».
Après plusieurs mois de tensions larvées, l’AIBD semble ainsi entrer dans une zone de fortes turbulences sociales, où se mêlent crise financière, incertitudes techniques et revendications sociales non résolues.
Lamine DIEDHIOU

