PR MAME DIARRA NDIAYE GUEYE, GYNECOLOGUE-OBSTETRICIENNE, SPECIALISTE EN MEDECINE FŒTALE ET EN PROCREATION MEDICALEMENT ASSISTEE: « L’infertilité touche 48% des femmes atteintes d’endométriose »
À l’occasion de la Journée mondiale de l’endométriose célébrée, hier, le Professeur Mame Diarra Ndiaye Guèye, gynécologue-obstétricienne, spécialiste en médecine fœtale et en procréation médicalement assistée à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar-Centre hospitalier national Dalal Jamm, revient sur cette maladie gynécologique encore largement méconnue. Ce, alors même qu’au Sénégal, près d’une femme sur dix en souffre. Dans cet entretien, elle explique la pathologie, ses manifestations et insiste sur l’importance d’une consultation précoce.
Qu’est-ce que l’endométriose ?
L’endométriose est une maladie gynécologique fréquente, mais encore méconnue. Elle est caractérisée par la présence de cellules de l’endomètre en dehors de leur localisation normale. L’endomètre étant la muqueuse interne de l’utérus, ces cellules peuvent migrer et se développer dans d’autres parties du corps : muscle utérin, ovaires, trompes, intestins, poumons, nombril, entre autres. Cette présence anormale provoque une réaction inflammatoire. Le mécanisme exact à l’origine de cette migration reste encore mal compris. Toutefois, il est important de préciser que l’endométriose est une maladie bénigne et distincte d’un cancer.
Quels sont les symptômes ?
L’endométriose se manifeste de diverses manières, mais la douleur reste le symptôme le plus fréquent. Il peut s’agir de douleurs intenses pendant les règles ou de douleurs chroniques survenant à différents moments du cycle. Au Sénégal, des études montrent que 60% des femmes atteintes d’endométriose souffrent de douleurs parfois très invalidantes, entraînant absentéisme scolaire ou professionnel et une dégradation de la qualité de vie. Le second signe majeur est l’infertilité, qui touche 48% des femmes atteintes. Celle-ci peut résulter de lésions au niveau des ovaires, de l’obstruction des trompes ou encore d’atteintes de l’utérus. D’autres symptômes peuvent apparaître : règles abondantes, fatigue persistante, toux pendant les règles ou présence de sang dans les urines.
Malgré cette diversité de signes, le retard de diagnostic reste considérable au Sénégal, estimé à environ 18 ans entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic. Ce retard s’explique notamment par le fait que beaucoup de femmes considèrent encore les douleurs menstruelles comme normales.
Existe-t-il un traitement ?
Plusieurs options thérapeutiques existent. Le traitement est d’abord hormonal, visant à réduire ou espacer les règles. Différents types d’hormones peuvent être proposés, avec une adaptation selon la réponse de chaque patiente. Dans certains cas, une intervention chirurgicale peut être envisagée : drainage des kystes, traitement des trompes ou, dans des situations spécifiques, ablation de l’utérus et des ovaires si la patiente ne souhaite plus de grossesse.
En cas d’infertilité liée à l’endométriose, des techniques de procréation médicalement assistée peuvent être proposées, notamment l’insémination intra-utérine ou la fécondation in vitro, en fonction de la gravité de la maladie. La prise en charge est souvent pluridisciplinaire, impliquant notamment des spécialistes de la douleur (algologues). Il est également à noter que les symptômes disparaissent généralement à la ménopause.
Quels conseils donnez-vous aux femmes ?
Le professeur insiste sur l’importance d’une consultation précoce. Les jeunes filles doivent consulter dès lors qu’elles ressentent des douleurs menstruelles qu’elles jugent anormales ou insupportables. La consultation gynécologique ne doit pas être réservée aux femmes mariées. Toute douleur entraînant un absentéisme scolaire ou professionnel doit alerter. Un diagnostic précoce permet une prise en charge rapide, limitant les lésions et préservant au mieux la fertilité. Enfin, l’endométriose doit être reconnue comme une maladie chronique invalidante, pouvant justifier des aménagements, notamment dans le cadre professionnel.
Viviane DIATTA

