ORGANISATION DÉFAILLANTE LORS DU DERBY: Diamniadio, le stade des promesses brisées
Ultramoderne à l’extérieur, chaotique à l’intérieur. Le stade Abdoulaye Wade a une nouvelle fois révélé les abysses organisationnels de la FSF lors du derby sénégambien. Derrière la fête du titre, un cauchemar logistique que rien ne semble pouvoir enrayer.
Il y a des images qui résument mieux qu’un long discours l’état d’une institution. Celle d’un supporter ayant déboursé 50 000 FCFA pour une place en tribune premium, contraint de regarder le derby sénégambien debout dans un escalier, en dit plus sur la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) que n’importe quel rapport d’audit. Le 31 mars, Diamniadio devait célébrer les Lions champions d’Afrique. Le stade Abdoulaye Wade devait être le théâtre d’une communion nationale. Il n’a été, pour des centaines de supporters, qu’un terrain de souffrance supplémentaire.
L’illusion numérique
La FSF avait présenté la digitalisation des billets comme la solution miracle aux désordres chroniques. La réalité a été cinglante. Des spectateurs sont entrés sans que leurs billets soient scannés. D’autres, billets valides en main, se sont heurtés à un stade plein avant même le coup d’envoi. Numériser le chaos ne le fait pas disparaître, il faut des hommes pour faire respecter ce que l’algorithme a ordonné. Et précisément, les stadiers et/ou volontaires étaient aux abonnés absents. Aucun agent pour orienter les spectateurs vers les rangs correspondant à leurs billets. Les tribunes se sont remplies dans le désordre, reproduisant les réflexes des vieux stades à placement libre.
Pire, à quelques minutes du coup d’envoi, des supporters en tribune rouge à 1 000 FCFA ont été invités à occuper les places vides de la tribune jaune centre à 10 000 FCFA. Lorsque les véritables titulaires sont arrivés, bloqués dans les embouteillages, les échanges ont viré à l’aigre. Le scénario était prévisible. Personne ne l’avait anticipé.
L’étranglement de la route
Avant même d’atteindre les portes du stade, le calvaire commençait sur l’unique axe d’accès au complexe, saturé à des kilomètres à la ronde. En moyenne 3 heures dans les embouteillages entre le péage de la sortie 9 de Sédima et la bretelle de sortie des sphères ministérielles de Diamniadio qui mène au stade. La gendarmerie nationale n’a pas su gérer le flux. Le plan de circulation change à chaque rencontre, l’improvisation règne. Des voitures errent à la recherche de stationnement, des contrôles de sécurité s’enchaînent avant d’atteindre des portes d’entrée en nombre insuffisant, créant des goulots d’étranglement qui expliquent les gradins pas remplis au coup d’envoi.
Après le match, la désorganisation a changé de décor, mais pas de nature. Embouteillages monstres, files interminables pour accéder au TER, check-points mal coordonnés. À 23 heures, des centaines de supporters patientaient encore, avec l’arrêt des trains programmé à minuit comme épée de Damoclès.
La FSF face à ses responsabilités
Ce n’est ni la première ni la deuxième fois que le stade Abdoulaye Wade se transforme en épreuve pour ceux qui ont payé pour y entrer. La répétition du phénomène transforme l’incident en système. Aucun bilan public, aucune sanction interne, aucune refonte des protocoles n’a été annoncée après les précédentes débâcles. Pourquoi en irait-il autrement cette fois ?
Édouard Mendy avait fustigé une CAF incapable de suivre le rythme du football africain. La métaphore vaut aussi pour la FSF face à ses Lions. La sélection nationale court alors que la fédération titube. Le fossé entre l’ambition sportive du Sénégal, champion d’Afrique et qualifié pour un 3e Mondial de rang, et la réalité de son infrastructure événementielle devient chaque jour plus indécent.
À Diamniadio, l’éternel recommencement a assez duré. Il ne manque ni les moyens, ni les infrastructures. Seulement une chose essentielle : une organisation enfin à la hauteur de la passion qu’elle prétend servir. Et peut-être aussi plus de voies d’accès. Et pas seulement que l’unique goulot de l’autoroute à péage.
Mouhamed DIEDHIOU

