ENTRE CERTITUDES ET CASSE-TÊTES: Pape Thiaw affine son Sénégal avant le grand saut
Champions d’Afrique et fêtards, certes. Mais derrière les sourires et les confettis du Stade de France et du Stade Abdoulaye Wade de Diamniadio, le sélectionneur des Lions, Pape Thiaw, a engrangé des données précieuses, et quelques maux de tête, pour bâtir sa liste des 26. Décryptage.
Deux matchs, cinq buts marqués, un seul encaissé. Sur le papier, le bilan de la fenêtre de mars sourit aux Lions de la Téranga. Mais Pape Thiaw ne lit pas que les résultats. Il lit entre les lignes, scrute les replis défensifs, chronomètre les prises de décision, pèse les doutes et les certitudes. Et ce qu’il a vu, en dehors de l’ivresse légitime de la célébration du titre de champion d’Afrique, mérite une analyse froide. Car dans deux mois, la liste des 26 pour le Mondial américain sera déposée. Et elle ne comportera pas de place pour la nostalgie.
Les gardiens : une hiérarchie scellée, une opportunité manquée
Sur ce point, la clarté domine. Edouard Mendy reste le patron incontesté entre les perches. Mory Diaw consolide sa place de numéro deux. Quant à Yehvann Diouf, il avait une occasion en or de bousculer cette hiérarchie. Il l’a manquée, coupable d’une erreur directement responsable du seul but concédé sur cette trêve. Sa réactivité sur un deux contre un face à la Gambie lui aura évité un bilan totalement catastrophique, mais Thiaw a pris note. La bataille pour le troisième poste, voire le second, est peut-être plus fermée qu’elle n’y paraît.
Nobel en questionnement, Seck en regain
C’est le dossier le plus feuilletonesque de ce rassemblement. Le duel à distance entre Nobel Mendy et Abdoulaye Seck s’est tranché, provisoirement, en faveur du second. Capitaine contre la Gambie, buteur de la tête, présent dans les duels, Seck a rappelé pourquoi son profil atypique reste séduisant pour les coups de pied arrêtés (3e but de sa carrière internationale sur cette spécialité). Un atout que Pape Thiaw ne peut ignorer. Mais le contexte extra-sportif pèse lourd : le championnat israélien, suspendu depuis le début de la guerre contre l’Iran, ne reprend pas. Un défenseur sans compétition demeure une incertitude majeure.
Nobel Mendy, lui, a montré quelques limites dans le système à trois défenseurs. Hésitant dans ses relances, il a failli offrir un but sur une perte de balle face à Minteh, sauvé par Diouf. Il devra rassurer en club d’ici mai pour forcer la main du sélectionneur.
PMS en chute libre au milieu
Inamovibles. Idrissa Gana Gueye et Pape Gueye ont une nouvelle fois prouvé qu’ils forment le socle autour duquel tout s’organise. Lamine Camara s’impose comme la troisième option naturelle. Mais derrière, les certitudes s’effritent. Habib Diarra a été brouillon, Pathé Ciss a alterné le chaud et le froid en sentinelle contre la Gambie. Et puis il y a le cas Pape Matar Sarr : dix minutes sur deux matchs, une blessure, une image de figurant. Pour celui qui incarnait, il y a quelques mois encore, la relève naturelle de l’entrejeu sénégalais, la chute est vertigineuse.
L’embouteillage promet des drames en attaque
C’est le secteur où les décisions seront les plus douloureuses. Ismaïla Sarr a confirmé son statut de leader technique avec un but, une passe décisive. Ibrahim Mbaye a définitivement franchi un palier, avec la même statistique en deux matchs. Assane Diao a montré des éclairs, mais manque encore de rythme. Et Chérif Ndiaye, utilisé en pivot, semble avoir la cote auprès du sélectionneur. Bamba Dieng garde une utilité sur son profil particulier. En revanche, Boulaye Dia et Habib Diallo n’ont pas su saisir leurs maigres minutes. Quant à Mamadou Diakhon, entré trop tard pour s’exprimer, son ticket américain reste hypothétique.
Le retour attendu de Sadio Mané et Iliman Ndiaye rend l’équation encore plus complexe. Derrière Nicolas Jackson, quatre places se joueront à sept ou huit prétendants. Des carrières se joueront sur des semaines de championnat.
La tactique en question
Au-delà des individualités, Thiaw devra aussi s’interroger sur son 3-4-3, inadapté à certains profils alignés contre la Gambie. Les pertes de balle dans les zones dangereuses, les prises de risque inutiles, les approximations techniques, excusables dans un contexte de fête, deviendront des cadeaux mortels face à la France ou la Norvège. Le sélectionneur le sait. Son aveu en conférence de presse en dit long. « Quand je vais sortir d’ici, pour dormir, ça va être très difficile », n’est pas un soupir de façade.
Au fond, cette trêve n’a pas seulement confirmé la force du Sénégal. Elle a surtout mis en lumière une réalité. Pour Pape Thiaw, le plus difficile commence maintenant. D’ici mai, les dynamiques en club rebattront encore les cartes. Mais une chose est déjà acquise : plus que des choix sportifs, l’entraineur des Lions devra trancher des trajectoires, des statuts et parfois des histoires humaines. C’est celui d’un homme qui a déjà commencé à trancher. Et dans cette Tanière où tout le monde peut prétendre, la seule certitude reste la plus cruelle. C’est il n’y aura pas de place pour tout le monde.
Mouhamed DIEDHIOU

