ContributionPolitique

LA CHRONIQUE DE MLD: La candidature de l’émotion…Par Mamadou Lamine DIATTA

Ce nouveau feuilleton à la sénégalaise relatif à la candidature du Président Macky Sall à la tête de l’ONU se présente juste comme le continuum de cette bipolarisation accentuée de l’espace politique vécue depuis 2021.
Comme d’habitude, les Sénégalais ne font jamais les choses comme les autres. Souvent dans l’émotion mais également le folklore et l’agitation stérile. Comme si l’élection du Secrétaire Général de l’ONU répondait en écho à nos chamailleries domestiques et non à la gestion d’équilibres géopolitiques et géostratégiques avec à la baguette 5 membres permanents du conseil de sécurité, le Saint des Saints de l’organisation qui assure la gouvernance mondiale.
̀Il ya d’ailleurs d’autres candidatures comme celles de Madame Michelle Bachelet ancienne Présidente du Chili, l’Argentin Rafael Grosso, Mme Rebeca Grynspan du Costa- Rica…
A-t-on vu une telle levée de boucliers au Chili, en Argentine ou ailleurs ?
L’élection du ressortissant d’un pays donné à la tête de l’ONU, ce machin tel que caricaturé par le Général De Gaulle, donne t-il un quelconque avantage en termes pécuniaires à son pays d’origine ?
Au même titre que la croissance, le prestige de voir un concitoyen patron de l’ONU remplit- il le panier de la ménagère ?
Le mandat de Koffi Annan souvent flanqué de sa muse l’élégante Nane Annan avait t-il développé le Ghana son pays d’origine ? L’avènement de l’Égyptien- copte Boutros-Boutros Ghali avait-il reboosté l’Égypte à un niveau exceptionnel ?
Et puis, entendons- nous bien : Avec l’avènement de cet éléphant dans un magasin de porcelaine dénommé Donald Trump, quelle sera la marge de manœuvre du prochain Secrétaire Général de l’ONU ? Une question loin d’être saugrenue surtout si l’on que le magistère du sortant Antonio Guterres n’a jamais permis de freiner l’injustice et le désordre de ce monde en pleine ébullition avec cette guerre sans merci que l’Amérique et Israël sont en train de livrer contre ce vieil Iran connu pour sa légendaire résilience.
Faudrait-il le rappeler, le Sénégal est un pays- pivot en Afrique, une sorte de boussole diplomatique également. C’est la raison pour laquelle, il faut comprendre l’activité débridée de nombreux concitoyens qui exultent déjà à l’idée de voir Macky Sall trôner majestueusement au 760, United Nations Plaza de Manhattan au cœur de New-York, siège de la grande organisation. Une telle consécration va encore mettre en lumière notre soft-power pour mieux positionner l’image du Sénégal à l’international. C’est indéniable. De simples curieux voudront à coup sûr découvrir ce petit pays ( par la superficie) mais grand par la qualité de son capital humain.
Il est aussi vrai qu’il n’est jamais interdit d’avoir des ambitions personnelles. Tout de même, certains indices relatifs à la candidature du Président Macky Sall Sall doivent susciter notre curiosité pour aboutir à des questionnements.
Il ya comme une théâtralisation de l’affaire qui ne dit pas son nom.
Retour sur le processus…
D’abord des officines de com’ pour lancer un ballon de sonde.
Ensuite, l’entrée en scène de l’intéressé pour un voyage peu ordinaire au Burundi, pays de l’actuel Président de l’Union africaine. Et puis l’acte du Président de l’UA qui dépose le dossier en grande pompe à New-York.
Mais ce parrainage Burundais porté par son Leader Evariste Ndayishimiye pose carrément problème. L’image du Président Burundais passe t- elle ?
Le portage Burundais d’une telle candidature ne sonne t-il pas comme une moins- value pour l’ancien Président sénégalais ?
Macky Sall n’avait quand même pas le choix. Ndayishimiye s’impose à lui de facto au regard de son statut de Président en exercice de l’UA.
Il faut savoir que le quatrième Président de la République du Sénégal est dans son bon droit de viser le Graal onusien pour davantage lustrer une carrière politique et diplomatique hors du commun.
Mais qu’est ce qui l’empêche quelque part de solliciter officiellement son pays avant de s’engager dans une opération aussi alambiquée ?
Qu’est ce qui l’empêche de mettre en lumière ce Sénégal qui lui a tout donné dans sa stratégie de conquête du monde ?
Il est évident qu’il est plutôt dans une sorte d’opération- séduction pour polir son image à l’international et gagner davantage en estime et en considération auprès des Sénégalais surtout dans un contexte économique tendu.
Et puis, il ya plusieurs facteurs qui ne militent point en sa faveur.
Disons qu’il y a des règles non écrites dans ce milieu assez conservateur.
Effectivement c’est le tour de l’Amérique du Sud selon plusieurs spécialistes de la question.
D’autre part, cette fois-ci les candidatures féminines ont été souhaitées en coulisses histoire de rester dans l’air du temps…l’air du genre.
Pour autant, Macky Sall reste un animal politique redoutable qui a décidé contre vents et marrées d’envoyer un message aux Sénégalais en particulier, aux Africains en général. L’homme a compris qu’en politique, il faut toujours faire parler de soi même en mal. Il faut toujours rester dans le haut du pavé. C’est vital.
Le problème, c’est que sa stratégie n’a pas encore reçu l’estampille de l’Etat du Sénégal si l’on en croit Monsieur le ministre des affaires étrangères Cheikh Niang qui informe solennellement que l’ancien Chef de l’État n’a pas associé le Sénégal officiel à cette initiative qui est en train de faire bouger la toile. Cela reste la parole de Cheikh Niang contre celle des nombreux partisans de l’illustre candidat Sénégalais.
Donc, trop de zones d’ombre pour ne pas dire de jeu d’ombres dans cette candidature qui suscite moult commentaires.
En tout cas, le constat est clinique : Macky Sall met davantage en valeur son CV, son carnet d’adresses, disons son networking ( réseau), son développement personnel, son Branding… Bref, il agit visiblement en solitaire cornaqué par un Président Burundais au passé controversé et fraîchement élu à la tête de l’organisation panafricaine.
De ce point de vue, il donne plutôt l’impression de tout bousculer sur son passage en espérant engranger au forceps le soutien hypothétique d’un pays qu’il a pourtant dirigé pendant 12 bonnes années avec évidemment un actif et un passif.
Son attitude renvoie également l’image d’un Leader politique à fond dans une dynamique de repositionnement médiatique. Il ya surtout beaucoup de com’ et de tapage dans ce processus en cours.
Quelles sont les réelles limites de ce battage médiatique ?
Quelles sont les chances pour Macky Sall de décrocher la timbale ?
Va t-il réussir le tour de force de rallier les cinq membres permanents du conseil de sécurité à sa cause ?
Les arguments de ses contempteurs relativement à son bilan immatériel surtout à la fin de son mandat vont-ils le rattraper ?
Oui, sa gestion des évènements douloureux survenus entre 2021 et 2024 a été pour le moins maladroite avec son lot de morts ( 80) et d’emprisonnements tous azimuts. C’est factuel.
Tout porte à croire qu’avec cette candidature-ONU assez originale, l’ancien Président de la République ne perdra rien au change. Il va rafler la mise ou apprendra beaucoup en cas de déconvenue. De quoi donner du grain à moudre à plusieurs observateurs qui croient savoir qu’en cas d’échec à l’ONU, cet homme qui adore les challenges, va de nouveau jeter son dévolu sur le
Sénégal pour tenter un retour fracassant à la magistrature suprême lors de la présidentielle de 2029. Il ya assurément de tels enjeux en filigrane.
En attendant, Macky Sall, actuellement en France, devrait compter sur les précieux conseils de son ami et coach Emmanuel Macron. Surtout que le pays de Marianne compte parmi les 5 membres permanents du fameux conseil de sécurité de l’ONU. Macron tentera tant bien que mal de convaincre les États-Unis, la Chine, le Royaume- Uni et la Russie de voter pour son poulain.
In fine, nous sommes au regret de constater froidement qu’il s’agit en vérité de la candidature de l’émotion et de la fracture pour 18 millions de Sénégalais encore happés par une crise économique aiguë qui n’a pas fini de révéler sa profondeur, ses secrets et ses espoirs.