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RAMADAN ET CARÊME À DAKAR: Restaurants et « gargotes » en quête de clients

En cette période de Ramadan et de Carême, Dakar change de rythme. En fin d’après-midi, les rues se remplissent, les embouteillages s’intensifient et les passants se pressent pour rentrer chez eux avant la rupture du jeûne. Mais dans cette effervescence quotidienne, un secteur souffre particulièrement : les restaurants et les « gargotes », habituellement prisés pour leurs plats rapides et accessibles, voient leur activité ralentir.

Le mois béni du Ramadan, coïncidant cette année avec le Carême chrétien, s’annonce difficile pour ces restaurateurs de quartier. Dans plusieurs zones de Dakar, les clients se font rares, surtout aux heures de repas.

Au quartier Castor, par exemple, les restaurants attirent habituellement une clientèle variée : chauffeurs de taxi, ouvriers, commerçants ou marchands ambulants venus se restaurer à moindre coût. Mais depuis le début du Ramadan, la situation a changé.

Mariama Seydi, propriétaire d’un petit restaurant dans le quartier, constate une nette baisse de fréquentation.« En temps normal, nos tables sont presque toujours occupées. Mais pendant le Ramadan, les gens préfèrent rentrer chez eux pour préparer ou partager le repas en famille », explique-t-elle.

Dans plusieurs artères animées de la capitale, notamment autour des marchés ou des axes de transport, les restaurateurs parlent d’une baisse sensible de leurs revenus. Beaucoup sont contraints de réduire leurs horaires ou de limiter les quantités préparées.Cependant, certaines zones stratégiques résistent un peu mieux.

Aux abords des marchés ou des garages de transport interurbain, quelques « gargotes » maintiennent une activité, grâce au passage constant de travailleurs et de voyageurs.« Grande différence entre le Ramadan et le reste de l’année »

Au restaurant « Jakaarlo », l’heure du déjeuner n’a plus la même effervescence. La terrasse, autrefois animée, reste presque vide en pleine journée. Boubacar Gueye, responsable de l’établissement, constate lui aussi ce changement.

« Il y a une grande différence entre le Ramadan et le temps normal. Le matin et à midi, il n’y a pratiquement pas de clients. Alors qu’en période ordinaire, l’endroit est toujours plein », confie-t-il.

Ismaïla Dème, un habitué du lieu, fait partie des rares clients présents en journée. « Ça fait un peu bizarre de venir ici et de ne voir personne. D’habitude il y a beaucoup d’ambiance », glisse-t-il.

À quelques tables de là, Aliou Dieng, la quarantaine, explique sa présence par une raison médicale. « Je suis un peu souffrant et mon médecin m’a conseillé de manger pour pouvoir prendre mes médicaments », explique-t-il, reconnaissant que la faible affluence reflète surtout la ferveur du mois de Ramadan.Pour s’adapter à la situation, certains restaurants ont modifié leur organisation.

Au « Jakaarlo », un menu spécial Ramadan est proposé. « Nous avons un menu spécial de 19 h à 21 h du lundi au vendredi. Le week-end, nous proposons un buffet pour attirer la clientèle », précise le responsable.

Fréquentation en baisse dans les fast-foods

Dans les restaurants de type fast-food, le constat est similaire. La clientèle se fait rare durant la journée.

« Quelques clients passent acheter un poulet ou une pizza à emporter, mais ils ne restent pas sur place », confie un gérant qui préfère garder l’anonymat.Malgré la baisse d’affluence, certains établissements maintiennent leurs habitudes.

« Même pendant le Ramadan, nous continuons à préparer un plat du jour pour ceux qui ne jeûnent pas, même si les clients sont moins nombreux », explique-t-il.

Des revenus en forte chute

À Sacré-Cœur, près de la Banque BNDE, plusieurs vendeuses de gargotes partagent la même inquiétude. L’absence de clients affecte directement leurs revenus. Aïcha Ngom, restauratrice chez « Cécile », parle d’une situation difficile.

« Pendant le Ramadan, les recettes chutent beaucoup. Avant, je dépensais environ 100 000 francs pour préparer les repas. Aujourd’hui, je ne dépense même pas 25 000 francs parce que la clientèle est faible », indique-t-elle.

Selon elle, les habitudes alimentaires changent durant cette période. « La plupart des gens préfèrent rompre le jeûne à la maison, en famille. Cela réduit beaucoup la fréquentation des restaurants », explique-t-elle.

Arame Ndiaye, restauratrice dans la même zone, fait le même constat. « Avant, il y avait toujours du monde. Les gens venaient manger et les tables se remplissaient. Aujourd’hui, nous préparons moins, parce que les clients sont rares », dit-elle.

Dans certaines gargotes, les restauratrices expliquent qu’elles continuent malgré tout à cuisiner pour les quelques clients qui ne jeûnent pas, pour des raisons de santé ou de travail.

Mais pour les échoppes dont les revenus reposent essentiellement sur les repas de midi, la période reste particulièrement difficile.

« La vente ne marche pas bien. Nous sommes obligées de réduire la quantité de nourriture préparée », explique Astou Ndiaye, une autre vendeuse.

Période d’adaptation pour les restaurateurs

Entre traditions religieuses et habitudes familiales, Ramadan et Carême représentent chaque année une période délicate pour de nombreux restaurateurs dakarois.Si certains parviennent à s’adapter en proposant des menus spéciaux ou des formules pour la rupture du jeûne, d’autres peinent à maintenir leur activité.

Ainsi va la vie dans les restaurants et gargotes de Dakar pendant ces semaines de spiritualité : une parenthèse de retenue pour les fidèles, mais aussi un véritable défi économique pour ceux qui vivent de la restauration quotidienne.

Lamine DIEDHIOU