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ABBÉ SAMSON DELAKA KANTOUSSAN, PRÊTRE DIOCÉSAIN DE ZIGUINCHOR, VICAIRE ÉPISCOPAL: « Imposer des cendres rappelle à chaque chrétien qu’il est d’abord pécheur »

Le Mercredi des Cendres marque le premier jour du Carême. Pour le vicaire épiscopal de l’archidiocèse de Ziguinchor, l’abbé Samson Delaka Kantoussan, cette journée tire son nom du rite liturgique chrétien qui consacre l’entrée dans le Carême. Dans cet entretien, il revient sur le sens de cette célébration et explique qu’il s’agit de l’imposition des cendres sur le front du chrétien afin de lui rappeler qu’il est d’abord pécheur.

Qu’est-ce que le Mercredi des Cendres ?

Le Mercredi des Cendres, dans l’Église catholique, est l’entrée officielle du peuple chrétien dans le temps du Carême. C’est ce jour-là que, dans une organisation à la fois sociale, chrétienne et liturgique, le peuple commence le Carême. Chaque année, celui-ci débute un mercredi. C’est une tradition de l’Église catholique. Le nom « Mercredi des Cendres » vient du rite liturgique au cours duquel le peuple chrétien entre, de manière collective et individuelle, dans le Carême. Pendant la célébration qui consacre cette entrée officielle, le célébrant – le prêtre – bénit les cendres et les impose sur le front de chaque fidèle venu entrer en Carême.L’imposition des cendres est une longue tradition biblique. Bien avant Jésus-Christ, dans la tradition juive, ceux qui adoraient Yahvé, le Dieu unique, observaient un rite par lequel la personne ayant commis un péché et reconnue comme telle devait se constituer en pénitent. Pour cela, elle quittait ses beaux vêtements, se couvrait de cendres et portait des haillons afin de s’humilier devant Dieu et devant le peuple, pour attirer sur elle la miséricorde divine, autrement dit le pardon. Ce temps de pénitence variait selon la gravité du péché commis et la pénitence demandée. À la fin de cette période, le pénitent se représentait au prêtre qui le réintégrait dans la communauté. En effet, le péché excommunie, il exclut de la communauté. La réintégration marque donc le retour à une pleine participation à la vie communautaire.

Que rappelle l’Église en imposant les cendres ?

Lorsque l’Église retient aujourd’hui cette pratique, de manière plus sobre, elle impose les cendres sur le front du chrétien pour lui rappeler qu’il doit d’abord prendre conscience qu’il est un homme pécheur. Jusqu’aux années 1970, la formule prononcée était :« Tu es poussière et tu retourneras en poussière ». Après la réforme liturgique, on dit désormais :« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». Les deux formules expriment la même réalité et poursuivent le même objectif. Pour parvenir à la conversion, l’être et l’agir du chrétien doivent être conformes à la loi de Dieu. Or la plus grande loi enseignée par Jésus-Christ est l’amour de Dieu et l’amour du prochain.Pendant tout le temps du Carême, le chrétien est invité à rectifier ce qui, dans sa vie, n’est pas conforme à cette loi d’amour. Mais cela suppose un préalable : se souvenir de sa fragilité, de sa condition humaine, et reconnaître qu’il a péché contre Dieu et contre son prochain. Il n’y a pas de conversion sans prise de conscience du péché. De même qu’on ne peut changer de vie sans reconnaître que certains actes ne sont pas conformes à ce qui est attendu de nous. Le rappel de la fragilité humaine est donc essentiel.

Quel est le sens de l’expression « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » ?

Cette expression rappelle à chacun la fragilité de sa condition humaine. En reconnaissant cette fragilité, le chrétien est appelé à la transformer en force en Dieu, par la conversion. Ainsi, les deux formules – « Tu es poussière » et « Convertissez-vous » – disent finalement la même chose. Après avoir vécu quarante jours dans cet esprit de prise de conscience de son péché, le chrétien s’efforce de sortir du péché. Cette sortie du péché ressemble à la réinsertion du pénitent qui, autrefois, avait été exclu de la communauté. Aujourd’hui, cela se concrétise par la célébration de la fête de Pâques, qui marque la fin du Carême. On célèbre la résurrection de Jésus-Christ, mais aussi la résurrection spirituelle de chaque chrétien.Pendant quarante jours, le fidèle s’est efforcé d’éliminer de sa vie tout ce qui l’éloigne de Dieu et du prochain. Il se met en retrait pour revenir à l’amour du prochain. Il apparaît alors comme un homme ou une femme renouvelé(e), prêt(e) à adopter un style de vie davantage conforme à la loi du Seigneur et au commandement de Dieu. Tel est tout le sens du Mercredi des Cendres : l’entrée officielle du peuple chrétien dans le Carême, jusqu’au dimanche de Pâques, moment de joie où l’Église chante de nouveau l’Alléluia.

Viviane DIATTA