CHAMPION D’AFRIQUE, ET MAINTENANT ?: Le Sénégal face au piège de la confirmation
Près de trois semaines après avoir conquis sa deuxième Coupe d’Afrique des nations avec autorité, le Sénégal savoure encore en dépit de la volonté du Maroc de s’accrocher à une défaite sur tapis vert. Mais derrière l’euphorie légitime, une autre réalité s’impose déjà : celle d’un champion désormais attendu partout, scruté, étudié, et condamné à se réinventer pour durer. Car, dans l’histoire du football africain, confirmer a toujours été plus difficile que conquérir.
Ce Sénégal version 2025 n’est plus l’outsider affamé de 2022. Il est aujourd’hui la référence continentale, l’équipe à battre, celle que tous les adversaires préparent avec une minutie extrême. Cette nouvelle position modifie profondément les rapports de force. Désormais, ce sont les Lions qui doivent faire le jeu, gérer la pression, imposer leur tempo, souvent face à des blocs bas et des stratégies de neutralisation assumées.
L’usure du temps long
Cette CAN remportée « par la manière » n’efface pas ce danger, celui de croire que la recette victorieuse suffira éternellement. L’histoire récente a montré que plusieurs champions africains ont chuté moins par manque de talent que par incapacité à s’adapter à leur nouveau statut.Pape Thiaw, qui a poursuivi l’œuvre d’Aliou Cissé, a réussi ce que peu de sélectionneurs africains ont accompli, en inscrivant son équipe dans la durée. Mais la longévité a un revers.
La répétition des campagnes, la fidélité à un noyau dur et la confiance accordée aux cadres peuvent aussi mener à une forme d’usure mentale.Certains leaders approchent doucement de la trentaine avancée, d’autres ont déjà tout gagné avec la sélection. Le défi est là. Comment maintenir la faim chez des joueurs désormais installés, respectés, parfois sur-sollicités en club ? La gestion des egos, de la motivation et de la fraîcheur physique sera déterminante dans les mois à venir.
Renouveler sans fragiliser, l’équation générationnelle
Le Sénégal ne peut pas se permettre une transition brutale. La force actuelle des Lions repose sur un équilibre subtil entre expérience, rigueur tactique et intelligence collective. Introduire progressivement de nouveaux profils, sans casser cette harmonie, sera l’un des grands chantiers post-CAN.Le danger serait de repousser trop longtemps ce renouvellement, au risque de se retrouver dépassé lors d’un grand rendez-vous.
À l’inverse, précipiter le changement exposerait l’équipe à une perte de repères. Trouver le juste milieu sera un test majeur pour le staff technique. Mais Pape Thiaw et sa team le réussissent petit-à-petit sans tout chambouler. Les 4 mousquetaires (Edouard Mendy, Kalidou Koulibaly, Idrissa Gana Gueye et Sadio Mané) sont toujours aussi indispensables mais ne manquent pas forcément d’alternatives d’autant plus que le Mondial 2026 risque d’être leur dernière compétition internationale.
Si Yehvann Diouf et Mory Diaw sont des doublures fiables à Mendy, Mamadou Sarr a montré qu’il a les épaules pour suppléer Koulibaly. Au milieu, les noms ne manquent pas pour l’après Gana mais seul Pape Gueye montre une certaine constance alors que Andy Diouf (Inter) pourrait être une alternative s’il opte enfin pour le Sénégal.
En attaque, Iliman Ndiaye, Ismaila Sarr, Ibrahim Mbaye, Cheikh Tidiane Sabaly ou encore Assane Diao sont des candidats crédibles même si ce sera très difficile d’avoir la même aura et le même rendement que le Nianthio en sélection. A la pointe de l’attaque, la résurrection de Bamba Dieng à Lorient vient apporter une concurrence de plus dans un secteur bien pourvu.Confirmer au Mondial et entrer dans une autre dimensionCette deuxième étoile africaine change aussi la perception internationale du Sénégal.
À l’approche de la Coupe du monde, les Lions ne seront plus vus comme un simple trouble-fête, mais comme une nation capable d’assumer des ambitions élevées. Confirmer sur la scène mondiale serait la suite logique de ce sacre continental. Huitième de finaliste lors de la précédente édition, il sera question de faire mieux que la demi-finale du Maroc en 2022 pour entrer un peu plus dans l’histoire du football mondial.
Mais là encore, le piège est connu : vouloir brûler les étapes, céder à l’euphorie ou sous-estimer l’exigence du très haut niveau. Il faudra d’abord se sortir de la phase de groupe où les Lions devront se sortir d’un groupe relevé avec notamment la France et la Norvège comme premiers adversaires. Avant cela, il faudra une bonne préparation avec des adversaires de qualité pour bien se jauger. Alors que le duel contre les Etats-Unis est acté pour le 31 mai prochain, le Sénégal n’a pas encore calé ses rencontres pour la fenêtre de mars.
Mais selon les informations d’Afrik-Foot, le double champion d’Afrique devrait se frotter à l’Arabie-Saoudite, également qualifiée pour la Coupe du monde, à une date qui reste à fixer mais qui se situera entre le 5 et le 9 juin. Les deux fédérations ont trouvé un accord de principe, et seuls quelques détails restent à finaliser. La FSF s’attelle également à ficeler au plus vite deux matchs amicaux pour ce mois de mars afin de se tester et voir éventuellement de nouvelles têtes dans la Tanite.
Rester au sommet, un défi plus grand que le sacre
Cette deuxième CAN n’est pas une ligne d’arrivée, mais un point de départ. Le Sénégal ne peut plus se contenter d’exister sur la scène internationale : il doit désormais y laisser une empreinte. Le Mondial 2026 à venir sera le véritable révélateur de ce cycle doré.
Là où l’Afrique applaudit les champions, le monde, lui, juge les références. Gérer l’héritage continental, assumer le costume de favori africain et franchir un nouveau palier hors du continent : voilà le défi qui attend les Lions. Car après avoir appris à gagner, le Sénégal est désormais sommé d’apprendre à durer… et à convaincre au plus haut niveau.
Mouhamed DIEDHIOU

