LA CHRONIQUE DE MLD: Le Boss du décret et l’actionnaire majoritaire…Par Mamadou Lamine DIATTA
« Il ya deux sortes de justice : vous avez l’avocat qui connaît bien la loi et l’avocat qui connaît bien le juge. »
Coluche
Les Sénégalais sont incorrigibles. La classe politique encore plus.
Nous disions récemment que la CAN était juste un intermède, sorte de trêve forcée pour ces politiciens professionnels qui ont repris du poil de la bête. Ils sont tous de sortie.
Comme si le Sénégal était condamné à vivre éternellement sous la pression quotidienne d’une bipolarisation politicienne contre-productive, génératrice de stress et de divisions. Le pire c’est que toutes ces confrontations fratricides ont lieu dans un contexte de crise économique aiguë. Un pays pauvre et aussi endetté que le Sénégal peut-il se payer le luxe d’une telle désertion de responsabilités ?
Tenez, nous avons déjà vécu les séquences douloureuses Senghor contre Mamadou Dia, Abdou Diouf contre Djibo Ka , contre Moustapha Niasse, Wade contre Idrissa Seck et Macky Sall. Le même Macky Sall contre Ousmane Sonko… Et aujourd’hui, le temps du tandem Diomaye-Sonko qui déroule une tragi- comédie insipide aux yeux d’un peuple pourtant pas crédule pour un sou et donc assez vigilant.
Il ya anguille sous roche entre les deux têtes de pont de l’exécutif. C’est clair et net. Les deux protagonistes le nient en bloc mais ils ne peuvent tromper personne. Le hic, c’est que la situation politique et même institutionnelle souffre d’une absence chronique de lisibilité. Les transhumants professionnels qui ont de tout temps approché les prairies alléchantes du pouvoir hésitent aussi à choisir entre le Président et son Premier ministre au risque de se saborder. Concrètement cela veut juste dire qu’il y’a un flou artistique du jeu politique entretenu à dessein. Résultat, l’opposition ou ce qui en reste, se manifeste par une certaine apathie dans l’activité. Opposition républicaine ? Oui, le refuge douillet et commode est bien trouvé…C’est connu, en Afrique, il faut être combatif et résilient pour tenir tête à tout pouvoir.
Le vieux politicien Doudou Wade a tenté de secouer le cocotier avec des éléments de langage tirés par les cheveux : « Le pays est en danger et il faut dégager les tenants du pouvoir et sauver la République même au prix d’un coup d’Etat » a t-il déclaré sans sourciller au détour d’un plateau- télé. Fait notoire,ce narratif qui emprunte les chemins du chaos est quelque part partagé par plusieurs hommes politiques de l’opposition qui estiment que Pastef est juste un accident de l’Histoire, une énorme escroquerie qui a trompé l’électorat sénégalais.
Il n’y’a jamais de fumée sans feu !
Au même moment, Ousmane Sonko, Premier ministre, ne fait rien pour éteindre l’incendie. En Leader téméraire et surtout iconoclaste et devant des militants surexcités, il a profité d’une tribune marocaine pour lancer sa toute dernière salve avec comme cible une justice qualifiée « d’un des problèmes fondamentaux du Sénégal ». Cet alchimiste du verbe, à fond dans la disruption,désigne nommément un « clergé » aux contours d’un État- profond qui contrôlerait toute l’action judiciaire et qui empêcherait le pays d’amorcer les ruptures attendues. Du Sonko tout craché !
L’homme réaffirme le fait d’avoir pris des engagements depuis plus de dix ans devant son peuple. Donc un devoir de suivi et de redevabilité lui incombe visiblement.
C’est en vérité l’actionnaire majoritaire du Projet Pastef qui s’exprimait à Casablanca, pas le Premier ministre…
Détail important, la justice reste le premier intrant pour le développement et le progrès collectif de chaque pays.
Tout porte à croire que le dossier justice est la principale pomme de discorde entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre. Connu pour son humour décapant, Coluche disait dans un accès de dérision : »Il ya deux sortes de justice. Vous avez l’avocat qui connaît bien la loi et puis l’avocat qui connaît bien le juge ». Comprenne qui pourra.
Sonko se comporte comme le patron politique, le garant du projet et Diomaye, moins démonstratif et plus porté sur le travail de sape en coulisses laisse plutôt le soin à sa coalition dirigée par Aminata Mimi Touré de dérouler une stratégie jusque-là peu impactante en termes de visibilité et d’appropriation par le grand public. Disons que la coalition Diomaye Président peine visiblement à mobiliser du monde…Attention, cela ne veut point dire que ce regroupement hétéroclite de formations politiques et de profils peu connus du landerneau politique ne sait pas mobiliser. C’est plus subtil d’autant qu’avec la puissance financière émanant des fonds politiques du Président, cette coalition pourrait un jour ou l’autre taper dans l’œil des observateurs en initiant une démonstration de force.
L’un dans l’autre, le Président annonce une tournée économique du 5 au 9 février 2026 (Tambacounda et Kédougou) . Le
Premier ministre et Leader de Pastef sera de son côté tournée politique dans le département de Guinguinéo du 7 au 8 février 2026. Division du travail ? Stratégie savamment orchestrée pour occuper l’espace public et éclipser des adversaires politiques un tantinet amorphes ?
Allez savoir.
Ce qui est évident, c’est qu’à l’heure actuelle l’un ne peut aller sans l’autre.
Bassirou Diomaye Faye est à la fois la caution institutionnelle du Premier ministre et des Sénégalais. Disons que c’est exactement le visage de la République.
En revanche, Sonko reste l’icône qui incarne la popularité d’un régime en grande difficulté.
Et puis sur la question stratégique et vitale de la restructuration de la dette agitée par le FMI, les deux têtes de pont de l’exécutif semblent en phase. Pas question disent-ils en chœur. Surtout qu’une restructuration ne serait rien d’autre qu’un plan d’ajustement structurel ( PAS) déguisé. Or, on connaît les misères que charrie tout PAS… Entre autres on pense à l’arrêt brutal des subventions sur les denrées de consommation courante et les hydrocarbures ( essence, gaz- oil, essence pirogue etc)…
Un régime (surtout en Afrique) a besoin d’une légitimité historique pour déployer ses ailes, étendre ses tentacules, développer son soft-power et attirer des investisseurs afin de gouverner sans anicroches. C’est basique.

