CAN 2025- QUART DE FINALE SENEGAL-MALI: Pape Thiaw face à l’embarras du choix
À l’heure d’entrer dans la phase couperet, le Sénégal avance avec certitudes et interrogations. Si l’ossature des Lions ne souffre guère de contestation, plusieurs postes clés restent ouverts avant le choc face au Mali vendredi. Des choix lourds de sens, révélateurs d’une équipe riche en solutions mais encore en quête de hiérarchie.
À mesure que la Coupe d’Afrique des nations bascule dans sa phase couperet, jamais les Lions n’ont semblé aussi riches… et rarement aussi indécis.
Face au Mali, vendredi, Pape Thiaw devra transformer l’abondance en clarté, le potentiel en hiérarchie. Si certaines lignes paraissent déjà figées, d’autres restent traversées par un suspense révélateur des forces, mais aussi des zones grises de cette sélection. Du flanc gauche de la défense à la pointe de l’attaque, où s’entassent les options sans qu’aucune ne s’impose durablement, le sélectionneur joue bien plus qu’un simple onze de départ. Il engage une lecture du moment sénégalais et, peut-être, une vision de la suite de la compétition.
Suspendu lors du précédent match, Kalidou Koulibaly va reprendre sa place au détriment d’un Abdoulaye Seck apparu fébrile, notamment dans la lecture des trajectoires et les sorties de balle. Dans un match à haute intensité face à un Mali puissant et agressif, l’expérience, l’autorité et la science du placement de Koulibaly constituent une assurance tous risques.
Diouf-Jakobs : duel ouvert sur le flanc gauche
À gauche, en revanche, la hiérarchie a vacillé. Ismail Jakobs, attendu comme un titulaire indiscutable, n’a pas totalement rassuré face au Soudan, hésitant dans ses choix et parfois en difficulté dans son couloir. À l’inverse, la bonne entrée d’El Hadji Malick Diouf a marqué les esprits.Plus tranchant, plus audacieux dans ses projections, le jeune latéral a apporté une énergie nouvelle qui a rebattu les cartes.
Pape Thiaw devra trancher entre l’expérience européenne de Jakobs et la fraîcheur conquérante de Diouf, dans un match où la moindre faille sera exploitée.À droite, Sarr ou Ndiaye : percussion ou maîtrise ?Sur le côté droit de l’attaque, le suspense est réel. Ismaïla Sarr, par son volume de jeu et sa profondeur, reste une menace constante. Mais Iliman Ndiaye, laissé sur le banc contre le Soudan, offre un profil plus intérieur, plus fin techniquement, capable de densifier le jeu entre les lignes.
Le choix dépendra sans doute du plan de jeu : étirer le bloc malien avec Sarr ou chercher à l’aspirer avec Ndiaye. Une opposition de styles, plus que de talents.Buteur après son entrée en jeu, Ibrahim Mbaye devrait, lui, conserver son rôle de dynamiteur en sortie de banc. Le staff semble convaincu de l’efficacité de ce statut de « super-sub », capable de faire basculer un match quand les défenses fatiguent.
Un luxe supplémentaire dans un effectif déjà dense.Le casse-tête du n°9 : abondance et flou artistiqueC’est à la pointe que les questions sont les plus brûlantes. Pape Thiaw dispose d’un luxe rare sur le continent. Quatre avant-centres aux profils distincts, tous porteurs d’arguments solides. Nicolas Jackson a démarré fort avec un doublé contre le Botswana, mais ses prestations suivantes ont laissé un goût d’inachevé, entre déchets techniques et inefficacité.
Habib Diallo, plus clinique, a marqué lors de sa titularisation face au Bénin. Chérif Ndiaye, lui, s’est imposé comme un remplaçant de luxe, buteur à deux reprises en sortie de banc. Quant à Boulaye Dia, longtemps titulaire dans les années précédentes, il peine à retrouver son influence malgré une nouvelle opportunité en huitième.
Faut-il continuer à tourner ou établir enfin une hiérarchie ? Jackson semble tenir la corde, avec trois titularisations en quatre matches, mais il n’est plus intouchable. Diallo pousse, Ndiaye frappe à chaque apparition, Dia reste une option crédible malgré une forme en demi-teinte.Abondance de biens ne nuit pas, dit l’adage.
Encore faut-il transformer cette richesse en certitudes. Que trois des quatre n°9 aient déjà inscrit cinq des dix buts sénégalais tranche radicalement avec les précédentes CAN où Sadio portait toute la lumière. Lors de la CAN 2019, tous les attaquants de pointe (Mbaye Niang, Mbaye Diagne et Moussa Konaté) étaient restés muets jusqu’en finale.
À sa manière, Pape Thiaw a peut-être déjà fait son choix. Celui de ne pas choisir. Une stratégie assumée et risquée, mais révélatrice d’un Sénégal armé pour s’adapter. Reste à savoir si, face au Mali, cette indécision calculée sera une force… ou une faille.
Mouhamed DIEDHIOU

