SENEGAL-BOTSWANA: Pape Thiaw, l’art de la permutation tactique
Face au Botswana, ce mardi 23 décembre au stade Ibn Batouta de Tanger, en ouverture de sa CAN dans le groupe D, le Sénégal ne s’est pas contenté d’imposer sa supériorité technique. Les Lions ont surtout brillé par une lecture tactique évolutive, faite de permutations permanentes et de changements de systèmes, qui ont progressivement désorienté leur adversaire. Une démonstration de maîtrise signée Pape Thiaw.
TANGER, Maroc (Envoyé spécial) – Le sélectionneur du Sénégal assume pleinement ce choix. Pour lui, tout dépend du contexte du match et de la nécessité de surprendre des adversaires qui dissèquent minutieusement le jeu du Sénégal.« C’est pour cela que nous sommes venus à ce tournoi avec plusieurs systèmes. On a travaillé dessus et les joueurs ont bien reçu le projet. À tout moment, on peut changer de schéma.
Aujourd’hui, avec des analystes vidéo très performants, il est parfois utile de basculer d’un système à un autre pour prendre l’adversaire de vitesse, le surprend et en profiter pour faire la différence », a expliqué Pape Thiaw.
Un plan de départ classique, une animation en constante mutation
Le Sénégal débute la rencontre dans un schéma classique en 4-2-3-1. Devant Édouard Mendy, la défense est composée de Koulibaly, Niakhaté, Jakobs et Krépin Diatta. Le double pivot Gana Guèye-Pape Guèye assure l’équilibre au milieu, Iliman Ndiaye évolue en électron libre, avec Sadio Mané à gauche, Ismaïla Sarr à droite et Nicolas Jackson en pointe.Mais au fil du match, ce dispositif va se transformer.
À la 68e minute, les sorties de Iliman Ndiaye et Pape Guèye, remplacés par Ibrahima Mbaye et Lamine Camara, déclenchent un premier basculement. Sadio Mané se repositionne derrière Jackson dans un rôle axial, tandis qu’Ismaïla Sarr glisse à gauche pour libérer le couloir droit au nouvel entrant. Résultat, une lecture du jeu brouillée pour les Botswanais, incapables d’anticiper les nouvelles zones d’occupation sénégalaises.
Un Sénégal insaisissable jusqu’au bout
Le trouble s’accentue davantage en fin de rencontre. À la 78e minute, Pape Thiaw procède à un nouveau remaniement en sortant Sadio Mané et Nicolas Jackson au profit de Pathé Ciss et Chérif Ndiaye. Nouveau chamboulement. Idrissa Gana Guèye avance d’un cran, Pathé Ciss reprend le rôle de sentinelle devant la défense, tandis que Chérif Ndiaye occupe la pointe de l’attaque.Et comme si cela ne suffisait pas, à la 84e minute, Cheikh Sabaly remplace Ismaïla Sarr sur le flanc droit, pendant qu’Ibrahima Mbaye bascule côté gauche. Cette permutation est décisive.
Sur un mouvement collectif limpide, Gana Guèye, véritable métronome de la rencontre, sert Sabaly dont le centre trouve Chérif Ndiaye pour le troisième but sénégalais.
Des remplaçants impactant, une identité préservée
Dans cette rencontre, presque tous les entrants ont répondu présents, apportant énergie, mobilité et justesse dans les enchaînements. Seul Lamine Camara a connu une entrée plus délicate, avec quelques déchets techniques sur ses 25 minutes de jeu.Ce jeu de perturbation permanente n’a pas échappé au sélectionneur botswanais Morena Ramoreboli, qui a reconnu la solidité sénégalaise. « Malgré tous ces changements, le Sénégal n’a jamais perdu son équilibre. Cela a compliqué notre tâche, parce qu’ils ont gardé la même identité de jeu », a-t-il souligné, avant de conclure que les Lions sont « une équipe bien structurée, bien organisée, prête à aller loin dans cette compétition ».
Au-delà du score, cette victoire face au Botswana confirme une certitude. Le Sénégal version Pape Thiaw est non seulement talentueux, mais désormais très imprévisible. Un atout majeur dans une CAN où la capacité d’adaptation fait souvent la différence.
Harouna DEME

