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NATIONALISATION DE YAKAAR-TERANGA: Dakar veut confier le méga-gisement gazier à Petrosen

Le Sénégal envisage de reprendre le contrôle du projet gazier Yakaar-Teranga, l’une des plus importantes découvertes de gaz de ces dernières années, afin de répondre prioritairement aux besoins nationaux en énergie.

L’annonce a été faite, mardi, à Diamniadio, par le ministre de l’Énergie, Birame Souleye Diop, marquant un tournant majeur dans la stratégie gazière du pays.Le champ Yakaar-Teranga, opéré jusqu’ici par l’américain Kosmos Energy, recèle environ 25 000 milliards de pieds cubes (25 tcf) de gaz récupérable.

Ce volume dépasse celui du champ Leviathan, au large d’Israël, estimé à 22 tcf. Actuellement, Kosmos détient 90% du projet, tandis que Petrosen, la compagnie nationale, possède les 10% restants. Après le retrait de BP en 2023, Kosmos devait continuer d’assurer l’exploitation du champ. Sollicitée pour commentaire par Reuters, la firme américaine n’a pas répondu.

Devant la presse, le ministre Birame Souleye Diop a confirmé la volonté de l’État de changer la gouvernance du projet. « Le projet est déjà doté d’opérateurs. Nous voulons donner à Petrosen l’opportunité de le développer pour répondre aux besoins nationaux en gaz… sans exclure l’option de l’exportation », a déclaré le ministre, dont l’orientation s’inscrit dans l’objectif fixé par le gouvernement : assurer la souveraineté énergétique et utiliser le gaz comme levier de développement industriel.

Petrosen avait annoncé en 2024 qu’elle s’attendait à prendre une décision finale d’investissement (DFI) en 2025. À ce jour, aucune décision publique n’a été communiquée. La perspective d’une nationalisation complète pourrait modifier le calendrier initial et redéfinir les contours du partenariat. Les trois compagnies impliquées dans Yakaar-Teranga – Kosmos, Petrosen et BP – sont également actionnaires du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie.

Ce mégaprojet de gaz naturel liquéfié, estimé à 15 tcf, a exporté sa première cargaison en avril 2025, renforçant l’espoir d’un nouveau cycle économique pour la région.

La volonté de nationaliser Yakaar-Teranga marque un changement stratégique : renforcer la part de l’État dans l’exploitation des ressources, assurer l’approvisionnement domestique, notamment pour la production d’électricité, réduire la dépendance aux partenaires étrangers, tout en préservant une marge pour l’exportation, source de revenus budgétaires.

La décision finale, attendue dans les prochaines semaines ou mois, pourrait redessiner en profondeur le paysage énergétique sénégalais.

Abdoulaye DIAO