Politique

OUSMANE SONKO, PRÉSIDENT DE PASTEF-LES PATRIOTES: « La tendance à l’embourgeoisement, à s’éloigner du parti et du peuple ne doit pas prospérer »

Le congrès de Pastef-Les Patriotes a été l’occasion pour le leader du parti, Ousmane Sonko, de revenir sur les fondements du projet politique porté par sa formation, tout en mettant en garde contre certaines dérives susceptibles d’en compromettre l’esprit originel.

Dans une salle comble, le président de Pastef a rappelé que les militants n’étaient pas réunis pour célébrer une simple victoire électorale. « Nous sommes réunis parce qu’une brèche historique s’est ouverte et qu’il nous revient désormais de décider ce que nous allons en faire », a-t-il déclaré, soulignant que Pastef n’a pas été créé pour gérer l’ordre ancien avec de nouveaux visages, encore moins pour revendiquer un socle politique sans en respecter les principes fondateurs.
« La tendance à l’embourgeoisement, à s’éloigner du parti et du peuple ne doit pas prospérer. Pastef-Les Patriotes a été créé pour dépasser l’État postcolonial et reconstruire le Sénégal autour du travail, de la dignité, de la justice et de la souveraineté populaire », a-t-il insisté.
Le leader des Patriotes a également rendu hommage à tous ceux qui ont payé le prix de leur engagement politique. Il a évoqué les militants arrêtés, emprisonnés, blessés ou humiliés, les familles éprouvées par les disparitions et les procès, mais surtout les jeunes morts lors des manifestations.
« Ces jeunes sont tombés parce qu’ils avaient refusé l’injustice, le mépris et la confiscation de leur avenir. Ils ne demandaient ni privilèges ni faveurs, mais simplement le droit de vivre libres et dignes dans leur propre pays », a-t-il affirmé.
Pour Ousmane Sonko, leur mémoire impose une responsabilité historique. « Nous n’avons pas le droit de trahir leur espérance en transformant cette révolution en routine administrative, en compromis de confort ou en simple alternance politique. Une révolution qui oublie ses martyrs finit toujours par oublier son peuple », a-t-il martelé.
Le président de Pastef a ensuite exposé sa vision d’un Sénégal nouveau, où aucun jeune ne serait contraint de choisir entre le chômage, l’exil ou le désespoir. Il a plaidé pour une gestion souveraine des ressources naturelles afin qu’elles profitent aux écoles, aux universités, aux hôpitaux, aux infrastructures et à la recherche, plutôt qu’à « une minorité privilégiée ou à des intérêts extérieurs ».

« Nous n’avons pas le droit de transformer la révolution en carrière »
Poursuivant son intervention, Ousmane Sonko a décrit le Sénégal qu’il souhaite voir émerger : un pays où les agriculteurs vivent dignement de leur travail, où les ressources halieutiques sont préservées au profit des pêcheurs et où les artisans ainsi que les entrepreneurs patriotes créent de la valeur sur place. Il a également insisté sur la nécessité de bâtir une école capable de former des citoyens confiants dans leur histoire et aptes à inventer leur avenir.
« Nous voulons un Sénégal où les femmes seront pleinement reconnues comme des forces centrales de la transformation nationale, où les jeunes auront accès au savoir, à la culture, au travail et aux responsabilités. Un Sénégal où l’administration servira le citoyen avec efficacité et dignité, où la justice inspirera confiance et où la corruption cessera d’être perçue comme une fatalité », a-t-il déclaré.
Le leader de Pastef a aussi plaidé pour un Sénégal fier de ses langues, de ses cultures, de ses spiritualités et de son histoire, capable de dialoguer avec le monde « sans se renier, de coopérer sans se soumettre et d’avancer vers l’avenir sans tourner le dos à l’Afrique ».
Estimant que le pays se trouve à un tournant décisif de son histoire, Ousmane Sonko a averti que les générations futures jugeront leur capacité à rester fidèles à leurs engagements. « Le plus difficile n’est pas toujours de conquérir le pouvoir, mais de rester fidèle à la mission pour laquelle le peuple vous l’a confié », a-t-il souligné.
Avant de lancer une mise en garde à ses partisans : « Nous n’avons pas le droit de devenir une élite de remplacement, ces bourgeoisies nationales qui remplacent la domination sans transformer les structures qui la produisent. Nous n’avons pas le droit de transformer la révolution en carrière. Nous n’avons pas le droit de laisser la prudence devenir un autre nom du renoncement ».
Pour conclure, il a appelé les militants à préserver les valeurs qui, selon lui, ont porté le combat de Pastef : « le jom, le ngor, le burok, le kersa, le sens du mbokk, le teddungal et la teranga ». Reconnaissant que « le Sénégal attend des résultats » et que « l’Afrique attend un exemple », Ousmane Sonko a exhorté ses partisans à « rester fidèles » à leurs idéaux afin de transformer durablement le pays.

Viviane DIATTA